21 août 2026

HARCELEMENT (Partie 1 : Les Jumeaux Diaboliques)


— Bordel, fatty… Range-ça… J’te promets que j’t’emmerderais plus… Plus jamais… Je m’excuse t’entends ? ! J’suis qu’un gros con ! C’est ça qu’tu voulais entendre ? Eh ben j’te l’ai dit ! T’es satisfait ? J’ai fait une connerie et je m’excuse… Mais fais pas l’con…

 

Et dire que c’est de cette petite merde en train de chialer sa mère dont j’ai eu peur pendant des mois. 8 mois d’enfer avant que j’aie la satisfaction de voir ramper cette raclure à mes pieds. Comme un gosse qui craint de se prendre une raclée par son père, après avoir surpris son rejeton en train de piquer un billet dans son portefeuille. Et ça, juste pour s’acheter des bonbons. Sauf que là, il ne s’agissait pas de friandises à quelques centimes d’euros. Il s’agissait de rabaissement d’un ado qui n’avait rien demandé de tout ça. Un ado qui a subi les pires humiliations à cause d’un auto-proclamé chef d’un gang de lycée, ne supportant pas la différence.

 

On pense à tort que ce genre de truc n’arrive que dans des établissements dit « difficiles ». Dans des banlieues ou des villes tellement ignorées du gouvernement que le corps professoral ferme les yeux sur tout ce qu’il voit dans la cour ou les couloirs. Des enseignants qui se disent qu’ils peinent déjà à finir les fins de mois. Qu’ils ont bien assez de problèmes comme ça avec leurs femmes qui claquent la moitié de leur maigre paie 8 jours seulement après qu’elle a été versée sur leur compte. Ou que les mêmes les font chier, juste parce qu’ils ont 15 minutes de retard pour le dîner.

 

Des mégères qui sortent alors les vieux dossiers, précisant qu’elles auraient mieux fait d’écouter leur mère et de pas les épouser ; qu’elles n’en seraient pas là aujourd’hui à devoir quémander 10 euros à leur meilleure amie pour s’acheter des clopes. Une des rares choses qui leur permet de supporter la vie de merde qu’elles subissent. Et elles leur annoncent ça comme si c’était la faute de ces pauvre gars qui doivent déjà plus ou moins survivre dans des classes où les voyous armés de couteaux ou de rasoirs sont plus nombreux que celles et ceux voulant faire quelque chose de leur vie en étudiant sérieusement. Des gamins de 14 ans qui peuvent les planter simplement parce qu’ils leur ont mis une note de 5/20 à un contrôle de géographie. Un calvaire à corriger où le prof aux portes de la dépression a vu Dubaï situé en Chine ou le Laos placé à côté de l’Australie.

 

Et quand ce ne sont pas les gosses qui leur font craindre de voir leur dernier moment arrivé à chaque heure de la journée, ce sont les grands frères de ces petits caïds de classe — membres d’un gang local qu’il vaut mieux ne pas énerver —, qui les attendent à la fin des cours pour leur expliquer de laisser leur frangin tranquille. En insistant bien sur le fait qu’il serait préférable que leur petit frère ait de meilleurs notes à l’avenir. Sous peine de recevoir une visite « musclée » dans la soirée ou les jours qui viennent. Un avertissement qui s’accompagne de la menace de violer leur femme ou leur fille, pendant que lui-même se ferait tabasser à mort, après avoir été témoin du « spectacle » pour mieux faire passer le message.

 

Non, ces professeurs-là ont déjà bien assez de tracas à gérer au quotidien pour devoir en plus s’en rajouter, juste parce qu’ils ont voulu empêcher qu’un petit gros à lunettes se fasse racketter ou humilier gratuitement. Et ce en plein milieu de la cour, sans qu’un pion veuille daigner prêter attention à la séance, détournant subtilement les yeux. Eux aussi ont leurs propres soucis à régler de leur côté, et ils estiment sans doute ne pas être assez payé pour prendre le risque de se prendre un coup de lame dans le bide. Ou peut-être que le courage n’a jamais été leur fort. Tout simplement.

 

Quoiqu’il en soit, le malaise est présent partout dans ces collèges et lycées oubliés par le ministère de l’éducation. Les élèves, les profs… Et même la direction qui redouble d’effort chaque mois pour faire comprendre au Rectorat dont il dépend d’augmenter les subventions allouées à leur établissement pour des réparations d’urgence. Donc — forcément, au vu de ce qu’il considère comme un sujet à traiter autrement plus urgent, car ayant perdu depuis longtemps le sens des priorités quand ça ne les concerne pas directement —, qu’un élève soit victime d’harcèlement, ça leur passe au-dessus de la tête.

