9 sept. 2026

LE PASSAGER DU BAG-NOZ


J’ai longtemps cru que le mythe du Bag-Noz n’était qu’une faribole de plus dans les racontars qu’on essaime dans les ports. Des légendes propres à la Bretagne de mes ancêtres, de mes parents, de mon frère et de ma sœur. Tous des marins aguerris. Tous morts avec la fierté d’avoir accompli leur tâche au fil des ans, de différentes manières.

 

Mon frère fut le dernier de notre lignée à quitter notre chère terre de Bretagne. Noyé. Une bourrasque soudaine l’avait emporté le dernier jour de l’année, emportant son corps dans les flots bardés d’écume au large de l’ile de Sein. Là où notre famille officie depuis des lustres, valdinguant entre terre et mer, affrontant chaque jour qui passe les tempêtes de tout ordre. Que ce soient celles déchaînées par les dieux anciens des océans ; ou bien celles occasionnées par les vicissitudes de la vie, et ayant tellement contribué au malheur des nôtres.

 

Tout le monde vous le dira : le métier de pêcheur ne nourrit plus son homme. Et, malgré cette évidence qui nous poursuit depuis des années, notre famille a continué contre vents et marées à perpétuer le souvenir de nos ainés passés. Cela en se battant contre les flots pour en ramener ne serait-ce qu’une faible pitance, suffisant tout juste à subvenir à nos besoins, une fois vendue sur les marchés.    

        

Mon père a été tué d’une gaffe valdinguée par les vents violents d’un coup de tabac, survenu aussi vite qu’il s’en est allé, une fois accompli l’objectif de sa mission. Six ans plus tard, ma sœur l’a rejoint. On a retrouvé son corps flottant dans la baie des trépassés — au nom prédestiné —, à la suite d’une traversée qui aurait dû la mener sur le continent, afin d’y accomplir des études que jamais elle ne suivrait.

 

Personne sur le bateau où elle se trouvait n’a été en mesure de dire comment elle était passée par-dessus bord. Mais moi, je le sais. Et ma mère l’a très bien comprise également, quand nos voisins sont venus lui annoncer la triste nouvelle. Notre famille n’était pas exempte de reproches. Pour parvenir à survivre, nous avons quelquefois dû enfreindre nombre de règles d’or de la marine. Des règles passibles de sanctions exemplaires par les entités chargées de veiller au grain sur les activités des résidents de l’ile de Sein. Nous le savions, mais nous n’avions pas le choix.

 

Je ne vous énumérerais pas la liste complète de nos pêchés en ce sens. Sachez seulement que cela inclue des tricheries sur la qualité des produits vendus, pas toujours conservés selon les normes en vigueur ; ou encore des prix relativement plus élevés que la normale pour des pêches somme toute très banales. Sans la moindre once de particularité de goût pouvant justifier de cet excédent d’une supposée haute valeur.

 

Notre famille a payé le prix fort de ces traitrises auprès des dieux anciens de l'océan. Ma mère, pour sa part, fut fauchée par une chute de tuiles de notre toit pourri par les ans. Son crâne n’a pas résisté à la violence du choc. Avec le décès de mon frère, je me suis retrouvé seul à joindre les deux bouts pour continuer de faire exister l’entreprise familiale, qui n’avait plus de prestige que l’amer passé de sa gloire d’antan.

 

 Lors d’une sortie en mer de dernière chance — pour sauver ce qui restait des apparences, et ainsi éviter la banqueroute qui menaçait les nôtres depuis bien des années —, j’ai pu constater la vérité derrière les légendes. Le Bag-Noz existe bel et bien. Je suis persuadé que les autres membres de ma famille ont été témoins de la lanterne du batelier dirigeant la morbide barque, juste avant leur trépas. Ils ont été avertis de leur mort à venir par la vision du visage émacié de ce cousin de l’Ankou venu chercher leur âme perdue, à cause de leurs fautes trop nombreuses.

 

Il devait être deux heures du matin quand il est venu à moi, naviguant sur les flots noirâtres autour de mon frêle esquif, parvenant encore à affronter les vagues par je ne sais quel miracle. Le batelier n’était pas seul : derrière lui, plusieurs autres âmes attendaient que leur hôte daigne les rapatrier vers leur dernière demeure, au-delà de la ligne d’horizon. Des âmes sans doute récupérées à travers les ports de Bretagne, toutes aussi fautives que moi et ma famille aux yeux des divinités régissant les lois de la mer.

