
J’ai lu et relu le rapport envoyé par mon ami Louis Pauwels, de la
Commission Ouranos. C’est lui qui s’est chargé personnellement de me constituer
un dossier complet sur les Hombrecitos vénézuéliens.
Il contenait des dessins des visiteurs spatiaux, ainsi que leurs vaisseaux et
divers détails morphologiques et techniques. En plus de cela, y étaient
joints les traductions des déclarations des témoins des différentes apparitions
de ce que Denis nommait les « Nains Velus
». Terme qui me semblait plus juste — selon moi —, pour désigner ces êtres,
en comparaison de leur désignation issue du pays d’origine de leur seconde
vague d’exploration. Toutefois, je devais bien avouer que le nom vénézuélien
sonnait mieux à l’oreille. Il me semblait moins enclin à toute appellation
péjorative, en cas de citation dans de futurs articles de ma part. Je préférais
éviter de me faire taxer de dénigreur dans un proche avenir, pour avoir usé du
petit nom que Denis leur avait attribué. Une simple précaution que je jugeais
sage, en regard des critiques dont j’avais déjà été la cible lors de la sortie
de mon premier livre.
Quoi qu’il en soit, je me montrais étonnamment surpris du soin
pris par Louis pour avoir rassemblé toute cette documentation précieuse. Elle
me serait d’une grande aide pour mieux comprendre le changement d’attitude des
Hombrecitos, lors de leur dernière vague d’apparition en France. Suivant
en cela celle dont Denis avait fait les frais, tel qu’il m’en avait rapporté
les détails. Ce qui m’avait donc valu de me rendre auprès de lui afin
qu’il m’en offre la teneur, en affrontant — au préalable —, les regards
suspicieux de la population locale. Une lettre accompagnait le dossier — riche
en informations —, écrite des mains de Louis :
”Cher Aimé,
J’avoue avoir été quelque peu
surpris en ayant été informé de ta demande. C’est le préposé aux appels
téléphoniques qui m’a informé — en premier lieu —, de ton aventure à
Rougiers-Les-Bois. Ainsi que ton contact pas très reluisant avec ses
autochtones, du fait de leur animosité virulente avec ton ancien camarade de
résistance.
D’autant qu’il se trouve que les
Hombrecitos figurent sur les sujets à traiter de la Commission depuis déjà un
mois. Je n’avais pas eu l’occasion d’en discuter avec toi, car j’attendais de
regrouper les informations et décider s’il s’agissait — oui ou non —, d’un
canular. Auquel cas, cela m’aurait évité de perdre du temps à t’en parler, vu
que cette affaire aurait été relayée aux oubliettes de notre salle des rebuts,
dont tu ne connais que trop bien la teneur. Ce n’est pas à toi que je vais
apprendre le nombre de témoignages bidons que nous recevons régulièrement,
provenant de la part d’individus voulant profiter de la « mode » des
extraterrestres. Juste pour obtenir leur quart d’heure de gloire auprès des
médias et des spécialistes, tel que les membres de notre petit comité, qui
grandit sans cesse en notoriété ces dernières années.
Pour revenir au cœur de
l’affaire qui nous intéresse — toi et moi —, j’ai donc relayé plusieurs infos.
Je me suis servi de mes contacts en Amérique du Sud pour démêler le vrai du
faux dans cette histoire de bonhommes avec une tête ronde comme une boule de
billard ayant sévi en France, puis au Vénézuéla. Ce qui m’a été d’une aide plus
que précieuse pour constater la véracité des faits.
En tout cas, en ce qui concerne
l’implication des Nortek dans le phénomène. Ce qui leur a valu bien des
accusations de tromperie et autres vilénies, à cause de la propagation
ostentatoire de leurs déclarations de la part de leurs détracteurs. Idem pour ce
qui fut désigné par les autorités vénézuéliennes d’allégations provenant de
témoins voulant juste attirer l’attention des médias. Cela dans le but de
mettre en avant leurs activités. Pedro, dont je t’ai déjà parlé lors de nos
discussions passionnantes — aux envolées presque lyriques, attisant
l’attention d'autres membres de la Commission de manière récurrente —, m’a
assuré de l’exact déroulement des faits ayant eu lieu au Vénézuéla.
Il a personnellement interrogé Gustavo
Gonzales et son commis — à l’origine de la découverte de cette seconde vague
d’apparitions de ces êtres —, et est persuadé de leur bonne foi. Il ne s’est d’ailleurs
pas limité à eux, ayant étendu son terrain d’enquête aux proches de Gonzales.
Ainsi que la quasi-totalité des autres témoins ayant été pris à partie par les
Hombrecitos par la suite. La faute — justement —, à la méthode tactile (et peu
diplomatique) employée par le sieur Gonzales pour engager sa prise de contact
avec une race extraterrestre, il faut en convenir. Tu trouveras toutes ces
explications et leurs conséquences dans les documents joints.
Ce à quoi je voulais en venir, c’est
que toutes les informations présentes dans le dossier envoyé ont fait l’objet
de vérifications rigoureuses au cours de ces dernières semaines. Que ce soit
les Nortek, Gonzales et le reste. Seul n’y figure pas le cas de ton ami Denis.
La raison en est que mes enquêteurs, dépêchés sur place avant que tu t’y rendes
toi-même — sans que je puisse soupçonner la vraie raison de ton déplacement, ce
que je comprends maintenant —, m’ont fait part de leurs doutes sur l’histoire
de ton ami. Ne m’en veux pas : à ce moment-là, je n’avais pas fait le
rapport entre son nom — bien qu’il me parlât, sans parvenir à me souvenir où
j’avais entendu son patronyme, à ma grande honte —, et le lien avec toi.
De ce fait, il n’était qu’un inconnu de plus
parmi d’autres affirmant avoir vu un peuple venu des étoiles. Mes
enquêteurs m’ont fait part de ses difficultés financières et ses démêlés avec
les habitants de Rougiers-Les-Bois. Ce qui pouvait s’avérer être un mobile
suffisant pour mettre en place une sorte de petite vengeance de la part de ton
ami. Une revanche envers ceux qui avaient protégé les deux hommes à l’origine
de son malheur — et l’ayant escroqué sans vergogne. À partir de là, son
témoignage se révélait plus que probable de n’être qu’un mensonge éhonté, pour
profiter du cas de ce que l’on a désigné comme la “Ferme des Etoiles”.
Toutefois — au vu de ce qui m’a été
rapporté —, je fais totalement confiance à ton jugement envers ton ami. Je sais
combien tu as l’art et la manière de détecter les tromperies de tout bord. Même
si elles sont proférées par des amis de longue date. Je ne remuerais pas le
couteau dans la plaie, mais toi et moi savons que notre statut de recherche de
la vérité nous a valu — au fil des années —, bien des rétrécissements de notre
cercle d’amis communs. À cause de la mise en lumière de mensonges venant
de personnes que nous pensions fiables.
Nous avons évolué : nous
sommes désormais capables de séparer la lie du bon vin — selon l’expression
populaire —, quand nous y sommes confrontés. C’est pourquoi je me fie à tes
conclusions quand tu affirmes que Denis n’est pas un affabulateur. À ce
titre, j’attendrais que tu me fasses ton rapport personnel sur la situation à
Rougiers-Les-Bois. Auquel cas, je rajouterais les éléments récoltés sur Denis
au dossier. Nous verrons ensuite ensemble pour la suite des opérations à
adopter, concernant le retranscription des informations à disposition dans
notre revue. Ainsi qu’à d’autres magazines intéressés par ce que nous possédons.
C’est-à-dire l’ensemble de la documentation se trouvant au sein de notre stock
de témoignages et preuves viables de l’existence des Hombrecitos.
Par ailleurs, tu as mon feu vert
total pour faire tout ce dont tu juges nécessaire pour avancer dans l’enquête.
Celle que je devine que tu ne manqueras pas d’effectuer, afin d’aider ton ami.
Dis-lui bien que je m’excuse sincèrement de ne pas avoir prêté foi aux
déclarations faites auprès de la gendarmerie et mes enquêteurs. Leur
intervention a peut-être accentué la grogne des habitants de la commune envers
Denis, et je m’en montre désolé. Je compte bien rattraper mon erreur en me
tenant à votre disposition tous les deux, si jamais vous avez besoin de la
moindre aide — de quelque ordre que ce soit —, pour démontrer l’honnêteté de
Denis. Tout comme celle des Nortek. Cette dernière ayant tout autant été mise à
mal par une population échaudée par toute forme de publicité concernant les
peuples des étoiles. De ce que j’ai cru comprendre de la situation, en tout
cas.
Bref. Ce courrier me semblait primordial
pour faire mon mea culpa sur deux points : d’une part, ta mise à
l’écart du sujet Hombrecitos ; d’autre part, mon attitude de rejet quant à ce
que j’ai pris pour un canular mal orchestré par ton ami Denis. Encore une fois,
je m’excuse platement pour mon manque de discernement et mon jugement hâtif sur
lui. J’espère qu’il saura me pardonner. Tout comme toi.
Je te souhaite une bonne lecture du
dossier envoyé. Tiens-moi au courant si tu prends connaissance de nouveaux
éléments pouvant apporter une pierre à l’édifice. Ce qui consoliderait la
teneur de nos informations. Je sais que tu n’as pas d’égal pour déterrer des
évidences pouvant avoir échappé au plus aguerri des limiers en la matière.
J’oubliais : bien
évidemment — étant donné la situation —, tu es libre de rester sur place autant
de temps que tu le jugeras nécessaire, si cela peut te permettre d’être plus
serein pour t’affairer à ton enquête. Je suis persuadé qu’elle se montrera des
plus minutieuses et complète. Les autres membres d’Ouranos et moi saurons nous
adapter à ton absence pour les affaires courantes. Ne t’inquiète pas à ce
sujet.
À très bientôt.
Ton ami Louis.”
Ce brave Louis. Toujours prompt à se culpabiliser pour pas
grand-chose. Je m’avouais surpris de ses cachoteries concernant ce qu’il savait
sur les nains velus, dont l’existence m’avait été révélé par Denis en premier
lieu. Dans le même temps, je connaissais suffisamment Louis pour comprendre ce
qui l’avait incité à garder le secret. De mon côté, j’avais également en moi ce
respect de ne pas faire perdre mon temps inutilement à mes collègues d’Ouranos.