 

De prime abord, le premier réflexe qu’ont la plupart des gens — ignorant les contraintes imposée par les institutions supérieures de l’éducation auprès de ces établissements, de la part de fonctionnaires se foutant pas mal de la situation, ou s’en occupant tellement de manière laxiste que le résultat est le même —, c’est de fustiger l’incompétence et le manque d’humanité supposé de ces directeurs souvent dépassé par ce qu’ils doivent superviser.

 

 La plupart de ces derniers se contente de suivre les directives du ministère de l’Éducation, du Rectorat, du DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale) au sens strict, et évite les vagues pour ne pas se voir couper des rentrées d’argent indispensables au bon fonctionnement de leur école. Ce qui mettrait encore plus à mal leur capacité à offrir un minimum de sécurité au sein de bâtiments n’ayant pas subi de réfection depuis des années, faute d’un budget suffisant à peine à subvenir aux besoins des élèves et des professeurs.

 

Et je ne parle même pas des cas où les parents d’élèves en rajoutent une couche. Des parents pensant que leur statut leur permet tous les droits et souffrant d’un déni total des agissements déplorables de leurs enfants « admirables » à leurs yeux. Ce qui fait que nombre d’actes de malveillance, de racket, de harcèlement moral ou sexuel — ce qui arrive de plus en plus souvent, même si les institutions de l’éducation redoublent d’effort pour étouffer la plupart des affaires pour ne pas ternir l’image de notre pays —, sont minimisés par ces parents inconscients des dégâts psychologiques qu’ils provoquent. Juste parce qu’ils prétendent protéger leurs enfants dits « fragiles », alors que ce sont des monstres en puissance.

 

Mais bon, je suppose que je ne vous apprends rien sur tout ça. Vous lisez les journaux, consultez internet : chaque jour un scandale illustrant ces propos finit par être largement médiatisé — au grand dam des établissement acceptant mal de voir leur « fief » devenir un nouveau symbole parmi d’autres de l’insécurité éducative.

 

On attribue ces débordements au manque de réactivité des forces de police régionales, incapables d’empêcher la prolifération des trafics et autres actes criminels au sein des banlieues défavorisées. Ou bien ce sont les associations qui sont accusées de favoriser certaines familles, déclenchant chez elle un sentiment de protection dont elles abusent. Car conscientes qu’elles peuvent bénéficier à outrance des failles d’un système juridique et éducatif à leur propre avantage. Pas à ceux de leurs enfants, qui sont « lâchés » dans les rues, devant se débrouiller par eux-mêmes pour s’occuper.

 

Des gosses plus ou moins abandonnés, devenant la proie des gangs et cartels voyant en eux des cibles idéales pour faire fructifier leurs commerces lucratifs. Ceci en tant que « mules » pour les transports de drogues ou autres transactions. Des « intouchables », car ne pouvant pas être emprisonnés. Les chefs de gangs savent que leurs poulains reviendront fatalement très vite dans le quartier, afin d’y reprendre leur travail sous leurs ordres.

 

Quand certains parents prennent conscience du danger de voir leur progéniture mal tourner, il est trop tard. Le retour en arrière est rarement possible, car endoctriné par les esprits retors que sont les chefs de cartels de ces quartiers. Ce n’est pas une généralité, mais c’est souvent le cas dans diverses villes, dont maires et conseils municipaux se tirent dans les pieds l’un et l’autre pour éviter de traiter ce problème devenu insoluble à leurs yeux, accusant l’opposition à leur parti de tous les maux.

 

Chacun se renvoie la balle, pour ne pas se prendre de plein fouet une vindicte populaire. Ceci au cas où leurs solutions se montreraient inopérantes après avoir été appliquées dans la douleur. Il vaut mieux que ce soit leur voisin de table qui soit désigné responsable que soi-même : c’est la pensée de chacun lors des réunions de ces dirigeants. Un dysfonctionnement dont les délinquants de tous bords profitent sans peine.

 

Mais tout ça, c’est du flan, et je suis bien placé pour le savoir. Puisque j’ai été la victime d’une petite bande de conards n’ayant rien à voir avec les petites frappes venant des banlieues dont je viens de vous parler. C’est même tout le contraire. Aussi bien au niveau des origines que du social. Parce que oui, on a souvent tendance à pointer du doigt les immigrés, les « non-blancs ». Montrant ainsi les tendances suprémacistes de plus en plus visibles de notre pays, ne valant pas mieux que d’autres nations que l’on a longtemps accusés de laisser agir ce fléau, à cause de gouvernements jugés trop tolérants sur divers agissements semblant provenir d’une autre époque.