 

 J’ai très bien reconnu le visage de celui qui les menait à leur destin peu enviable. Mon frère. On dit que le batelier du Bag-Noz est remplacé chaque an par le dernier noyé de l’année. Au même titre que l’Ankou sur terre. Mon frère ne souriait pas. Il n’affichait plus l’air faussement enjoué qu’il avait eu tant l’habitude d’arborer en ma présence. Une manière pour lui de ne pas m’inquiéter de notre avenir incertain. Jusqu’à ce qu’il m’ait laissé seul — avec des dettes insurmontables, s’allongeant de mois en mois —, et un chagrin tout aussi rempli de larmes et de regrets.

 

Il se tuait à la tâche chaque jour pour nous permettre de survivre, m’empêchant de le suivre dans ses équipées risquées pendant des traversées houleuses et pleines de danger. En pleine nuit. J’aurais tant voulu le seconder durant ces voyages en mer. Tant voulu veiller sur lui comme il l’avait fait pour moi après le décès de notre mère. Il voulait que je suive mes rêves de dessinateur doué. Enfin, ça c’est lui qui me faisait part de ces louanges. Je n’aurais jamais le luxe de savoir s’il disait ça juste pour effacer mes doutes de voir venir un destin rutilant.

 

Il affirmait que je savais manier le crayon et le pinceau comme l’orfèvre s’emploie à faire naître le plus parfait des bijoux. Que je pouvais assembler des couleurs comme l’on assemble d’une main de maître les différentes pièces d’un bateau. Il aurait tant voulu que je quitte l’ile de Sein et que je suive une voie différente que celle du reste de notre famille. Il me manquait tant.

 

 J’ai choisi de renoncer aux rêves qu’il avait pour moi en continuant le métier de marin. Je pense que c’était plus par reconnaissance de tout ce que ma famille avait subie que par réel entrain à naviguer. Contrairement à mes géniteurs, mon frère et ma sœur, je n’ai jamais vraiment montré une prédisposition au métier de marin. Je préférais dessiner ce que je voyais à travers la fenêtre de ma chambre, jour après jour. Comme le port, les bateaux, la mer et le soleil couchant se déversant dans ses flots.

 

J’ai cru aux mensonges de mon frère qui me disait que je deviendrais quelqu’un sur le continent, quand le temps serait venu. Je sais aussi qu’il avait ouvert un compte en secret où il versait régulièrement — chaque mois qui passait —, un pécule destiné à ce que je change ma vie. Loin d’ici. Loin de cette île qui avait détruit tous les espoirs de notre famille. J’ai découvert l’existence de cet argent après ses funérailles. Après ce qui restait de mes espoirs d’aller ailleurs. Là où j’aurais pu assouvir ma passion de dessiner, de ma passion de décrire par de jolis mots les paysages que je remplissais de couleurs vives sur les feuilles de mon carnet. Un carnet que ma mère m’avait offert à mon 16ème anniversaire. Elle aussi comptait sur le fait que je puisse échapper un jour à la malédiction de notre clan maudit par les dieux.

 

Mais on ne change pas impunément les plans des divinités exerçant sur le territoire de Bretagne aussi facilement. Mû par un besoin incontrôlé de suivre la voie de mes pairs — en renonçant à tout le reste —, j’ai trahi les efforts accomplis par mon frère pour me construire un avenir plus pragmatique. Et —tout comme lui en avait été l’objet —, la fatalité m’a rattrapé.

 

Mon frère me regardait. Bien qu’il n’affichât pas d’expression humaine, je devinais une forme de tristesse dans son regard. Il n’avait pas de larmes, mais je sentais qu’il souffrait de me savoir là, à l’exact opposé de l’endroit qu’il avait désiré pour moi. Tout comme ma mère avant lui. Il a alors tendu l’un de ses bras, pointant le bastingage du bateau familial. Je n’ai pas compris sur le coup ce qu’il désignait. Je n’ai pas compris le sens de sa mise en garde. Avec le recul, je me dis aujourd’hui qu’il a sans doute cherché à aller à l’encontre de son rôle, en me prévenant de ma chute future.