Ceci en les faisant enquêter sur des pistes qui s’avèreraient être ce que l’on
a coutume de nommer des pétards mouillés.
Ce qui ne ferait qu’user de dépenses d’énergies futiles pour un
dossier qui finirait invariablement à la poubelle, et aurait empêché de se
concentrer sur des cas autrement plus valables. Ceux-là mêmes capables de
mettre en lumière l’existence d’intelligences supérieures ou égales à l’homme
dans notre galaxie, via des visites aux buts assez proches l’un de l’autre.
Dans la plupart de ces rencontres et témoignages de quidams à
propos d’extraterrestres, il y a une volonté des voyageurs intersidéraux
de découvrir nos habitudes, notre mode de vie, les objets de notre quotidien.
Plus couramment, mes collègues et moi nous sommes aperçus que c’était
surtout l’environnement où nous habitions qui semblait intriguer ces visiteurs
d’autres cieux. Les plantes, les fleurs, les arbres… Sans oublier tout ce que
comptait la production agricole que l’être humain a appris à maitriser et
développer pour sa subsistance.
Cela paraissait être le facteur commun le plus observé. Peut-être
que les mondes d’où provenaient ces extraterrestres — aux technologies pourtant
bien plus élaborées que les nôtres, si l’on comparait leurs vaisseaux à nos
moyens de locomotions assez primaires —, se trouvaient être en proie à des
famines ? Lesquelles pouvant être dues à des incidents climatiques ou
provoqués par des conflits ayant ravagés leurs cultures de base. Il y avait
aussi la possibilité que les matières premières propres à
leur alimentation ne suffisaient plus à leur assurer de nourrir une
population en expansion. Il y avait tant de scénarios possibles pour expliquer
la venue de ces voyageurs sur notre planète.
Ces explorations au sein de notre monde pouvaient leur permettre
de comprendre comment notre espèce en était parvenu à subsister, malgré les
guerres — celles dont nous étions les initiateurs, avec cette propension
maladive de s’affronter pour tout et rien entre peuples. Et ce, depuis la nuit
des temps. Ou encore notre capacité à surmonter les catastrophes naturelles
telles que des éruptions volcaniques, des raz-de-marée, des tremblements
de terre ou des glissements de terrains. Des catastrophes à même de provoquer
des dégâts considérables et des pertes humaines par milliers. Sans compter que
ces évènements nous obligeaient à des sacrifices conséquents pour nous en
relever, afin de continuer notre existence en retravaillant la terre des
cultures. Condition indispensable à notre survie.
Tous ces éléments pouvaient être au centre des discussions de ces
êtres sur les astres d’où ils venaient. Ils en étaient venus à la conclusion
qu’étudier nos techniques de cultures et d’adaptation à des périodes de disette
et de conflits se révélaient être « LA » solution à leurs propres
désagréments. Pour autant, ces explorations ne représentent peut-être pas le
seul motif de visite de leur part sur notre planète. Certains autres aspects
semblent les attirer : nos capacités de défense.
J’en veux pour preuve des cas où la présence d’apparitions de
leurs vaisseaux ont été signalées près de bases militaires. Plus rarement —
mais eux aussi sont à prendre en considération —, des centres de recherches.
Preuve que les armes et la technologie dont nous avons la maîtrise représentent
un intérêt tout aussi viable que nos facultés à survivre à des fléaux provoqués
par la nature ou les affrontements guerriers. D’un autre côté, j’y vois un
certain lien : les deux se rejoignent dans leur potentiel de résistance à
des menaces. Que ce soit la faim ou des armées ennemies.
Peut-être que notre planète intrigue pour autre
chose : l’atmosphère. On peut supposer que ces êtres voient leurs
mondes se retrouver à l’agonie, menaçant leurs civilisations de disparaître
corps et biens dans un proche avenir. Leurs dirigeants, leurs scientifiques,
ont donc programmé ces expéditions dans le but de découvrir un monde
susceptible d’accueillir leur espèce. Avant ça, ils se sont concertés et ont dû
établir qu’il leur fallait d’abord étudier la possibilité d’une cohabitation
avec une race inconnue. La nôtre. Ce qui implique pour eux
de s'informer de notre potentiel de défense. En plus de l’alimentation à
disposition sur notre planète, pouvant s’accorder avec la morphologie et le
fonctionnement anatomique de leurs corps.
Il restait une dernière explication : celle d’un désir
plus basique de conquête d’un territoire de la part de peuples belliqueux. Des
civilisations avancées voulant en savoir plus sur le moyen de contrer nos
moyens de défense, afin de mieux nous envahir. Cela fait partie des thèmes
récurrents que l’on voyait sur les écrans de cinéma à cette époque. L’invasion
extraterrestre était au centre de bien des intrigues de ces métrages, inspirés
par ces vagues de plus en plus croissantes d’apparitions d’OVNIS dans le ciel.
Auquel s’ajoutaient ces rencontres physiques sur notre sol terrestre. Du pain
béni pour des scénaristes en mal d’imagination pour des thèmes classiques, afin
d’attirer un nouveau genre de public voulant voir autre chose que des
sempiternelles comédies musicales mielleuses, des épopées aventureuses aux
quatre coins du globe ou de multiples récits policiers, traitant de
meurtriers bien trop humains et communs.
Ces vagues d’apparitions d’OVNI étaient tout aussi bien le centre
d’intérêt des producteurs cinématographiques que les communautés scientifiques.
Celles tentant de comprendre les technologies utilisées par les visiteurs,
ainsi que la part de vrai et de faux à accorder aux nombreux témoignages,
dont il n’existait que trop peu de documentation crédible. Mis à part des
clichés aux qualités discutables, parfois trop flous pour être exploités et
pris au sérieux. Ce qui n’était pas vraiment pour arranger la cause que nous
défendions chez Ouranos, avec pour objectif principal de prouver l’existence de
visiteurs extraterrestres au sein de notre planète.
Par conséquent, nous devions nous montrer prudent sur ce qui
convenait ou non de révéler au public crédule — avec moult vérifications —,
pour ne pas décrédibiliser la mission de notre groupe et anéantir nos espoirs.
À ce titre, avoir des confirmations de la véracité de l’existence des
Hombrecitos prenait tout son sens. Je comprenais parfaitement les réserves dont
avait fait part mon ami pour m’en parler, avant que je mette à jour la
révélation de ces êtres. Grâce au témoignage de Denis. J’ai donc étudié
attentivement toute la documentation expédiée par Louis — dont une grande
partie avait été rédigée par le fameux Pedro —, afin de mieux comprendre la
nature et les particularités des observations liées aux Hombrecitos.
Je n’ai fait que survoler les rapports de la commission concernant
les Nortek, dont Denis m’avait déjà fait part, avec le même souci du détail que
ce qui était inscrit noir sur blanc dans l’envoi de Louis. Je me penchais plus
scrupuleusement sur tout ce qui détaillait les évènements étant survenus au
Vénézuéla. Le pays constituant la base de ce qui pouvait expliquer le soudain
changement d’attitude des Hombrecitos envers les êtres humains qu’ils croiseraient
par la suite. Particulièrement lors de leurs exactions en France. Et pas
seulement la rencontre houleuse qu’avait subie Denis. Je reviendrai plus tard
sur les autres faits qui se sont déroulés à Rougiers-Les-Bois, durant le début
de l’année 1955. Événements dont je serais le témoin privilégié, subjugué et
terrifié par la même occasion.
Pour revenir au point de départ de l’attitude des Hombrecitos, il
faut s’attarder sur les circonstances du contact entre eux et les autochtones
locaux. Là où l’un des équipages avait fait le choix d’atterrir. Si j’emploie
le pluriel, c’est parce que rien ne laissait penser qu’il ne puisse pas
exister plusieurs vaisseaux. Des vaisseaux se relayant les informations entre
eux concernant leurs diverses explorations. Je lisais donc le rapport minutieux
détaillant l’implication des sieurs Gustavo Gonzales et son commis dans le caractère
belliciste des Hombrecitos lors de leur retour en France. Cependant, le rôle
des deux hommes s’est révélé loin d’être isolé dans l’attitude future des
Hombrecitos. Ils ne furent que les premiers d’une longue lignée d’erreurs
humaines, motivées par une gloire éphémère.
« Rapport d’analyse de
Pedro Torres, membre de la Commission Ouranos, en charge du relevé
d’informations au Vénézuéla, concernant le cas des « Hombrecitos »,
ayant débuté le soir du 29 novembre 1954.
Le présent rapport a été établi le
16 décembre 1954, avec l’aide d’Ernesto Duarez, inspecteur de police à Caracas.
Ainsi que les trésoriers Manuel Moreno et Emilio Dominguez, officiant dans la
petite ville de Pétaré. Sans oublier Paco Doriaz, représentant des
affaires internes du gouvernement du Vénézuéla. Le témoignage de ce dernier a
été notifié avec l’accord des autorités compétentes locales, en un lieu
sécurisé où l’entretien a été enregistré. Cela dans l’objectif de parer à
d’éventuelles incohérences de propos de ma part lors de la retranscription
ultérieure de notre conversation. Auquel cas le gouvernement vénézuélien se
réserve le droit d’interdire la diffusion du présent rapport, pour préserver
ses intérêts et sa dignité dans cette affaire.
Dans la matinée du 29 novembre 1954, dans une fourchette d’heures
située entre 2 heures et 2 heures 30 — selon les déclarations des deux hommes
qui seront recueillies par la suite au commissariat principal de Caracas —,
Gustavo Gonzales, un commerçant de 25 ans originaire de La Havane (Cuba), vivant
dans le quartier de Catia, à Caracas, accompagné de son commis José Ponce,
vivant pour sa part dans le quartier de Totumos au sein de la même ville, se
rendait en direction du secteur des entrepôts de Pétaré, à 15 miles de son lieu
de résidence. Vers le grossiste Schepper, plus exactement. Gustavo conduisait
une camionnette D.F.4-11382 de l’année 1954. L’objectif de la virée nocturne
était de récupérer des denrées de charcuterie, afin de les revendre au
cœur du marché ouvert de Caracas plus tard au lever du jour. Comme à son
habitude.