 

J’ai vécu l’enfer à cause d’un groupe de jeunes de mon âge étant à mille lieues des conditions sociales de base décrites plus tôt. Je ne saurais dire s’ils ont été influencés par leurs parents en ce sens. Ou bien si leur besoin presque naturel de vouloir détruire tout ce qui ne correspond pas à une « norme » — selon des dogmes entérinés dans leurs esprits sadiques et dénués de toute forme d’empathie et d’acceptation de l’autre —, leur a été éduqué par d’autres sources de leur entourage. Voire des lectures leur ayant profondément retourné le cerveau, car très malléables. A moins que ce ne soit — selon leur point de vue —, qu’une simple distraction comme une autre.

 

Leur origine sociale, les habitudes du monde dans lequel ils vivent une fois rentrés chez eux, le sentiment de supériorité grâce à l’argent et les fonctions de leurs parents… Tout ceci les a peut-être habitués à se sentir supérieur à différents niveaux du commun des mortels. Ils sont des fils d’industriels, d’artistes renommés, de représentants politiques. La seule fille du groupe constituant mes harceleurs est encore plus perverse que ses comparses.

 

La plupart du temps, c’est elle qui donne les directives. Je n’ai jamais vu un seul des 5 membres de ce « clan » discuter ses idées atteignant des sommets d’inhumanité. Et si je suis devenu leur cible, ce n’est même pas à cause de mes origines sociales : nous avions plus ou moins les mêmes. Mes parents sont spécialisés dans des domaines spécifiques. Ma mère est une personnalité émérite dans le domaine littéraire, auteure de plusieurs romans à succès aux thèmes portés sur les nouvelles technologies et ses dangers. Mon père, lui, est un scientifique travaillant avec de grandes institutions dans le domaine de la génétique et la santé. Ce qui inclut aussi des sociétés en lien étroit avec le gouvernement.

 

Je ne détaillerais pas plus leurs activités : ce n’est pas le plus important. Je voulais juste signifier qu’il n’y avait pas de différence — d’un point de vue financier j’entends —, entre mes harceleurs et moi. Idem pour notre ethnie commune : nous sommes tous de type caucasien. Le fait de m’avoir choisi pour cible — en tant qu’élément de distraction à leur ennui —, ce n’était ni lié à ma couleur de peau, ni mon orientation sexuelle ou d’autres critères parmi les « classiques » du harcèlement scolaire.

 

Toutefois, on reste dans le domaine de l’habituel de ce genre de cas, puisque si j’ai été le centre d’intérêt immédiat aux révulsions de ce groupe, c’est à cause de mon apparence. Je suis en surcharge pondérale, pour employer un mot plus « sympathique » que le traditionnel et péjoratif « gros ». Un embonpoint important dû non pas à une tendance à apprécier la bonne chère, mais à un dysfonctionnement de mon métabolisme qui s’est déclenché dès mon plus jeune âge.

 

Mon père aurait été plus en mesure de vous détailler les caractéristiques de cette irrégularité et les symptômes y étant lié. Ainsi que les causes probables l’ayant fait se manifester dès mes 7 ans — bien que sur ce dernier point, je ne sois pas sûr qu’il puisse vous donner un éclaircissement notable, comme vous le verrez ultérieurement dans mon récit —, et n’ayant fait que croître depuis. Et ce, bien que je n’aie jamais eu d’intérêt majeurs pour les sucreries ou les aliments gras. C’était même tout le contraire : j’ai une sainte horreur de ce type d’alimentation.

 

Pourtant, malgré ma répulsion à la cuisine trop riche, mon corps a augmenté de volume progressivement, dès lors que je m’emploie à lui fournir la moindre nourriture. J’ai même essayé une alimentation végétarienne — que je continue toujours aujourd’hui —, pensant que le problème venait des protéines trop riches de la viande. Ça n’a rien changé : mon corps grossit dès que je mange quoi que ce soit, lors de certaines périodes.

 

En fait, cela fonctionne par cycle. Un qui peut s’étendre sur 3 à 4 mois, où toute forme d’alimentation — aussi légère soit-elle —, fait grimper mon « enveloppe » (cela aussi, je reviendrais plus tard sur l’emploi de ce terme). Suivi d’une autre période où une partie de cette surcharge faiblit. Mais dans des proportions tellement faibles que ça ne se remarque pas vraiment.

 

Durant ce cycle, je peux perdre jusqu’à une dizaine de kilos. Que je reprends systématiquement, petit à petit, même si je ne mange que des salades sans sauce à chaque repas — j’ai vraiment essayé cette méthode, qui a abouti à un échec cuisant en termes de résultats —, durant le cycle suivant « d’augmentation de masse ».