 

Oui, maintenant que je réside sur une autre île — invisible à tout être vivant, là où je partage un quotidien fait d’attentes vers un voyage définitif qui emmènera mon âme loin de ce monde —, je suis sûr de ce fait. Mon frère a bravé l’interdit en tentant de me sauver. Il a risqué d’endurer de nouvelles souffrances de la part des entités l’employant. Ceci pour qu’il réside une chance pour moi de m’en sortir, malgré le funeste sort qui m’attendait.

 

Au lieu de ça, inconscient que j’étais alors de ce qu’il était devenu — un psychopompe chargé de m’escorter vers la mythique cité d’Ys, la ville légendaire bien loin d’être ce que les écrits en désignent —, je n’ai pas prêté garde et je me suis avancé. J’ai posé la main sur le bastingage en bois de la proue du bateau. A peine avais-je entendu les craquelures de ce dernier se transformer en débris — causant un fracas à peine voilé par les vents d’iode parcourant les contours du navire —, que je tombais dans les eaux glacées. Mon frère a observé la scène avec dépit. Je devinais que, bien qu’il n’en transparût rien sur son visage blême et vide d’émotion, il enrageait de n’avoir pu changer quoi que ce soit sur mon destin. Il s’était montré incapable de me sauver.

 

Nonchalamment, il a baissé le bras levé l’instant d’avant — comme un signe de résignation —, et m’a observé me débattre en vain dans les flots gelant peu à peu mon corps. J’ai tenté de rejoindre mon bateau. Mais celui-ci dériva vers le large, alors que l’ancre avait été plongée vers le fond de mer — où j’étais sûr qu’elle s’y était encastrée solidement —, quelques instants avant la venue du Bag-Noz et ses occupants singuliers.

 

Regardant mon frère qui attendait l’issue de mon trépas à venir, j’ai voulu m’engager à accomplir un dernier effort que je savais pourtant à mille lieux de mes capacités physiques. J’ai nagé, nagé, nagé… Espérant rejoindre le port à force d’efforts, malgré le froid qui engourdissait mes muscles l’un après l’autre. Et puis, mes gestes se sont arrêtés. Mes bras et mes jambes ne bougeaient plus. Mon corps s’enfonçait dans les eaux sombres de la mer de Bretagne, sans que je n’y puisse rien faire. C’était la fin.

 

Après ça, je me souviens seulement m’être retrouvé dans l’embarcation que représentait le Bag-Noz, aux côtés des autres âmes ayant été recueillies avant moi. Elles étaient silencieuses, ne faisant que fixer l’horizon vers lequel mon frère nous emmenait tous. Vers notre prochaine étape : la cité d’Ys.

 

Certaines légendes disaient que cette ville était entourée par la mer, semblant régner sur un piédestal fait de récifs constituant ses flancs. Ceux-là mêmes conçus pour affronter les ressacs des vagues déferlant de toute part. Ys est née de la démesure des hommes : un affront commis par eux pour défier les divinités de la mer. Comme pour indiquer qu’elles ne pourraient pas empêcher l’homme de maîtriser l’océan et s’en emparer.

 

Leur punition a été à la hauteur de leur arrogance. Au départ attachée au continent par une large route érigée par ses architectes, elle a vu les flots creuser un à un chaque monceau de pierre lui permettant de conserver un lien avec la terre des hommes. Jusqu’à être coupée de tout et être condamnée à errer sans fin vers le large. Loin du prestige que ses dirigeants avaient constitués au fil des ans.

 

On dit qu’Ys a fini par cesser son équipée en mer le jour où l’ensemble de ses habitants furent tous rongés de l'intérieur par leur situation. Psychologiquement parlant, j'entends. Les uns ont tentés de se jeter dans la mer, ne faisant que se fracasser sur les récifs, car renvoyés vers eux par des vents malins et capricieux. Les autres se sont entretués, dévastés par la folie de leur isolement. D’autres sordides récits parlent d’horreurs s’étant déroulées à l’initiative d’hommes et de femmes en proie à une déshumanisation totale. De sombres histoires de rituels implorant le pardon des divinités de la mer, de sacrifices sanglants ou autres actes monstrueux à base de cannibalisme. Mais dans les faits, personne ne sait très bien ce qui s’est réellement passé. Et personne ne peut attester de la véritable existence de la cité d’Ys.