Le véhicule et ses deux occupants se sont engagés dans la rue
Bella Vista, à hauteur de la fabrique de marquèterie I.N.M. Un passage obligé
pour rejoindre le secteur des entrepôts, but de la destination initiale.
À cette heure, les alentours sont habituellement vides de toute
activité de la part des habitants. Ce qui est somme toute normal à cette
période de la journée. Pourtant, un fait inhabituel a attiré l’attention des
deux hommes sur le trajet. En une partie de la rue, ils ont aperçu une lumière
vive éclairant les parages. De telle sorte qu’ils se seraient crus en plein
jour.
Passé le coup de la surprise, Gustavo et José ont pu découvrir la
source de cette lumière presque aveuglante : un objet de grande
envergure — de forme sphérique —, se trouvant stationné au-dessus de la rue, à
plusieurs centimètres de hauteur du sol. Sans qu’ils puissent discerner le
moindre support rattachant l’objet au terrain qu’il survolait. Ni piliers ou
pieds servant de points d’attaches. Ou bien encore des fils quelconques,
pouvant expliquer la stabilité prononcée de l’étrange engin. Étonné autant que
fasciné par la présence incongrue d’un tel objet, Gustavo a soudainement freiné.
Puis, il a arrêté le moteur de sa camionnette, afin de mieux observer ce qui se
trouvait devant lui, à quelques mètres de sa camionnette seulement. Il décrira
ensuite un engin aussi rond qu’une boule de bowling — à la blancheur
étincelante —, et pourvue de deux simulacres de fenêtres sur les côtés. Chacune
ayant une circonférence de moins d’un mètre environ. Il notera aussi la
présence d’une sorte de coupole sur la partie supérieure de l’appareil.
José, lui, ne se montra guère rassuré à la vue de ce
spectacle inhabituel. Gustavo s’employa alors à dissiper la peur évidente de
son employé, pendant qu’il continuait de scruter l’appareil devant eux,
analysant méthodiquement ses caractéristiques. De ce qu’en a déduit l’homme, l’engin
devait faire dans les deux à quatre mètres de diamètre. Comme il lui avait
semblé l’apercevoir quelques secondes plus tôt — de même que son commis —,
l’objet n’était retenu d’aucune sorte au sol par quoi que ce soit. Pas même un
train d’atterrissage munie de roues à son extrémité, comme tout véhicule aérien
auquel paraissait appartenir l’étrange apparition.
Pensant avoir affaire à une manœuvre militaire, dans le but
de tester un modèle inédit d’avion de guerre — ou du moins quelque chose
destiné à une utilisation similaire —, Gustavo a d’abord hésité à toute forme
d’action trop hardie. D’autant que José lui demandait de rebrousser chemin, peu
enclin à avoir des problèmes avec l’armée, du fait de leur présence imprévue
sur un essai militaire secret. Bien qu’il n’eût jamais entendu parler
de ce genre d’opérations au cœur d’une ville, car lui semblant par trop
peu discret. Même en pleine nuit.
Piqué par une curiosité qu’il ne parvenait pas à maîtriser —
malgré le potentiel danger encouru —, Gustavo est sorti en premier de la
camionnette. Il désirait en savoir plus sur ce qui se trouvait au cœur de
Bella Vista, espérant découvrir des réponses sur la raison exacte et précise
d’une telle présence militaire. Voyant croître la peur de son acolyte, Gustavo
a demandé à José de rester à l’intérieur de leur véhicule. Ce
dernier refusa de rester seul : il a préféré accompagner son
patron, bien que son corps tremblât de partout.
Arrivés à plus ou moins 8 mètres de l’appareil lumineux, les deux
hommes se sont soudain figés sur place. Un être d’à peu près un peu plus d’un
mètre de haut se tenait devant eux. Il se trouvait posté devant ce qui se
révélait clairement être un vaisseau spatial. En tout cas, c’est à cette
conclusion que sont parvenus Gustavo et José, à la vision de la créature devant
eux. Ce n’était pas un militaire : c’était une évidence. Encore moins
un être humain.
La créature se révélait
avoir le corps velu, tapissé de poils à l’allure raide et sombre. Du moins, de
ce que l’on pouvait en discerner. Les mains — ou plutôt, en l’occurrence, les
pattes —, étaient dotées de quatre longues griffes. Des griffes semblables à
des lames de rasoir aux dimensions disproportionnées. On aurait dit des armes
de combat, mais il apparaissait clair — au fur et à mesure que le duo se
rapprochait de l’être —, qu’il s’agissait bel et bien d’extensions du
corps. Pas de quelque chose tenu par des doigts, qui auraient été
dissimulés dans la toison noirâtre de la créature.
Pendant que José — terrorisé —, restait en retrait, Gustavo
continuait de réduire la distance le séparant de l’étrange visiteur. Il ne
pouvait pas le considérer autrement dorénavant, tant son appartenance à une
race ne vivant pas sur Terre était devenue limpide dans son esprit. Gustavo put
alors mieux voir les traits spécifiques de l’objet de son attention. L’être
possédait une tête complètement ronde. Aussi ronde que l’était le vaisseau
devant lequel il se trouvait et qu’il paraissait surveiller. Cela aussi,
Gustavo en avait la certitude. Deux grands yeux, de forme ovoïde, étaient
positionnés au sein du « visage » de
la créature. Ils luisaient, reflétant la lumière des phares de la camionnette se
trouvant garée derrière le commerçant. José le suppliait de revenir. Il lui
criait presque que s’approcher plus pouvait se révéler dangereux, que ce
n'étaient pas leurs affaires et qu’il vaudrait mieux reprendre leur route, en
faisant comme s'ils n’avaient rien vu. Cependant, Gustavo resta sourd aux
suppliques de son employé. Il s’avança encore.
L’étrange être semblait n’avoir comme vêtement — en tout et pour
tout —, qu’une espèce de pagne au niveau de l’entrejambe. Ses pieds
étaient nus, ressemblant aux pattes d’un primate. Un gorille plus précisément.
Il n’y avait aucune trace d’une forme quelconque de nez, de bouche ou
d’oreilles. Juste cette tête ronde et ces yeux luisants qui virèrent au rouge
l’instant d’après, car montrant avoir finalement repéré la présence de Gustavo.
À ce moment-là, l’homme ressentit comme un semblant de paralysie dans les
jambes, bloquant ses mouvements. Peut-être une technique de défense
télépathique — ou quelque chose d’analogue —, émanant de la créature pour
l’empêcher de se rapprocher plus. Bien que cette dernière ne montrât aucun
signe d’agressivité à l’encontre du commerçant trop intrépide.
Gustavo parvint à se défaire de la paralysie naissante de ses
membres. Celle-ci n’ayant probablement pas été renforcée efficacement par
l’être, car pensant sans doute que la peur née de ce blocage serait suffisante pour
dissuader l’intrus — que devait représenter l’humain à ses yeux —, de
persévérer dans son approche. Gustavo se rua alors sur l’être, mué par un
instinct qu’il définirait plus tard comme stupide et incontrôlé. Comme celui d’un
enfant avide du jouet tant attendu lui étant apporté à son anniversaire par un
grand-père ou un oncle sensiblement apprécié.
Gustavo a alors saisi l’être entre ses bras et entreprit
d’effectuer une prise semblable aux lutteurs mexicains qu’il admirait depuis
son plus jeune âge. Pensant avoir sa proie bien en mains, il se mit ensuite à
traîner le corps prisonnier vers sa camionnette. En cet instant, il caressait
l’espoir de ramener une preuve de ce que lui et José avaient été témoin.
Gustavo fut étonné de la singulière légèreté de sa capture. Il parlerait plus
tard d’un poids n’excédant pas 50 livres. Toutefois, je resterais prudent sur
l’exactitude de cette évaluation sommaire. En effet, je constaterais
certaines divergences par la suite sur cette information, lors de mes
entretiens avec l’inspecteur Duarez, ainsi que Paco Diaz.
Ces derniers évoqueraient — pour leur part —, une masse plus
proche de 35 livres ou n’excédant pas 20 kilos. Il est plus que vraisemblable
que le stress généré par son aventure — en plus de celui occasionné par le
récit longuement répété à plusieurs instances policière et gouvernementales —,
ait pu altérer le jugement de M. Gonzales en la matière. D’où cette confusion
dans ses propos, différant légèrement suivant son interlocuteur. Ce qui est
hautement compréhensible.
Quoi qu'il en soit, la suite de la soirée allait se montrer au
désavantage de l’opération risquée de Gustavo. Contrairement à ce que sa
stature avait pu laisser penser au commerçant trop sûr de lui, l’être parvint à
se défaire aisément de l’emprise de son agresseur : il démontra une
dextérité et une force bien plus élevée que ne l’avait analysé Gustavo. Ce
dernier — en conséquence de son acte irréfléchi —, se vit porter un coup
violent à son encontre. Ce qui le fit repousser en arrière, avant de rouler sur
le sol. Refusant d’accepter cet échec, Gustavo se releva l’instant d’après. Non
sans avoir relevé une impression de vibration parcourant tout son corps, à la
suite du contact brutal effectué par l’être pour le mettre à terre. Ainsi que
des vertiges qui le placèrent dans une sorte de transe.
Pendant ce temps, la
créature effectuait des bonds ressemblant à s’y méprendre à ceux d’un félin,
cherchant manifestement à se rapprocher de l’homme. Toutefois, si je m’en tiens
aux dires de José — qui a assisté, de loin, à toute la scène —, l’être ne
manifestait pas, à priori, une réelle intention de vouloir faire du mal à
Gustavo. Le commis a plutôt évoqué une impression de curiosité émanant de
l’adversaire fantastique de son patron.