 

Le plus étonnant, c’est que ma grosseur n’est pas dû à une augmentation de mon taux de graisse. C’est comme si ma peau enflait, sans qu’on sache pourquoi. Mon père a cherché pendant des années une solution à ce phénomène aberrant et incompréhensible. Il a fait appel aux meilleurs spécialistes dans le domaine pour l’aider dans sa tâche, et il s’emploie toujours à trouver un remède à mon mal inconnu. Personne n’a pu expliquer le pourquoi de mon état. Tout comme la raison de ces deux formes de cycles réguliers. Ce n’est pas non plus un virus ou quelque chose d’assimilé. Ce fut la première chose à laquelle mon père a pensé quand il a débuté ses recherches pour annihiler le phénomène. Je suis un cas unique, et je me serais bien passé de cette singularité : elle a été à l’origine de mon cauchemar. Celui représenté par Gérard et sa petite bande.

 

Gérard Dalfonnès. Il fut le premier que j’ai remarqué lorsque je suis arrivé au lycée de Sainte-Blandine. Ou plutôt, c’est lui qui m’a remarqué et houspillé immédiatement. Il se trouvait retranché dans un coin de la cour pendant l’appel. Il n’était pas seul. A ses côtés se trouvait une fille : Lucille, sa sœur. Âme damnée de son frère point de départ de tous les coups les plus tordus qu’on puisse imaginer. Car oui, j’apprendrais plus tard que je n’étais pas un coup d’essai. Si les parents de Gérard et Lucille ont décidé d’inscrire leurs enfants dans ce lycée, c’est essentiellement dans le but d’apaiser les esprits.

 

Disons qu’ils y ont été contraint et forcé pour éviter des conséquences judiciaires fâcheuses. La mère des deux trublions exerçant une forte influence auprès de la police de Lyon — la ville où s’est déroulé mon histoire —, elle a donc pu jouer de ses contacts pour que ses enfants ne découvrent jamais les joies de l’enfermement dans une cellule.

 

Soit Gérard et Lucille continuaient leur cursus scolaire au sein d’un lycée privé et supposément encadré ; soit ils devraient assumer les conséquences de leurs actes. Pour faire simple — avant moi —, les deux avaient eu à leur actif 4 victimes au sein d’établissements différents. Tous de classes sociales différentes de la leur. Et donc de la mienne, si vous avez bien suivi.

 

3 garçons et une fille qui avaient eu le malheur d’être issus de milieux plus modestes. Voire même très modestes. Gérard et sa sœur acceptaient plus ou moins de côtoyer des « inférieurs » — le terme dont ils usaient régulièrement pour désigner des « non-riches » —, tant que ceux-ci montraient un certain standing vestimentaire et culturel. Un critère indispensable pour eux pour que d’autres élèves aient le droit de leur adresser la parole.

 

Les victimes comptaient aussi un élève d’origine indienne. C’est lui qui fut le premier à subir leurs exactions et qui a surtout le plus morflé des punitions de Gérard et Lucille. A leurs yeux, il était intolérable qu’un représentant d’un peuple ayant été aux ordres de leurs ancêtres — en tant qu’esclaves —, puisse vaquer dans le même établissement scolaire qu’eux. Cela vous donne une idée de l’importance hiérarchique que le duo infernal désirait affirmer à quiconque.

 

 Chester, l’arrière-grand-père des faux jumeaux — un détail que j’ai oublié de mentionner jusque-là, et qui a peut-être une importance génétique à leur capacité à anticiper les réactions de l’un et l’autre, tel que vous le découvrirez plus tard —, avait officié en Inde, sous les ordres de la reine d’Angleterre : Victoria. Car — autre détail —, la famille de Gérard et Lucille est issue d’une longue lignée britannique, dont certains membres se sont installés en France par le passé.

 

Chester se trouvait être une personne très estimée par la famille royale. Au point que celle-ci le considérait presque comme un membre à part entière des Windsor. Vous aurez bien sûr compris que Chester avait été anobli, et ses privilèges ne s’arrêtaient pas là. Je ne connais pas le détail de tous les liens raccordant ce haut dignitaire à la famille royale britannique, mais ce qui est certain en revanche, c’est qu’il bénéficiait d’un passe-droit total sur ses actes en Inde. Cela avec l’appui de la Compagnie Britannique des Indes Orientales.

 

Il pouvait punir qui bon lui semble, dès lors que ce n’était pas un ressortissant britannique et surtout pas un officier. Ce qui fait que les simples indiens dépendant de son secteur  ayant commis une erreur de taille — car pouvant entacher le prestige britannique —, recevaient des sanctions publiques extrêmes. Pour l’exemple.