 

Officiellement, ce n’est qu’une légende : il n’y a aucune trace d’elle dans un registre des côtes de Bretagne, de quelque époque que ce soit. Aussi éloignée soit-elle. Et pourtant, je peux affirmer qu’elle existe bel et bien. A la différence que les horribles carnages y étant associés — commis dans l’intention de calmer le courroux des dieux de l’océan —, ne sont sans doute dus qu’à l’imagination débordante de conteurs désireux d’apporter leur touche à un récit de base trop sage à leur goût.

 

Toujours est-il que j’ai été débarqué sur l’île constituant la cité d’Ys peu de temps après que mon âme a été récoltée par mon frère, le batelier du Bag-Noz. Mais était-ce mon âme ou bien mon véritable corps, celui-ci ayant évolué en quelque chose que je ne saurais définir précisément ? Impossible de le savoir. Je n’ai jamais eu le loisir de vérifier si ma carcasse gît quelque part au fond de la mer, ou si elle a échoué sur les rives de l’île de Sein. Là où les marins constateraient que le dernier membre des Kerdirac a fini par succomber à sa malédiction, à son tour. Que ce corps soit le mien ou bien un subterfuge créé de toutes pièces par les divinités contrôlant le batelier du Bag-Noz. Une manière de permettre — malgré tout —, qu’une représentation de mon enveloppe charnelle puisse bénéficier des derniers sacrements par les marins de Sein, je suppose.

 

J’ai conservé l’aptitude d’écrire, de parler, de bouger. Mais peut-être n’est-ce qu’un leurre ? Une façon sadique de me faire croire à la continuité de ma vie, destiné à me faire confesser les pêchés de ma famille ? Si tel est bien l’objectif de ceux derrière tout le malheur subi par les miens depuis toutes ces années. En un sens, je me sens plus serein aujourd’hui : je n’ai plus à me demander si j’ai bien fait de renoncer à voir les espoirs entretenus par mon frère me concernant devenir réalité. Je n’ai plus à me demander si je ne regretterais pas un jour d’avoir utilisé l’argent mis de côté par mon frère — à mon intention —, pour autre chose que ce à quoi il le destinait. Je n’ai plus aucune question à me poser. Juste à attendre la suite des évènements.

 

A l’heure actuelle, j’en suis surtout à me poser la question si cette lettre écrite — sans trop savoir pourquoi —, sera lue un jour. Ce récit inscrit sur un parchemin fait d’une étrange matière, à mi-chemin entre le papier, le tissu et une sorte de fine fibre métallique. Ecrire cette lettre aura sans doute été une façon pour moi de me rassurer. Un moyen psychique pour me prouver que tout ce que j’ai vécu n’a pas été un songe. Une rêverie orchestrée par les nouveaux dirigeants de la cité d’Ys.

 

J’ai eu l’occasion de les croiser. Un monarque et son épouse tout droit sortis de récits médiévaux, habillés de toges ressemblant à celles des druides celtes d’antan. Il y avait d’autres personnes chargées d’accueillir les nouveaux arrivants dont je faisais partie. Eux portaient des tenues différentes, plus proches des pages. Vous savez, ces jeunes garçons issus de la noblesse servant un seigneur, une dame ou un chevalier, dans le but de parfaire son éducation. Que ce soit pour développer des aptitudes militaires et le respect des conventions et normes propres à leur rang.

 

J’ai eu clairement l’impression d’avoir été transporté à une autre époque, échappant à tout sens logique et scientifique. Mais peut-être est-ce le cas ? Ys se trouve sans doute être l’équivalent de l’île d’Avalon des récits arthuriens : celle réservée aux héros. A la différence qu’ici n’atterrissent que les parvenus, les hérétiques, les calomniateurs… celles et ceux s’étant rendus coupables de parjures envers les dieux anciens ou d’autres pêchés tout aussi inqualifiables aux yeux des vrais maîtres de cette île. Celle cachée dans une dimension uniquement accessible au Bag-Noz, son batelier, et les âmes que ce dernier y transporte.