Malgré cela — sans doute vexé d’avoir été si facilement repoussé
par son adversaire —, le commerçant ne renonça pas : il sortit alors
de sa poche de pantalon le couteau qu’il portait toujours sur lui pendant ses
déplacements. Il en déploya la lame d’un geste rapide et maîtrisé. Les rues de
Caracas, là où il résidait — tout comme celles de Pétaré — étaient peu sûres la
nuit. Lui et José avaient déjà eu à se défendre contre des poivrots vindicatifs
ou de jeunes désœuvrés cherchant à se faire de l’argent facilement. Ceci en
volant les imprudents se trouvant sur leur « territoire ». Voulant jouer sur la surprise, Gustavo a accompli
un geste en direction de l’épaule de l’être avec son arme. Mais, là encore, ça
ne s’est pas passé comme il l’escomptait.
La lame du couteau a paru «
glisser » sur la surface de la zone visée. Comme s’il s’agissait d’une
« peau de rhinocéros ». Dixit
les déclarations ultérieures de Gustavo, lors de sa déposition au commissariat
le plus proche. Au cours de cet instant, l’homme a également remarqué un détail
supplémentaire concernant les pattes griffues de l’Hombrecitos. Un terme qu’il
emploierait pour désigner la créature venue des étoiles, et qui — concrètement
—, signifie « petits bonhommes » en
langue hispanique. Les pattes étaient palmées. Une bizarrerie de plus,
échappant à toute logique animale connue sur Terre. Dans le sens où il parait
invraisemblable qu’un être aux caractéristiques proches d’un primate — si l’on
fait exception de sa « tête » et
ses griffes —, puisse également posséder des attributs appartenant à l’ordre
des palmipèdes. Un détail, certes, mais déconcertant en tout point.
L’extraterrestre a soudain essayé de se saisir de Gustavo, mais
sans succès. Toutefois, l’affrontement ne s’est pas arrêté à cette petite
victoire de l’homme, qui était parvenu à échapper à la tentative de capture de
l’Hombrecitos. De son côté, José — voyant son patron se faire malmener —, est
parvenu à maîtriser sa peur : il a accouru pour l’aider. Juste avant, il
avait aperçu un autre être venant des friches avoisinantes. La créature sortait
du terrain situé à droite de l’endroit où la rencontre avait eu lieu, les bras
joints et remplis de mottes de terre. Ou peut-être étaient-ce des
cailloux : José n’a jamais pu être absolument certain de la nature des « trophées » se trouvant entre les
pattes de ce deuxième visiteur galactique présent ce soir-là. En revanche,
ce dont il est catégorique, c’est d’avoir aperçu cet autre être effectuer
soudainement un bond de près de deux mètres de haut, puis s’est propulsé
jusqu’au vaisseau. Avant de se glisser à l’intérieur par l’une des deux
fenêtres.
À peine quelques secondes plus tard, ce fut la fin de l’échauffourée
inter-espèces. Gustavo tentait de reprendre vainement l’avantage sur son
adversaire, mais celui-ci déjouait chacune de ses tentatives et y répondant par
des essais d’attaques violentes avec ses griffes. Cependant — tel que Gustavo
l’avouerait dans ses déclarations ultérieures auprès de la police et de
quelques journalistes désirant l'interviewer —, l’être agissait en employant
des mouvances défensives. Plus qu’avec la volonté de blesser véritablement.
L’Hombrecitos donnait l’impression de s’appliquer à impressionner son
adversaire, sans le toucher directement.
Alors que l’affrontement semblait ne pas trouver de conclusion,
deux créatures sortirent du vaisseau et se dirigèrent vers le lieu du combat.
L’un des deux êtres portait un tube à l’apparence métallique et brillante. Il a
alors dirigé son extrémité vers Gustavo. Une lumière vive est sortie du tube et
a aveuglé celui-ci. Profitant de sa surprise, les trois êtres se sont
immédiatement après dirigés vers le vaisseau et se sont introduits à
l’intérieur de la même manière observée par José quelques instants plus tôt
pour l’un d’entre eux. Il ne s’est déroulé qu’un bref instant avant que l’engin
spatial décolle et s’éloigne dans le ciel à très grande vitesse. Sans
émettre le moindre bruit de moteur ou de quoi que ce soit qui puisse être
propre au fonctionnement de tout véhicule. Si l’on se base sur la technologie
terrienne, bien évidemment.
Épouvanté par tout ça, José a fui sans demander son reste. Sans
prendre le temps de vérifier l’état de son patron, il a couru à vive allure en
direction d’une station de police se trouvant dans le même quartier, à quelques
pâtés de maison de là seulement. Il serait rejoint par Gustavo un quart d’heure
plus tard, une fois ce dernier remis de ce qui s’était passé. Il s’est montré
au moins aussi terrorisé et épuisé que son commis l’ayant précédé dans les
locaux policiers. Après s’être désaltéré avec un verre d’eau, à sa demande —
fourni par l’un des trésoriers de garde présents sur place —, Gustavo a
expliqué l’aventure qu’il venait de subir avec son employé. Ce dernier a
confirmé chaque mot de son patron, tout en se confondant en excuse pour avoir
fui sans l’attendre. Pour m’être entretenu avec les deux trésoriers ayant
recueilli le témoignage de Gustavo et José, il m’a été rapporté par messieurs
Moreno et Dominguez — les deux trésoriers en question —, que les deux
commerçants n’ont montré aucun signe d’ivresse manifeste ou d’aliénation
lorsqu’ils sont entrés dans la station de police, à 2 heures 30 du matin.
Gustavo et José ont tenu des propos entourés par le calme et
l’assurance, seulement ponctués par une nervosité intense. Bien que surprenant,
le récit des deux commerçants se montra extrêmement riche en détails,
accentuant le sentiment de réel ressenti par Moreno et Dominguez à ce
fourmillement d’explications. À aucun moment, ces derniers n’ont décelé de
gestes ou d’attitudes pouvant trahir une volonté de mentir chez leurs
interlocuteurs. Impossible qu’ils puissent avoir inventé cette histoire de
toutes pièces. D’autant que les deux hommes n’avaient aucun intérêt particulier
à se fourvoyer, en racontant des fables aussi inconcevables. Les trésoriers
n’ont pas manqué de tenir compte de la réputation de Gustavo et José, dont
les proches et collègues se sont montrés plus qu’élogieux sur le sérieux
récurent des deux hommes Que ce soit au sein du marché ouvert de Caracas — là
où ils exerçaient leur activité chaque jour de la semaine —, ou bien entre amis
et dans leur famille.
Bien sûr, il leur arrivait de raconter des blagues. Cependant,
tout le monde a assuré que jamais il ne leur serait venu à l’idée de mettre en
place un tel canular. Mes entretiens ultérieurs avec plusieurs autres
connaissances des deux hommes n’ont fait que me confirmer ces propos. Aux yeux
de tous, Gustavo et José se révélaient être des commerçants stricts et
professionnels, doublés de gens simples dans le privé.
De mon côté, j’ai effectué plusieurs enquêtes dérivées, avec
l’aide de mes assistants. Je n’ai pu que constater l’authenticité des paroles à
la fois de Gustavo et José, mais aussi de toutes celles et ceux qui les ont
défendus contre leurs détracteurs. Je ne peux pas certifier de manière
irrévocable l’existence des Hombrecitos à ce stade de mon enquête. Par contre,
je suis certain que les deux hommes — ainsi que ceux qui ont eu l’occasion de
s’entretenir avec eux, dont l’inspecteur Duarez —, sont persuadés de la
véracité de ce qui s’est passé ce matin-là. Affirmation qui sera renforcée par
d’autres témoignages ultérieurs de diverses personnes ayant été en contact avec
les Hombrecitos. Ou du moins, qui ont eu l’occasion de les observer à
une distance raisonnable, immortalisant les scènes à coup de dessins crayonnés
sur le vif.
Quelques-uns de ces témoins sont des personnes plus que
respectables, et — qui plus est —, des spécialistes en ingénierie. Ce qui leur
a permis d’estimer les dimensions du vaisseau aperçu. D’autres se sont révélés
être des experts en anthropologie, donnant lieu à des évaluations assez
précises des spécificités anatomiques de ces êtres. En tout cas, leur aspect
extérieur. À défaut de pouvoir disposer d’un spécimen vivant. Ce qui me
semble difficile à obtenir, au vu des méthodes de défense exercées par les
Hombrecitos l’un envers l’autre.
Vous trouverez en rapports annexes le détail de ces entretiens, des
copies des dessins évoqués, ainsi que divers témoignages parmi ceux que j’ai
déterminés être de nature très intéressante et viable. Dont ceux des experts
susmentionnés plus avant dans ce rapport. Vous y verrez que d’autres agressions
ont eu lieu, à la suite d’actes volontairement belligérants de la part
d'observateurs. Une grande part de ces derniers a reconnu avoir agi par peur,
désirant faire fuir les êtres des endroits où ceux-ci avaient fait atterrir
leur vaisseau. Pour d’autres, il s’agissait essentiellement d’amusement : ils
étaient persuadés qu’il s’agissait d’une farce exercée par des enfants du pays,
se fondant en cela sur la petite taille des Hombrecitos.
Toutes ces altercations ont assurément développé une notion de
méfiance extrême de la part de ces visiteurs à l’égard de la race humaine. La
multiplication des actes de violence à leur encontre a entraîné une
modification de leur comportement envers les témoins. Il a été démontré leur
propension — de plus en plus souvent —, à anticiper les actions des
humains en les attaquant frontalement. Sans la moindre forme d’hésitation.
Étant donné que les Hombrecitos — lors de leur première apparition
officielle en France —, n’ont pas montré auparavant de telles dispositions
belliqueuses, il apparait clair que ce changement est dû à ce qu’ils ont subi
de la part des autochtones lors de leur séjour au Vénézuéla. Ce dont —, malgré
la réserve qu’il a reconnu avoir sur cette affaire —, M. Doriaz, s’exprimant au
nom de son gouvernement, s’est dit tout aussi convaincu. Il a également exprimé
de profonds regrets sur l’image que ses concitoyens ont pu apporter à l’accueil
terrien à l’encontre des visiteurs extraterrestres. Si tant est que les
Hombrecitos ne soient pas le résultat d’affabulations ou d’erreurs d’interprétations
— pour ne pas dire un canular orchestré par des personnes disposant de moyens
financiers considérables, au point de construire un vaisseau fonctionnel
étonnant —, pouvant faire douter de l’intégrité du peuple vénézuélien.