 

Ses descendants semblent n’avoir pas hérité du caractère sanglant et autoritaire de Chester. Jusqu’à Gérard et Lucille. Il paraissait incontestable que ces deux-là possédaient le même dégoût des « inférieurs », selon le terme favori dont usait le duo. Vihaan — le pauvre élève ayant eu le tort de choisir de faire ses études dans le même lycée que les Dalfonnès —, a vécu humiliations en pagaille, menaces et autres joyeusetés. Son caractère réservé lui empêchant de se rebeller, il devint un souffre-douleur idéal pour Gérard, suivant les indications de sa sœur et appliquant celles-ci sans le moindre remords.

 

Les deux agissaient discrètement et se virent bientôt rejoints par d’autres élèves issus du même milieu que les Dalfonnès. Des disciples soumis et fidèles, ne voyant aucun mal à montrer à un « basané » que celui-ci n’avait pas sa place auprès d’eux. C’est-à-dire au sein d’un établissement fréquenté exclusivement par des étudiants rentrant dans les normes définies par Gérard et sa sœur. Quand leurs agissements furent finalement dénoncés, pour avoir été trop loin dans leurs actes — allant jusqu’à taillader la peau de Vihaan par endroits, le frappant allègrement à intervalles réguliers et ayant même appliqués des produits corrosifs sur ses parties intimes —, le directeur du lycée n’eut d’autre choix que de les renvoyer pour éviter un trop grand scandale et calmer les tensions.

 

 Les parents du jeune garçon — qui avait caché pendant des mois les blessures infligées à ses parents, avant de craquer et leur avouer ce qui se passait, suite à une tentative de suicide ayant heureusement échouée —, ont été grassement payés pour leur silence de la part des Dalfonnès.

 

Les victimes suivantes des deux démons — un surnom qui leur colleraient à la peau au gré des établissements où ils atterriraient par la suite —, bénéficièrent de plus de tolérance à ce titre. Ce qui n’a pas empêché qu’elles subissent — elles aussi —, des humiliations suffisamment traumatisantes pour que cela défraie la chronique. Et ce, malgré les précautions des parents de Gérard et Lucille pour éviter qu’on parle des actions terribles causées par leurs enfants.

 

Les 3 proies qui suivirent Vihaan ne reçurent pas de lacérations de la part du duo infernal. Gérard — sur les conseils de sa sœur, jamais à court d’idées toutes plus détestables les unes que les autres —, employa alors des méthodes moins détectables qu’auparavant. Des techniques inspirées de moyens de torture plus ou moins connus, ayant servis dans diverses civilisations au cours de l’histoire — ce qui montrait bien les préférences de lecture de Lucille —, déclenchant des seuils de douleur tout aussi effroyables et aigus auprès des garçons devant les supporter.

 

La seule fille ayant fait partie de leurs cibles a eu un traitement différent : Gérard l’a forcée à lui faire don d’une fellation. À lui et les deux nouveaux disciples à ses côtés ce jour-là. Ceux embrigadés dans la folie qu’il avait engendré avec sa sœur. Cette dernière a d’ailleurs passé un nouveau cap dans l’horreur cette fois-là, en s’appliquant à filmer la scène avec délectation, le sourire aux lèvres.

 

Mélanie — leur dernière victime, avant que je devienne leur nouveau jouet —, devait sa punition à quelque chose différant nettement des « fautes » de ceux l’ayant précédé. Lucille avait des vues sur un garçon à son goût, et s’était enorgueillie auprès de son cercle qu’il deviendrait bientôt sa petite douceur. Quand elle s’est aperçue — en dehors du lycée —, que son coup de cœur entretenait une relation secrète avec une autre fille de l’établissement, elle a explosé de rage.

 

Cette petite mijaurée — selon ses propres termes —, devait recevoir une sanction exemplaire. Il était impératif qu’elle apprenne à ne surtout pas s’approcher des garçons qu’elle convoitait. Mélanie ignorait totalement les vues de Lucille sur son petit ami. Mais ça, le cerveau du duo infernal n’en eut que faire. Aux yeux de cette véritable harpie humaine — qui aurait pu rivaliser avec les pires personnages de l’antiquité, par sa cruauté sans égal —, sa rivale n’avait pas droit à la parole.

 

Ce nouveau scandale fut la goutte d’eau de trop pour les instances policières qui, jusque-là — ceci à grands coups de pots-de-vin offert par les parents des « jumeaux diaboliques », autre nom rattaché au duo —, s’étaient employés à faire en sorte que les affaires impliquant Gérard et Lucille ne soient pas trop médiatisées. Cela en s’arrangeant pour que le nom des Dalfonnès ne soit jamais précisé dans les articles des journaux. Ceux étant parvenus à obtenir et diffuser des infos grâce à leurs contacts, car toujours à l’affût d’infos croustillantes pouvant leur assurer des ventes conséquentes.