 

J’ai fourré cette lettre dans une sorte d’amphore creuse, ressemblant à celles employées durant l’époque celtique — là encore —, et je l’ai lancée à la mer. Je ne sais pas si elle parviendra quelque part. Sans doute pas. Je doute fortement que son voyage parvienne à briser les barrières séparant notre monde de la cité d’Ys. Néanmoins, l’écriture de mon histoire m’aura permis de mieux accepter ma condition. Quelle que soit la nature me définissant désormais.

 

J’ai revu mon frère durant le reste de l’année. Puis, il a été remplacé par un autre batelier. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Sans doute, sa mission accomplie, a-t-il eu l’autorisation de rejoindre l’endroit lui étant destiné au départ. Les limbes ou je ne sais quoi d’autre. Une nouvelle étape de son périple d’après mort, avant qu’il soit redirigé vers une succursale proche de l’enfer. Car oui, au vu des fautes de ma famille — ainsi que celles de toutes les personnes présentes à Ys, pour avoir discuté avec les plus loquaces d’entre elles —, il est évident que le paradis n’est pas prévu pour nous qui résidons ici désormais. Si tant est que ce lieu puisse exister. Mais, avec l’existence d’Ys, du Bag-Noz et du reste, je suis même enclin à croire à la réalité de créatures comme les marie-morgane. Les sirènes bretonnes.

 

Voilà mon histoire. Si vous la lisez aujourd’hui, si mon récit est parvenu jusque dans notre monde — par je ne sais quel miracle voulu par les entités à l’œuvre dans mon épopée —, vous êtes libre de croire ce que vous voulez sur ce que j’y ai décrit. Je ne rejoindrais plus la terre des hommes maintenant, de toute façon. Donc, que l’on prenne pour un fou l’auteur des lignes entre vos mains, ça n’a plus la moindre importance.

 

Mais sachez cependant une chose : Si un jour, vous croisez le Bag-Noz et son batelier, c’est parce que le jour de votre fin vient d’arriver. Ne cherchez pas à fuir : c’est inutile. Vous devez juste accepter votre sort et attendre de mettre un pied dans cette barque de la mort. Et qui sait ? Peut-être que — ce jour-là —, vous aurez la chance de me rencontrer ? Vous aurez ainsi la preuve que ce que vous avez lu décrivait une réalité que personne n’ose imaginer. Même en Bretagne. Cette région de la France où les légendes prennent vie…


Publié par Fabs

21 août 2026

HARCELEMENT (Partie 1 : Les Jumeaux Diaboliques)


— Bordel, fatty… Range-ça… J’te promets que j’t’emmerderais plus… Plus jamais… Je m’excuse t’entends ? ! J’suis qu’un gros con ! C’est ça qu’tu voulais entendre ? Eh ben j’te l’ai dit ! T’es satisfait ? J’ai fait une connerie et je m’excuse… Mais fais pas l’con…

 

Et dire que c’est de cette petite merde en train de chialer sa mère dont j’ai eu peur pendant des mois. 8 mois d’enfer avant que j’aie la satisfaction de voir ramper cette raclure à mes pieds. Comme un gosse qui craint de se prendre une raclée par son père, après avoir surpris son rejeton en train de piquer un billet dans son portefeuille. Et ça, juste pour s’acheter des bonbons. Sauf que là, il ne s’agissait pas de friandises à quelques centimes d’euros. Il s’agissait de rabaissement d’un ado qui n’avait rien demandé de tout ça. Un ado qui a subi les pires humiliations à cause d’un auto-proclamé chef d’un gang de lycée, ne supportant pas la différence.

 

On pense à tort que ce genre de truc n’arrive que dans des établissements dit « difficiles ». Dans des banlieues ou des villes tellement ignorées du gouvernement que le corps professoral ferme les yeux sur tout ce qu’il voit dans la cour ou les couloirs. Des enseignants qui se disent qu’ils peinent déjà à finir les fins de mois. Qu’ils ont bien assez de problèmes comme ça avec leurs femmes qui claquent la moitié de leur maigre paie 8 jours seulement après qu’elle a été versée sur leur compte. Ou que les mêmes les font chier, juste parce qu’ils ont 15 minutes de retard pour le dîner.