J’ai assuré à M. Diaz qu’Ouranos ferait tout en œuvre pour
que ces excuses figurent en bonne place lors de la retranscription des échanges
que j’ai eu le plaisir d’avoir avec lui, en rajoutant me porter garant du
respect de l’honneur du peuple vénézuélien. M. Diaz m’a assuré avoir toute
confiance en notre groupe sur ce point. Ce dont je l’ai remercié avec grande
humilité.
En conclusion, plusieurs éléments laissent à penser que les sieurs
Gustavo Gonzales et José Ponce ont relaté l’exacte réalité des faits leur étant
survenus. Comme ils n’ont assurément pas les moyens monétaires d’organiser un
canular d’une telle ampleur — surtout en considérant le fait qu’ils ne
disposent pas non plus de contacts assez aisés pour leur apporter une aide de
ce type —, je ne vois aucun obstacle à reconnaître explicitement les faits
comme étant rigoureusement et potentiellement réalistes et vérifiés.
Compte tenu de tous les entretiens et témoignages relatés en
points annexes de ce dossier, les Hombrecitos peuvent être acceptés comme une
réalité plus que probable. Leurs agissements au Vénézuéla — à cause d’actions
résolument stupides et inconsidérées de la part de civils, les ayant rendus particulièrement
vindicatifs —, font craindre que leurs futures visites au sein d’autres
nations se caractérisent par des contacts plus violents. Il faudra donc nous
montrer attentifs et vigilants sur leurs prochaines apparitions, qui pourraient
donc se montrer moins prudentes et discrètes que par le passé.
Pedro Torres. »
Les autres rapports mentionnés par Pedro contenaient d’autres
informations reliées à Gonzales et Ponce. Comme des dépistages d’alcoolémie et
des enquêtes effectuées à la demande de la police de Caracas. Ce qui a
également impliqué des rencontres auprès des entreprises travaillant avec les
commerçants, des amis, des membres de la famille... En bref, tout ce que Pedro
s’est chargé d’établir de lui-même ou par l’intermédiaire des consultants
mentionnés dans son rapport. Ainsi que l’accès à des documents confidentiels
que ses nombreux contacts ont pu lui faire parvenir, en plus de réunions
extraordinaires où il a pu participer. Le tout afin de corroborer
l’ensemble des éléments de l’affaire. À ce sujet, j’ai pu noter que le
soir-même de l’aventure de Gustavo et José, il y a eu d’autres cas s’étant
déroulés un peu avant ou peu de temps après.
Je prends pour exemple le cas de Maria Antonietta Avellaneda. Dans
l’un des rapports annexes de Pedro, il est dit que cette dame a été
réveillée entre 1 heure et 2 heures du matin, par un son faisant penser à une
détonation. Il a été suivi d’un long sifflement, proche de ceux émis par le
déplacement dans l’air d’un avion. Elle n’y a pas prêté trop d’attention à ce
moment-là, car elle était occupée à préparer un remède pour l’un de ses enfants
malades, au sein de la maison dans laquelle elle demeure. Ce n’est qu’après
avoir entendu parler du cas de Gonzales — via différents journaux qui ont
relaté les faits —, qu’elle s’est interrogée, se demandant si cela n’était pas
relié.
Je citerais également d’autres exemples probants relevés dans le
dossier fourni par Paul :
·
Deux heures avant que Gustavo et
José rencontrent les Hombrecitos, Concepcion Garrachan — habitant de Pétaré —,
a indiqué avoir vu un appareil lumineux étrange dans le ciel. Vers 2 heures du
matin, il a entendu une détonation provenant de Bella Vista.
·
Aux alentours de 2 heures 30 du
matin, Manuel Maria Soria, habitant l’Avenue Sucre — non loin de Bella Vista —,
se rendait vers son domicile dans une voiture de location. Soudain, il a
pu observer une lumière puissante illuminant tout son véhicule. Ce qui l’a
obligé à s’arrêter, tellement l’éblouissement lui bouchait la vue. Il craignait
trop de percuter un trottoir, faute de pouvoir obtenir un champ de vision
sécuritaire devant lui. C’est alors qu’il a entendu comme un sifflement léger
mais « tonique ». Selon ses propres
mots. Après cela, n’étant plus aveuglé par la luminescence soudaine dont il
avait été victime quelques secondes auparavant, il s’est dépêché de se rendre
chez lui. Dès l’instant où il a pénétré au sein de sa maison, il a
expliqué à sa mère Juanita — qui vit chez lui —, ce qui lui était arrivé.
Celle-ci lui a lors précisé avoir également entendu quelque chose de semblable
au bruit que son fils avait perçu, mais s’était dit qu’il ne devait s’agir que
du passage d’un avion.
·
Le docteur Julio Garcies,
laborantin à l’hôpital Perez de Leon, à Pétaré, a déclaré avoir entendu un cri
de terreur vers 2 heures du matin, alors qu’il passait en voiture tout près de
la rue Bella Vista. Surpris, il s’est arrêté pour savoir d’où venaient
exactement les cris. Il n’est pas parvenu à le déterminer, tandis qu'il
continuait de percevoir les mêmes sons affolés. La seule chose dont il fut sûr,
c’était qu’il s’agissait de cris d’hommes. Sans pouvoir toutefois se montrer
capable d’en indiquer le nombre.
·
À Los Palos Grande, Mme Elsa
Dudelstard a affirmé avoir vu, toujours vers Pétaré, une lumière en forme de
disque très intense — changeant de teinte par moments —, alors qu’elle se
trouvait dans son jardin. Son fils et sa nièce — présents à ses côtés, ont
attesté avoir — eux aussi —, assistés au phénomène.
·
Les Caobos — vivant le long de
l’ancienne voie ferrée, conduisant à la partie peuplée de Pétaré —, indiquent
qu’au moment de la rencontre entre les deux hommes et les êtres velus, une
lumière vive est passée au-dessus de leur maison. Une lumière tellement
brillante qu’elle a illuminée l’intégralité de leur chambre. C’était comme si
une étoile était descendue du ciel pour s’installer dans la pièce, selon leurs
déclarations.
Il a également été notifié que plusieurs patrouilles de
la police et de la Sécurité Nationale se sont rendues dans la zone autour de
Bella Vista. Un déplacement occasionné par plusieurs signalements reçus par
téléphone, parlant d’une lumière intense accompagnant une détonation. Au vu du
nombre conséquent d’appels — traitant tous du même phénomène commun —, il a été
décidé d’envoyer des troupes pour se rendre sur place. Cela afin d’enquêter et
déterminer l’origine de l’explosion supposée.
·
Mme Avelina Del Paso, habitant dans
la rue Andres Bello, a été témoin de ce déploiement de force dans les
rues.
·
Comme l’ensemble de ses voisins —
dont le plus grand nombre étaient à l’origine des appels auprès de la police —,
Francisco Leal — habitant au 7 de la même rue que Mme Del Paso —, a ressenti
les vibrations de l’explosion. Plusieurs personnes sont descendues dans la rue
pour en discuter entre eux. Notamment au sein des bars « Aux Armes » et «
L'Escobar ». Lieux où les policiers chargés de l’enquête ont entendus les
déclarations de plusieurs témoins. Chacun relatant invariablement la vision
d’une lumière bleutée et intense, précédant une détonation étrange.
Le cas a fait grand bruit, parvenant aux oreilles de Les Lorenzen,
dirigeant du groupe d’ufologies APRO, aux États-Unis. C’est un rapport de son
correspondant vénézuélien, Joseph Rolas — lequel réside à Caracas —,
expédié par courrier, qui lui a permis de prendre connaissance du phénomène.
Ainsi que de la panique ayant suivi. L’homme a également eu
connaissance de l’expérience subie par Gustavo et son commis. Par la
suite, Lorenzen a été sollicité par Washington pour venir échanger
avec la Sécurité Intérieure Américaine concernant les informations qu’il
détenait au sujet des Hombrecitos, qui devint le nom officiel de ces
êtres.
La presse vénézuélienne a participé à l’inquiétude populaire de la
présence des Hombrecitos au Vénézuéla, affichant en gros titre tout nouvel
incident s’étant déroulé les jours qui ont suivis l’aventure de Gonzales et
Ponce. Il est aisé de comprendre que cette diffusion à large échelle — relatant
les détails de cette première rencontre sur le territoire du pays —, a
contribué à rendre certains témoins plus hardis que d’autres. Ces derniers
voulant en cela se montrer au moins aussi téméraires que ne l’avait été
Gonzales. Sans doute leur ego et leur trop-plein de confiance leur a fait viser
le rêve de devenir aussi connus que le commerçant. À condition de réussir
là où il avait échoué : à savoir capturer un Hombrecitos. Ou du moins
parvenir à s’emparer d’une preuve de leur existence. Comme des poils, une
griffe ou un morceau de la texture de ce qui leur servait de tête.
Tout ceci a eu pour effet la recrudescence de drames malheureux,
intégrant des blessures plus graves que ce que Gonzales avait récolté comme
souvenir de sa rencontre et de son geste inapproprié envers des visiteurs qui n’étaient
pas agressifs au départ. J’en ai acquis la certitude après avoir lu
l’ensemble du rapport de Pedro, auquel se sont bien évidemment rajouté les
explications de Denis concernant la première visite des êtres chez les Nortek.
Apparemment, la
multiplication des actes violents envers eux les ont obligés à agir de manière
plus virulente contre les éventuels témoins de leurs escapades. Celles-ci s’apparentant
à de simples explorations scientifiques et destinées à récolter divers éléments
de la nature et la faune terrestre. Exactement comme ce qui s’était passé chez
les Nortek et qui se renouvèlerait au sein des terres de Denis (et d’autres
après lui). Mais cela, j’en expliquerais le processus plus tard.
Il faut savoir que l’une de ces altercations entre Hombrecitos et
humains a failli se transformer en un drame bien plus terrible. Tel qu’il est
décrit dans l’un des rapports connexes rédigés par Pedro, sur la base de ses
consultants vénézuéliens et ses assistants enquêteurs. Un drame qui a failli
coûter la vie à un jeune garçon de 15 ans. Manolo Vesperez.