 

L’impunité n’était plus de mise aux yeux du préfet Lajoaille, en charge des affaires judiciaires de la région : il ne pouvait plus protéger les enfants de son ami d’enfance que représentait Lucie Dalfonnès. La mère de Gérard et Lucille. C’était principalement cette dernière qui était à l’origine des nombreuses opérations vouées à masquer le plus possible les frasques de ses « trésors ». Un amour immodéré et ravageur pour cette femme connue pour détruire la réputation de quiconque aurait l’outrecuidance de proférer des ignominies sur la chair de sa chair.

 

Dans le déni total, Lucie était persuadée que ses enfants avaient agi après avoir été provoqué par leurs victimes. Ils ne pouvaient être considérés comme les monstres qu’on lui avait décrit. Elle s’y refusait. Pour elle, les associations de victimes — qui avaient tenté plusieurs fois de faire condamner à des sanctions plus lourdes les Dalfonnès, en mettant tout en œuvre pour exposer le nom de la famille en gros titres dans les médias —, étaient responsables des horreurs dites sur ses enfants. Eux qu’elle désignait comme de petits anges sensibles, n’ayant fait que se défendre contre les évidents mensonges et provocations multiples qu’on leur proférait.

 

Le père, lui, était plus enclin à considérer ses enfants comme un problème plus important que ce que sa femme se refusait d’accepter. Même s’il n’adhérait — malgré tout —, pas entièrement à toutes les accusations impliquant ses enfants, il reconnaissait le caractère hautain et egocentrique de ceux-ci. Ainsi que la propension de Lucille à faire ce qu’elle voulait de son frère, dans le but de commettre des incivilités prononcées contre des jeunes de son âge aux classes sociales défavorisées.

 

Il eut cependant du mal à concevoir que Lucille ait pu suggérer à Gérard de forcer la pauvre Mélanie à un acte sexuel odieux sur sa personne et ses amis. Mais la vidéo retrouvée sur le portable de l’instigatrice de ce plan digne d’une proxénète ne fit aucun doute sur la culpabilité du groupe tout entier. C’est là que le préfet a donné le choix aux Dalfonnès, tentant malgré tout de conserver un semblant d’amitié avec Lucie. Plus de lycée public. Il faudrait impérativement inscrire les jumeaux dans un établissement privé, choisi par lui-même. Un endroit plus à même d’être supporté par les « préférences sociétales » de Gérard et Lucille.

 

Ce lycée était composé d’enfants de nantis comme l’étaient les Dalfonnès. Aucune classe sociale basse n’y était admise. C’était une sorte de club fermé réservé aux enfants de célébrités, de rois de la finance et de personnalités politiques. Le corps professoral y officiant — tout comme la direction —, mettait un point d’honneur au respect des autres : il considérait tout acte de violence au sein du lycée comme se devant d’être sanctionné efficacement. Sans exception envers qui que ce soit. Et ce, quel que soit le statut des parents de l’élève et leur degré de popularité.

 

S’il venait à l’idée de l’un de ces derniers d’offrir des sommes importantes — servant à « oublier » les fautes commises par les étudiants incriminés d’éventuels manquement aux règles de l’établissement —, cela se traduirait par un renvoi immédiat des étudiants fautifs. Ainsi qu’une place privilégiée au sein du « couloir de la honte ». Là où siègent toutes celles et ceux ayant tenté par le passé de soudoyer le personnel du lycée. Ce couloir, c’est la « griffe » de l’établissement. Le lieu indélébile montrant ce qui arrive aux familles s’étant cru à même de transgresser le bon droit de l’éducation, et marquées par le sceau de l’infâmie par leur présence dans cet antre singulier.

 

C’est aussi un instrument de confiance pour tout parents voulant s’assurer que leurs enfants seraient en de bonnes mains, sans risque de subir des désagréments dommageables de la part de rebelles à ce système qui avait fait ses preuves de nombreuses fois. Tous les portraits des familles figurant dans le couloir de la honte ont vu leurs empires détruits, à force de voir leurs partenaires historiques et leurs alliés commerciaux qu’ils pensaient fidèles et indissociables de leur noms se retourner contre eux. Juste parce qu’ils avaient tenté de souiller l’intégrité d’un lieu devenu le chantre du savoir, du respect et de la tolérance. La sélection pour y pénétrer est sévère, et les Dalfonnès pouvaient considérer qu’il s’agissait là de la dernière chance pour leurs enfants de s’assagir.