Manolo est, de l’aveu même de sa famille — qui a pu témoigner
auprès de membres de l’équipe de Pedro, remplaçant ce dernier qui n’a pu se
déplacer lui-même —, une « tête brûlée »,
doublé d’un incorrigible casse-cou. Ce qui a déjà causé bien des soucis à sa
mère par le passé. Le jeune homme a fait l'objet de plusieurs visites à
l’hôpital, à la suite de paris stupides lui ayant valu des côtes cassées, une
entorse à la cheville droite, ou encore de multiples contusions un peu partout
sur le corps. Des broutilles en comparaison de ce que lui vaudrait sa hardiesse
envers les Hombrecitos. S’il n’y avait pas eu ses camarades avec lui cette
nuit-là — qui sont parvenus à vaincre leur peur d’intervenir juste à temps —,
Manolo aurait bien pu finir ailleurs que dans la blancheur d’un centre médical.
Les blessures qu’il a subies ont échoué de peu de faire de lui un futur
résident à vie du cimetière local.
Pour revenir au début de ce qui s’est passé cette nuit-là — et qui
restera comme le cas le plus grave impliquant les Hombrecitos au Vénézuéla —,
il faut d’abord expliquer dans quelles circonstances Manolo et ses amis se sont
retrouvés à se retrouver en présence de ces extraterrestres.
Comme dit précédemment, Manolo a l’habitude d’expéditions —
souvent nocturnes —, dont il ressort rarement indemne. Disons qu’il fait partie
de ceux qui n’apprennent jamais véritablement de leurs erreurs, les répétant
sans cesse. Comme si c’était dans ses gènes, et qu’il ne parvenait pas à faire
autrement. Ce soir-là, Manolo avait profité — une fois de plus —, du défaut de
vigilance de sa famille. Habituellement, Jashiel — sa grande sœur, qui
n’était pas la dernière à devenir à moitié folle d’inquiétude à cause des
cascades dangereuses à répétition de son petit frère qu’elle adorait malgré
tout —, sacrifiait une partie de son sommeil pour se rendre régulièrement
dans la chambre de Manolo. Une manière pour elle de pallier la fatigue de sa
mère, qui se chargeait autrefois de cette « tâche »,
afin de veiller à ce que le « petit
diable » — le surnom que toutes les deux attribuaient
affectueusement à Manolo — ne joue pas les déserteurs pour aller commettre une
nouvelle bêtise dangereuse à l’extérieur de leur maison.
Malheureusement pour Jashiel — qui n’aurait de cesse de s’en
mordre les doigts par la suite —, ce soir-là, elle s’était endormie comme une
masse. La faute à une succession de nuits occupées à faire les allers-retours entre
sa chambre et celle de son petit frère. Manolo avait plus ou moins anticipé cet
état de fait, car il n’ignorait pas que sa sœur ne tenait pas plus de 5 nuits
d’affilée à surveiller sa présence au fond de son lit. C’était comme une sorte
de cycle. Le soir du drame, Manolo était certain que sa sœur faillirait.
C’était pourquoi il avait prévenu à l’avance ses « lieutenants », la veille, afin qu’ils se préparent
à l’attendre près de chez lui pour l’une de ses évasions récurrentes.
Manolo a attendu que sa mère et sa sœur dorment profondément dans
leur chambre respective, s’assurant que Jashiel ne viendrait pas effectuer sa
ronde habituelle. Passé minuit — en l’absence de sa venue —, il était désormais
certain que sa « divination » s’était
avérée exacte. Il s’est donc affairé à escalader sa fenêtre de
chambre, puis descendre vers le jardin en s’aidant des aspérités du mur. Une
fois rendu dehors, il a vite rejoint Rafael et Jorge qui l’attendaient un
peu plus loin dans la rue. Comme prévu.
À l’origine, le but de l’expédition n’était pas la chasse aux
Hombrecitos, comme vous pouvez vous en douter. La logique des choix de lieu
d’atterrissage de ces derniers n’a jamais pu être établie de manière certaine.
Tout juste avait-on élaboré une théorie sur d’éventuelles lignes reliant chaque
apparition. Mais cette piste s’est vite révélée erronée. Non : Manolo
et ses amis ne partaient pas dans l’espoir de tomber sur ce qui était devenu
une forme de fantasme ou de légende urbaine, dont chaque témoin des activités
des Hombrecitos permettait d’obtenir un statut de célébrité locale. Le trio
n’avait pas la même ferveur que nombre de leurs camarades d’école qui — bien au
contraire des trois garçons presque inséparables —, rêvaient d’assister aux
pérégrinations nocturnes des « petits
bonhommes » ayant choisi leur pays comme terrain d’exploration.
Ce qui — paradoxalement — faisait ressentir une certaine fierté à quelques
personnes, offrant une forme de célébrité à leur nation.
Rien de tout ça ne motivait Manolo, Rafael et Jorge. C’était tout
autre chose qui les avait décidés à élaborer cette fuite, dans le seul but de
se rendre en un lieu bien précis. Un lieu à l’aura au moins aussi importante
que les Hombrecitos. En tout cas, en ce qui concernait les alentours de
Maracaibo. La ville où ils résidaient tous les trois, dans le Nord-Ouest du
pays. Leur cible, c’était une vieille maison délabrée, au sud de Puerto Cara.
Un petit village situé à une distance de 2 miles de là. Une bicoque abandonnée
depuis des décennies faisant partie du paysage régional, comme l’on dit
familièrement. Avec une petite légende s’y rattachant, ayant la fâcheuse
tendance à attirer les plus intrépides.
La maison était autrefois la propriété d’un riche céréalier, avant
qu’il ne fasse faillite dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées
de manière précise. Tout juste prêtait-on quelques allusions d’éventuels
investissements malheureux de la part de Ramon Defestria — l’ancien
propriétaire des lieux —, et sa notoire naïveté dans le domaine des affaires. On
disait aussi de lui qu’il avait une forte tendance à porter crédit à toutes
sortes de croyances pour conjurer ce qu’il désignait comme une malédiction. Ce
qui seul pouvait expliquer — tel qu’il le criait sur tous les toits —, son
incompréhensible malchance l’ayant poursuivi depuis bien trop longtemps.
Pour la petite histoire, il était dit qu’il avait fait appel à des
Santeros — des membres de la Santeria, une religion controversée, à laquelle sont
rattachés plusieurs scandales impliquant sorcellerie et rites peu orthodoxes —,
pour purifier ses terres et sa demeure. Une opération qui n’a fait qu’empirer
les choses. En effet, le rituel utilisé a déclenché — selon la légende
rattachée aux lieux —, la colère de la déesse Maria Lionza, qu’on disait être
celle qui aurait provoqué la malchance du pauvre Ramon. La
raison : le mépris du propriétaire terrien de la nature, n’ayant pas
hésité à raser des forêts entières pour exploiter des terres rachetées à bas
prix auprès de fermiers désirant quitter la région.
Sans qu’on sache avec certitude ce qui s’est réellement passé,
Ramon est passé à travers la fenêtre du premier étage de sa maison, finissant
empalé sur un morceau de grille — destinée à être fondue et devant servir à un
autre usage que sa fonction première —, se trouvant en contrebas. La mort fut
immédiate. Les Santeros furent accusés d’avoir sciemment jeté Ramon du haut de
la maison, afin de bénéficier d’un contrat d’assurance-vie, qui aurait dû faire
d’eux les heureux bénéficiaires d’une hypothétique mine d’argent située au
Brésil. Ce qui n’a jamais pu être prouvé. Il est plus que probable que Ramon a
menti, étant parvenu à appâter les Santeros par ce subterfuge. Une manière pour
lui éviter de payer leur intervention avec de la monnaie vénézuélienne sonnante
et trébuchante. Ce qu’il ne possédait plus, ses comptes bancaires étant proches
du néant absolu.
Sauf que le mensonge s’est retourné contre lui : les Santeros
ayant sans doute jugé plus profitable pour eux de faire en sorte que leur
généreux donateur meure le plus vite possible. Sans qu’ils aient à attendre sa
fin naturelle, au bout de plusieurs années. Car il était de notoriété publique
que Ramon jouissait d’une santé de fer : les médecins lui garantissaient
une longue vie. Un paradoxe, quand on connaissait la malchance dont il se
disait entouré et ayant forgé sa future légende, une fois sa mort annoncée. Les
Santeros n’ont pas pu être confondus de manière officielle pour leur crime.
Mais on dit que d’autres membres de la Santeria — n’ayant que peu apprécié ne
pas avoir été tenu au courant de la transaction entre deux de leurs fidèles et
Ramon —, se seraient chargés de leur faire comprendre le sens du mot « fraternité ». Dans le sang.
Que cette version officieuse soit vraie ou pas, on n’a jamais revu les deux
Santeros en tout cas.
Bref, le genre d’histoire dont on ne parvient jamais trop à
déterminer la part du vrai et du faux. Ce qui fait tout le charme des légendes
de l’Amérique du Sud. Depuis, on dit que sauter du haut de la fenêtre de la
maison — et, bien évidemment, atterrir indemne en bas —, procure l’assurance de
bénéficier de la protection de Maria Lionza. Celle-ci se montrerait
reconnaissante auprès de l’intrépide vainqueur de ce rituel — aussi risqué que
stupide —, en tant que valeureux défenseur de la nature qu’elle représente.
Ceci pour avoir triomphé du choc de la terre à sa chute.
Oui, c’est très tiré par les cheveux comme prétexte. Comme bien
souvent. Surtout, le rituel a provoqué nombre d’imprudences faisant finir à
l’hôpital tous les téméraires des environs — avec une jambe ou un bras cassé
pour les plus chanceux, ce qui ne représente que 45 % du total des candidats.
Plusieurs familles ont bien demandé qu'on détruise la maison. Ne serait-ce que
pour éviter d’autres accidents à l’avenir. Ce qui leur fut refusé par les
instances politiques régionales. Comme la demeure est aussi censée être classée
pour sa nature historique, apportant un intérêt touristique non négligeable —
en partie due aux imbéciles se jetant du haut de la baraque —, les successives
demandes des familles — parfois endeuillées, car faisant partie des 55 % de
malchanceux ayant vu l’un de leur membre échouer au rituel —, n’ont même pas pu
obtenir de leurs revendications le moindre crédit de considération. Le plus
frustrant pour elles étant qu’il n’existe aucun document officiel pour étayer
la soi-disant classification historique de la « demeure aux
sacrifiés ». L’autre nom qu’on prête parfois à cette maison détentrice
d’une réputation des plus macabre.
Dans les faits, disons que c’est plutôt le coût que représenterait
la démolition qui sert de prétexte pour évincer toute nouvelle demande suivant
un nouvel incident. Malgré tout ça, cette maison était devenue le nouveau défi
que s’était lancé Manolo pour répondre à sa nature innée de casse-cou notoire.
Rafael et Jorge, eux, devaient être présents pour attester de la réussite du
rituel. Mais, en lieu et place de ce dernier, c’est une tout autre aventure qui
attendit le trio.
Quand ils sont arrivés sur place, ils ont d’abord été surpris par
une lumière étincelante semblant émerger de l’arrière de la demeure au sinistre
passé. Curieux de savoir quelle pouvait bien être la source de cette
luminescence aussi intrigante que mystérieuse, les trois amis ont donc lâché
leurs vélos — Jorge ayant apporté le vélo de sa sœur à Manolo, afin d’éviter à
celui-ci de faire trop de bruit en ouvrant le garage de sa maison —, les ont
posés contre un arbre se trouvant près du champ jouxtant la propriété à l’aura
mystique, et se sont dirigés vers l’endroit d’où provenait la lumière.
Une fois arrivés à l’arrière de la bâtisse, le spectacle
s’affichant devant eux fut un émerveillement. Une immense boule blanche
éblouissante se révéla être l’origine de la lumière qu’ils avaient aperçue
à leur arrivée, de l’autre côté de la maison. Rien ne semblait relier le
sol à l’étrange vaisseau. Car il fut vite évident pour les trois jeunes
adolescents qu’il ne pouvait s’agir que de cela, se souvenant des informations
entendues un peu partout traitant des Hombrecitos. Ces êtres velus venus d’un
autre monde...
Confirmation fut faite en voyant deux de ces êtres dans l’un des
champs proches. Ils étaient — de ce qu’en voyaient les garçons —, affairés à
ramasser toutes sortes de plantes. C’était assez surprenant que quelqu’un
puisse trouver un intérêt à ces terres abandonnées par la main de l’homme
depuis très longtemps, et jamais reprises à son compte par un agriculteur local
impétueux. Cela étant dû à l’histoire horrible que je vous ai détaillée
tout à l’heure. Tout le monde dans la région s’accordant à penser que
tout ce qui avoisinait la maison de Ramon Defestria devait se montrer au moins
aussi maudit que la demeure elle-même.
De là où ils étaient, les trois garçons n’étaient pas en mesure de
distinguer quelles plantes avaient bien pu représenter une attention aussi
majeure à ces visiteurs galactiques. Au point de choisir d’atterrir avec leur
vaisseau ici, au cœur même d’un terrain envahi par une végétation
non-cultivable. Mais peut-être que c’était justement ce qui avait attiré les
Hombrecitos en cet endroit particulier. Tout comme le relatif éloignement des
lieux vis-à-vis des populations les plus proches.
Le trio ne parvint uniquement qu’à apercevoir les
silhouettes de longs brins émergeant sur les côtés des corps des êtres, à
la hauteur de leur bassin. Mais l’attention du chef de groupe, Manolo, se
porta très vite sur un troisième être. Celui-ci se trouvait assis tout
près du vaisseau et leur tournait le dos. Dans l’esprit du garçon, cela
représentait une chance unique lui étant offerte de capturer un des fameux
Hombrecitos défrayant les chroniques journalistiques de tout le pays. Une
aubaine qu’il devait saisir, devant lui assurer de faire mieux que tous ceux
l’ayant précédé dans cette entreprise hasardeuse.
Il se voyait déjà en héros
dont le visage s’étalerait partout. Il serait celui qui a permis à la
communauté scientifique de son pays d’étudier un Hombrecitos, avec la
perspective d’en obtenir une récompense substantielle dont il ferait profiter
sa famille. Une manière pour le jeune garçon de se faire pardonner toutes les
heures d’angoisse qu’il avait provoqué à sa mère et sa sœur, en faisant de
leurs vies futures un tourbillon de luxe, en cas de réussite de son plan.
Manolo, envahi par une confiance excessive — mettant en retrait
toute forme de prudence de sa part —, chuchota à ses compères de ne désormais plus
faire le moindre bruit. Au moins pendant qu’il s’emploierait à se rapprocher de
cette cible autrement plus passionnante que le rituel les ayant fait venir tous
les trois en ces lieux. Rafael et Jorge hochèrent de la tête en guise d’accord
à leur petit chef de bande. Manolo déploya un effort intense de concentration
lors de son avancée, veillant à surveiller chacun de ses pas sur le sol. Il
devait absolument prendre garde à ne pas marcher sur la moindre brindille. Ce
qui pourrait alerter l’Hombrecitos de sa venue derrière lui.
L’opération semblait fonctionner à merveille et Manolo parvint à
se placer juste derrière l’être velu, sans que celui-ci ne montre avoir détecté
sa présence. L’adolescent téméraire prit alors une grande inspiration. Cela
représentait pour lui l’ultime étape pour se donner le courage nécessaire
à la conclusion de sa quête. Reprenant tout de suite son souffle l’instant
suivant, il entoura le cou de sa proie, en espérant parvenir au même
résultat que dans les films d’action ou les matchs de catch dont il était
friand. Un autre trait le rapprochant d’une autre personnalité intrépide :
celle de Gustavo Gonzales. Avec les mêmes conséquences désastreuses. Mais sur
ce dernier point, Manolo allait seulement le découvrir.
Loin d’être décontenancé par l’attaque surprise de son jeune
agresseur, l’Hombrecitos ne montra aucune panique à la prise exercée sur son
cou. Il se contenta de pencher son corps en avant, de manière vive, rapide et
parfaitement contrôlée. Ce qui eut pour effet de faire basculer le corps du
pauvre Manolo. Ne s’attendant pas à une telle manœuvre, le jeune garçon fut
très vite projeté dans les airs, n’ayant pas eu le temps nécessaire pour
appliquer une accroche suffisante sur le cou de sa cible. En résulta un vol
plané spectaculaire qui renversa complètement la situation.
En conséquence, Manolo se retrouva en position de danger face à un
ennemi qui s’avançait sans la moindre crainte vers le garçon. Pire : la
créature commençait à se placer en position d’attaque. Elle leva son bras droit
au-dessus de sa tête, avant d’abattre prestement sa patte griffue sur
Manolo, qui eut tout juste le temps de se protéger le visage avec son bras
gauche. Celui-ci fut lacéré de manière très brutale, générant un cri de douleur
instinctif de la part de son jeune propriétaire. Un son qui fit réagir les deux
autres êtres situés plus loin, qui se ruèrent alors immédiatement sur les lieux
de l’affrontement en bondissant.
Une manière de se déplacer qui serait décrite par Rafael et Jorge
comme identique aux mouvements dont avait été témoin José Ponce. Ils le
savaient, parce qu’ils avaient lu les détails de cette manière de procéder dans
les journaux ayant relaté l’affaire. Des déplacements presque félins et
parfaitement synchronisés entre eux. Les deux Hombrecitos se dirigèrent avec
vivacité vers l'endroit où se trouvait leur «
frère ». Ce dernier — de son côté —, continuait à déferler une avalanche de
coups tranchants sur son jeune adversaire. Lequel hurlait de terreur et de
souffrance à chaque impact de griffe reçu. Un temps paralysé par ce qui se
déroulait devant leurs yeux — et ne sachant comment réagir face à la situation
—, Rafael et Jorge s’emparèrent de pierres et de bâtons traînant par terre. Des
armes dérisoires en comparaison de ce dont disposaient les Hombrecitos s’acharnant
sur leur proie. Ces véritables épées naturelles, capables de faire plus de
dégâts qu’une trancheuse de viande dans une boucherie.
Manolo criait de plus belle, alors que les lames constituant les
griffes des êtres velus — étant désormais trois à se déchaîner sur lui —,
déchiraient et labouraient de plus en plus de surface de son corps,
transformant ses habits en lambeaux et creusant sa chair. Les trois êtres ne
semblaient pas s’être rendu compte de la présence des deux autres jeunes
garçons. Ou peut-être les considéraient-ils comme une menace moins prompte à
devoir envisager des gestes de défense de leur part, du fait de la distance
éloignée les séparant d’eux.
Toujours est-il que le trio de créatures a fini par
considérer un peu plus la venue des compagnons de Manolo, quand ceux-ci ont
commencé à leur adresser des cris de guerre tonitruants. En même temps qu’ils
leur lançaient de nombreuses pierres, parmi les plus aiguisées et coupantes
qu’ils aient pu trouver. Plusieurs jets firent mouche. Ce qui eut pour effet
d’obliger les Hombrecitos à tourner leurs têtes vers l’origine des projectiles.
On ignore si c’est la perspective de se retrouver face à un combat
plus aléatoire ou la peur de la fureur dans les yeux de Rafael et Jorge —, en
plus des armes rudimentaires qu’ils tenaient en main —, qui a fait fuir les
Hombrecitos à ce moment précis. Il faut dire que les extraterrestres — cette
fois—, ne disposaient pas du bâton de lumière ayant servi à mettre fin à leur
affrontement avec Gustavo Gonzales, lors de leur premier contact avec des
terriens au Vénézuéla. Peut-être qu’il y avait un peu de ces deux explications
dans ce qui avait pu les motiver à quitter les lieux. En tout état de cause,
les trois êtres se sont empressés de rejoindre leur vaisseau à cet instant. Ils
ont abandonné Manolo à son triste sort, laissant un garçon ne parvenant même
plus à réagir et se retrouvant ensanglanté de partout.