 

Le fait qu’ils aient été acceptés s’accompagnait d’un devoir de se conformer au règlement strict et implacable des lieux. Si Gérard et Lucille commettaient l’erreur de minimiser le contrôle constant des équipes de surveillance, c’était leur famille qui en paierait le prix en se retrouvant en place d’honneur du couloir de la honte. On avait accordé aux Dalfonnès une exception pour l’intégration d’élèves qui, en temps normal, n’auraient jamais été acceptés par la direction. Exception du à la décision de justice et sa condition mise en place par le Préfet régional, afin de faire comprendre à Lucie Dalfonnès qu’elle ne devait cesser de fermer les yeux sur les actes de ses « anges », et la mettre au pied du mur pour accepter le fait qu’ils se comportaient comme des graines de délinquants, ne valant pas mieux que ceux qu’ils décriaient tant. Ceux qu’ils considéraient comme des « inférieurs », reprenant les mots de leur arrière-grand-père en parlant des indiens dont il avait la charge.

 

Ce n’était pas un privilège pour les Dalfonnès : c’était une mise en garde. Le risque pour eux étant de voir leur nom et leur honneur bafoué à jamais au cas où leurs enfants n’en feraient qu’à leur tête. Et l’assurance de voir leurs affaires péricliter, comme les familles avant eux s’étant cru inattaquables et en ayant payé le prix fort.

 

C’était un lycée où les tendances violentes de Lucille et son complice Gérard seraient désarçonnés : pour Robert Dalfonnès — père des jumeaux diaboliques —, c’était le plan parfait. Bien que pouvant se révéler à double tranchant. Non sans mal, il parvint à faire accepter la proposition à son épouse. Bien que celle-ci considérait comme anormal que ses chéris soient punis de la sorte, en étant envoyés dans ce qu’elle voyait comme une prison aux atours luxueux. Ce qu’elle avait du mal à supporter.

 

Finalement, elle reconnut qu’au moins, au sein de cet endroit, ils ne subiraient plus de provocations de la part de petits voyous. Ceux ayant causé de nombreux « tracas » à ses trésors. Le mot était complètement déconnecté de la réalité. L’entendre de la bouche de Lucie Dalfonnès était une insulte à toutes les victimes de Gérard et Lucille aux yeux du préfet et de Robert. Mais ils firent mine de ne pas avoir entendu ces propos. Après tout, l’important c’était d’avoir pu décider Lucie à laisser ses enfants chéris se rendre dans un lieu où ils auraient moins de liberté pour agir inconsidérablement.

 

Une erreur de taille qui serait fatale aux Dalfonnès, et surtout à Gérard et son âme damnée : Lucille. Sans oublier les nouveaux disciples de ce duo comme nul autre, qui s’ajouteraient — au fil des mois passés au sein du lycée —, à leur petit cercle d’adorateurs pouvant bénéficier de certains privilèges de leur part. Comme des accès à des lieux huppés et normalement réservés aux adultes, ou des réductions sur des articles dans des commerces faisant partie du cercle d’affaires des Dalfonnès.

 

Comme je vous l’ai dit, dès mon arrivée à Sainte-Blandine — une figure historique de Lyon, martyr sous le règne de l’empereur romain Marc Aurèle —, Gérard me remarqua immédiatement. Mon allure semblait trancher avec ses critères d’acceptation. Comme les lieux ne possédaient pas « d’inférieurs » pouvant l’offusquer — lui et sa sœur —, il a dû se sentir frustré. A force de terroriser d’autres élèves qu’il considérait comme n’ayant pas le droit de côtoyer des personnes aussi importantes que lui — sentiment partagé par sa sœur —, disons qu’il en a pris l’habitude et y a surtout pris goût. Se retrouver piégé au sein d’un lieu où il ne pourrait pas s’adonner à ce type de « sport », à cette friandise appréciée pour un esprit aussi sadique que lui, il avait dû le ressentir comme quelque chose de hautement déprimant.

 

Alors, quand il m’a vu, quand il a compris qu’il y avait finalement quelqu’un sur qui il pourrait défouler sa haine et son besoin de faire mal — presque une addiction —, il m’a souri. Je n’ai pas compris tout de suite la raison de cet engouement pour moi. Encore plus quand il s’est approché et m’a adressé cette phrase qui s’avèrerait lourde de sens par la suite.

 

— Finalement, cet endroit devrait me plaire. Tu es l’élément qui manquait pour me satisfaire… fatty. On va bien s’amuser toi et moi. Prépare-toi… J’ai juste besoin d’un peu de temps pour étudier la nature des jeux que je te réserve.

 

Après ça, il s’est mis à s’esclaffer comme un dératé, avant de rejoindre sa sœur resté en retrait. Là où il se trouvait auparavant. Je l’ai vu parler à cette dernière. À son tour, elle s’est mise à sourire en m’observant. Je n’y ai plus prêté attention par la suite. Je me disais qu’ils étaient juste des originaux, ne connaissant pas encore leur statut particulier, leur nom, et encore moins les horreurs qu’ils avaient commises. Ce n’étaient pas les premiers que je croisais avant eux, s’amusant de ma morphologie et de mon allure. Elle qui faisait « tache » dans un lieu aussi huppé et pourvu d’un prestige aux portes de l’autarcie. A cause de ses règles et son histoire.