Ils ont alors usé du même
mode de déplacement qui les caractérisaient, se faufilant à l’intérieur de leur
appareil par une des fines ouvertures sur les côtés. Dans les secondes qui
suivirent, l’engin spatial s’éleva dans les airs avec une telle rapidité que
les sauveurs de Manolo eurent à peine le temps de voir la trace blanchâtre
qu’il laissait derrière lui, pendant qu’il se fondait dans l’espace infini
proche. Le tout en émettant un léger bruit de sifflement, suivant une forte
détonation sonore.
Quand le duo de choc parvint à rejoindre la partie du champ où
leur ami gisait dans son sang, ils eurent une expression d’effroi en voyant
l’état dans lequel Manolo se trouvait. Il était parsemé de traces de griffures
sur le visage, les bras et les jambes. Dont certaines se révélaient très
profondes. Juste avant que les Hombrecitos fuient, Rafael et Jorge ont eu le
temps de voir que leur petit chef avait eu le réflexe d’éviter une dernière
attaque de l’un de ses adversaires. Un geste sans doute incontrôlé, consistant
en un basculement vers l’arrière de sa tête, au moment même où l’un des êtres
projetait l’une de ses pattes griffues vers son cou sans défense.
Manolo n’avait même pas dû se rendre compte de ce qu’il faisait,
car ayant probablement agi par pur instinct. Son corps a dû réagir avant même
que son cerveau ne transmette les ordres à exécuter à ses muscles. Un mouvement
qui l’avait sauvé d’une mort certaine. La dernière griffure n’ayant fait
qu’effleurer la surface du cou, à quelques millimètres seulement de sa
carotide. C’est la conclusion à laquelle parviendraient les médecins qui
soigneraient Manolo plus tard à l’hôpital, lors d’une intervention d’urgence
qui plongerait la mère et la sœur du jeune intrépide dans la pire
soirée d’angoisse de leur vie.
Comme lui et son comparse n’osaient pas le transporter — de peur
d’aggraver ses blessures —, Rafael a presque ordonné à Jorge d’aller chercher
du secours. Il s’est appliqué à lui préciser de bien fournir tous les
détails possibles aux personnes qu’il parviendrait à trouver afin de venir les
secourir. Rafael a déchiré ses propres vêtements pour faire des garrots de
fortune, se souvenant des cours dispensés par M. Rimenez, le prof de sport de
son collège. Quelques conseils supplémentaires — hors programme scolaire — que
l’enseignant a jugé bon d’indiquer à ses élèves. Juste au cas où l’un d’eux se
retrouverait dans une situation de cet ordre. Jamais le garçon n'aurait pensé
qu’il en viendrait un jour à se servir des méthodes apprises de son professeur.
L’attente fut interminable. Environ à peine une demi-heure plus
tard, Rafael — parlant presque sans discontinuer à Manolo pour lui éviter de
tomber dans l’inconscience —, entendit les sirènes des secours que Jorge avait
fini par contacter et faire venir.
Les longues heures passées à l’hôpital furent parmi les moments
les plus stressants vécus par Rafael et Jorge. Pas seulement parce qu’ils
scrutaient le retour des médecins — espérant de leur part qu’ils annoncent la
mise hors de danger de leur ami. En fait, c’est surtout qu’ils devaient aussi
résister aux regards accusateurs — quasiment meurtriers — de Jashiel, la
sœur de Manolo. Elle ne quitterait pas les deux garçons des yeux, pendant
tout le temps où elle et sa mère angoissaient en attendant de connaître le sort
de son frère. Finalement, au bout de près de trois heures d’inquiétude profonde
— qui sonnèrent comme une éternité pour toutes les personnes présentes dans les
couloirs de l’hôpital —, l’équipe médicale revint pour rassurer les familles.
Celle de Manolo bien sûr. Mais également celles des deux amis du jeune garçon, qui
culpabilisaient pour ce qui était arrivé à l’ami de leurs fils respectifs. Ils
jugeaient leurs propres enfants responsables de ce qui était arrivé.
Après tout, ils avaient fourni le vélo ayant permis à Manolo de
réaliser son équipée folle, et n’ont pas cherché à le dissuader de tenter de
s’emparer d’un Hombrecitos. Malgré tous les risques que cela supposait pour de
simples adolescents. L’annonce indiquant que Manolo était sauvé fut un énorme
soulagement. C’est ce qui est ressorti de cette épreuve terrible. Tellement la
crainte d’apprendre que le corps de Manolo n’avait pas supporté les attaques
massives perpétrées sur son corps par les Hombrecitos envahissait les esprits
de chaque personne présente ce soir-là.
Cette nouvelle affaire impliquant les Hombrecitos — la plus
violente dont il ait pu être pris connaissance, avant l’escalade suivante qui
se déroulerait en France, à Rougiers-les-Bois —, a fait transformer la relative
anxiété de la population vénézuélienne concernant ces créatures en psychose
massive. Il y avait déjà eu des conséquences belliqueuses aux tentatives de
plusieurs idiots s’étant cru capables de capturer un Hombrecitos auparavant.
Des démarches trop téméraires s’étant presque toutes soldées par des
blessures. De moindre gravité cependant. En tout cas, au début.
Il est un fait avéré que plus les tentatives de capture ou
d’agressions caractérisées pratiquées à l’encontre des Hombrecitos
s’intensifiaient — à coups de jets de projectiles contondants —, plus les
réactions de ces derniers montraient des signes à chaque fois plus poussés dans
l’escalade de la violence. Les Hombrecitos affirmaient par ce fait leur volonté
de ne plus se laisser intimider par les humains cherchant à leur nuire. Un
changement d’attitude tranchant avec ce que l’on avait deviné être la raison de
leur venue sur Terre, se trouvant être la prospection de plantes, de minéraux,
et — plus rarement —, d’animaux domestiques ou fermiers.
Ce dernier acte dans la pièce de théâtre ayant pour vedettes les
Hombrecitos au Vénézuéla s’acheva le 14 décembre 1954. Par la suite, les
êtres de l’espace ne donnèrent plus signe de vie dans le pays. Sans doute
ont-ils considéré que ce dernier ne représentait plus d’intérêt majeur à leurs
missions de prospection. Ou bien en avaient-ils assez de devoir se protéger
sans cesse des attaques des humains, avec les répercussions médiatiques que
cela causait ? Impossible de le savoir, à moins d’être dans leurs
têtes.
On ignorait si ces êtres étaient en mesure de comprendre notre
langage, notre écriture. Si c’était le cas, prenaient-ils connaissance de nos
journaux ? De notre radio ? Ou bien encore d’autres supports
d’informations ? Peut-être que oui. Peut-être que non. Toujours
est-il que la vague de terreur des Hombrecitos du Vénézuéla s’était tarie. Même
si certains parmi la population continuaient de scruter le ciel — à la
recherche d’une trace de l’arrivée d’un nouveau vaisseau des « petits hommes » —, la plupart
espérait sincèrement ne plus jamais entendre parler de leur présence. L’affaire
de Manolo avait laissé des souvenirs douloureux à toute la nation
vénézuélienne. Et pour cause.
Cependant, si les Hombrecitos avaient manifestement abandonné
l’idée d’explorer davantage le Vénézuéla, ce n’est pas pour autant qu’ils eurent
définitivement renoncés à leurs visites sur notre planète. Bien au contraire. Comme
je l’ai déjà évoqué, je serais personnellement témoin de la dernière vague
d’apparitions des « nains velus »,
dont l’existence m’avait été apportée par mon ami Denis à la toute fin du mois
de décembre 1954. Oui, les Hombrecitos allaient refaire parler d’eux. Et pas de
la meilleure des façons, marquant une étape supplémentaire dans leur volonté de
faire régner la terreur — ou je ne sais quelle intention de leur part —, par
leurs actes. Et ce, dès le 14 janvier 1955, au sein d’une ferme située à
environ 2 km de celle de Denis.
Une famille allait subir le
pire des drames, lors d’une nuit mémorable. Dans le plus horrible des sens. Une
famille faisant partie des rares amis de mon ami Denis à Rougiers-Les-Bois. Au
même titre que les Nortek. Ceux-là même que je finirais par rencontrer et qui
m’apprendraient de nouveaux détails qu’ils avaient décidé de garder pour eux,
plutôt que de le préciser aux gendarmes venus à la “Ferme des Etoiles” ou à la presse. Même Denis montrerait son
ignorance de ces éléments. Certes, ce n’est pas que ces nouveaux éléments se
sont montrés véritablement primordiaux. Dans le sens d’une meilleure
compréhension attendue sur le mécanisme de fonctionnement sociétal et
scientifique des Hombrecitos. Ainsi que le pourquoi du choix de notre planète
de leur part, dans le cadre des missions de prélèvement de plantes et produits
de cultures ou d’élevage. Néanmoins, ces suppléments d’informations fournis par
les Nortek auraient leur importance pour avancer dans mon enquête.
Je dois préciser que le drame humain que je vous ai mentionné un
peu plus tôt dans mon récit, serait suivi d’autres rencontres entre fermiers et
Hombrecitos à Rougiers-Les-Bois. Des rencontres moins radicales qu’à la ferme
des Rougon —, dont les occupants seraient les victimes des agissements
sanglants des Hombrecitos, comme jamais ceux-ci ne l’avaient fait encore
auparavant —, mais suffisantes pour plonger le village et les alentours dans
une terreur non dissimulée et palpable. Ce qui eut pour même pour effet quelque
chose d’inattendu : une modification des comportements de la part des habitants
à l’encontre de Denis.
Ces derniers finiraient par comprendre que leur souffre-douleur
préféré n’avait pas menti. Tout comme les Nortek. Un revirement salutaire
en un sens, mais qui arriverait un peu tard. Il aura fallu une mort pour que s’achève
un nouveau cycle de présence des Hombrecitos sur la Terre. Un cycle qui se
terminerait le 24 février 1955.
Après cette date, les “nains
velus” décideraient de laisser notre planète derrière eux, en se rendant
probablement vers d’autres mondes. Des mondes qui se montreraient sans doute
plus accueillants que nous ne l’avions été.
À suivre dans la 3ème et dernière partie de cette histoire…