 

De mon côté, si je me trouvais au sein de ce lycée, c’était aussi lié à ma condition à part. à savoir le mal étrange ayant fait de mon corps un objet de curiosité pour tout un pan de la communauté scientifique. Et pas seulement elle. J’ai déjà subi des quolibets récurrents dans les établissements scolaires précédents où je suivais mon cursus scolaire. Rien à voir avec ce que me ferait subir Gérard et son groupe cependant. Néanmoins, d’un point de vue psychologique, ce fut suffisamment lourd et inquiétant — pour un regard extérieur j’entends —, pour que mon père, le premier, remarque mon mal-être.

 

Durant des années, j’avais réussi à cacher à peu près mes ressentiments face aux regard des autres. Mais ma facilité à masquer mes émotions paraissaient avoir ses limites : mes parents s’en aperçurent très vite, l’un après l’autre. Au cours d’une soirée difficile à décrire — lors de laquelle j’ai fondu en larmes —, voulant percer l’abcès pour répondre aux questions qu’ils me posaient sur mon changement apparent d’humeur, j’ai fini par leur avouer ce qui me tourmentait. Ce que je n’avais jamais osé leur dire, de peur qu’ils me prennent en pitié, ou que ça perturbe leur quotidien. Ce qui m’aurait été intolérable. J’adore mes parents plus que tout. Malgré leurs activités très prenantes, ils m’ont toujours entouré d’un amour sans faille. Je ne désirais pas qu’ils souffrent autant que moi. Raison pour laquelle j’ai tant tardé avant de leur parler de ce que j’endurais quotidiennement à l’école.

 

Mais leurs visages remplis de tristesse en me regardant, l’anxiété qui se lisait dans leurs yeux, cela a fini par me résoudre à tout leur dire. Je leur ai alors expliqué que je ne supportais plus les railleries d’élèves s’amusant à imiter le cri du cochon en me désignant. Je ne supportais plus l’indifférence des professeurs, pourtant témoins de ces actes d’incivilité irrespectueux. Je ne supportais plus les parodies d’airs célèbres réarrangés où on incluait mon prénom et mon surnom : fatty. Le même dont userait Gérard plus tard. Alors que ma mère m’a directement pris dans ses bras, s’excusant de ne pas avoir vu ma détresse et s’en voulant d’avoir été si aveugle, mon père a pris la décision de m’envoyer à Sainte-Blandine.

 

 Il connaissait l’un des professeurs là-bas, inculquant des cours d’histoire. S’il lui demandait, il était certain que Barnabé — le prénom de ce professeur —, saurait s’appliquer à ce que je ne souffre pas des mêmes moqueries subies dans mes établissements scolaires précédents. Et puis surtout, il n’ignorait pas la réputation de Sainte-Blandine. Ses règles, son ordre, sa sélection des élèves y étant admis, ultra stricte. Cela m’a rassuré, et j’ai dit oui. Sans imaginer un seul instant — à l’instar de mes parents qui pensaient m’envoyer dans un havre de paix, à même de leur rendre le garçon joyeux qu’ils voulaient retrouver —, le calvaire qui allait m’y attendre.

 

Un cauchemar orchestré par deux esprits aussi machiavéliques que consciencieux dans leurs actes de malveillance envers moi. Un duo qui se partageait la passion de la méchanceté gratuite, du dénigrement de tous ceux ne faisant pas partie de leurs dogmes malsains. Ce qui incluait des handicaps supportés par un être par trop sensible à bien des égards, tel que je l’étais. Je pense que ça aussi, Gérard l’a senti dès le moment où il m’a adressé la parole. Il a dû le lire dans mon regard ou quelque chose comme ça. Tout comme il a senti qu’il pourrait me dominer et faire de moi sa marionnette de sévices.

Lui et sa sœur n’ont pas agi dans les semaines qui suivirent. Ils ont attendu méthodiquement de trouver les failles du système de surveillance mis en place dans le lycée. Ils se sont aussi rendu compte de ma connexion avec Mr. Trendard. L’ami de mon père. Du coup, ils ont également agi en tenant compte de cet obstacle supplémentaire à leurs futurs actions me concernant. De vrais stratèges, qui méritaient bien leur titre de jumeaux diaboliques. Quand ils ont commencé à frapper, silencieusement, en utilisant tout d’abord des intermédiaires sacrifiables et dévoués à leur « cause », ils avaient déjà tout planifié.

 

La toile était tendue, et je n’aurais aucun moyen d’y échapper…

 

A suivre…


Publié par Fabs