 

Des mégères qui sortent alors les vieux dossiers, précisant qu’elles auraient mieux fait d’écouter leur mère et de pas les épouser ; qu’elles n’en seraient pas là aujourd’hui à devoir quémander 10 euros à leur meilleure amie pour s’acheter des clopes. Une des rares choses qui leur permet de supporter la vie de merde qu’elles subissent. Et elles leur annoncent ça comme si c’était la faute de ces pauvre gars qui doivent déjà plus ou moins survivre dans des classes où les voyous armés de couteaux ou de rasoirs sont plus nombreux que celles et ceux voulant faire quelque chose de leur vie en étudiant sérieusement. Des gamins de 14 ans qui peuvent les planter simplement parce qu’ils leur ont mis une note de 5/20 à un contrôle de géographie. Un calvaire à corriger où le prof aux portes de la dépression a vu Dubaï situé en Chine ou le Laos placé à côté de l’Australie.

 

Et quand ce ne sont pas les gosses qui leur font craindre de voir leur dernier moment arrivé à chaque heure de la journée, ce sont les grands frères de ces petits caïds de classe — membres d’un gang local qu’il vaut mieux ne pas énerver —, qui les attendent à la fin des cours pour leur expliquer de laisser leur frangin tranquille. En insistant bien sur le fait qu’il serait préférable que leur petit frère ait de meilleurs notes à l’avenir. Sous peine de recevoir une visite « musclée » dans la soirée ou les jours qui viennent. Un avertissement qui s’accompagne de la menace de violer leur femme ou leur fille, pendant que lui-même se ferait tabasser à mort, après avoir été témoin du « spectacle » pour mieux faire passer le message.

 

Non, ces professeurs-là ont déjà bien assez de tracas à gérer au quotidien pour devoir en plus s’en rajouter, juste parce qu’ils ont voulu empêcher qu’un petit gros à lunettes se fasse racketter ou humilier gratuitement. Et ce en plein milieu de la cour, sans qu’un pion veuille daigner prêter attention à la séance, détournant subtilement les yeux. Eux aussi ont leurs propres soucis à régler de leur côté, et ils estiment sans doute ne pas être assez payé pour prendre le risque de se prendre un coup de lame dans le bide. Ou peut-être que le courage n’a jamais été leur fort. Tout simplement.

 

Quoiqu’il en soit, le malaise est présent partout dans ces collèges et lycées oubliés par le ministère de l’éducation. Les élèves, les profs… Et même la direction qui redouble d’effort chaque mois pour faire comprendre au Rectorat dont il dépend d’augmenter les subventions allouées à leur établissement pour des réparations d’urgence. Donc — forcément, au vu de ce qu’il considère comme un sujet à traiter autrement plus urgent, car ayant perdu depuis longtemps le sens des priorités quand ça ne les concerne pas directement —, qu’un élève soit victime d’harcèlement, ça leur passe au-dessus de la tête.

 

De prime abord, le premier réflexe qu’ont la plupart des gens — ignorant les contraintes imposée par les institutions supérieures de l’éducation auprès de ces établissements, de la part de fonctionnaires se foutant pas mal de la situation, ou s’en occupant tellement de manière laxiste que le résultat est le même —, c’est de fustiger l’incompétence et le manque d’humanité supposé de ces directeurs souvent dépassé par ce qu’ils doivent superviser.

 

 La plupart de ces derniers se contente de suivre les directives du ministère de l’Éducation, du Rectorat, du DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale) au sens strict, et évite les vagues pour ne pas se voir couper des rentrées d’argent indispensables au bon fonctionnement de leur école. Ce qui mettrait encore plus à mal leur capacité à offrir un minimum de sécurité au sein de bâtiments n’ayant pas subi de réfection depuis des années, faute d’un budget suffisant à peine à subvenir aux besoins des élèves et des professeurs.

 

Et je ne parle même pas des cas où les parents d’élèves en rajoutent une couche. Des parents pensant que leur statut leur permet tous les droits et souffrant d’un déni total des agissements déplorables de leurs enfants « admirables » à leurs yeux. Ce qui fait que nombre d’actes de malveillance, de racket, de harcèlement moral ou sexuel — ce qui arrive de plus en plus souvent, même si les institutions de l’éducation redoublent d’effort pour étouffer la plupart des affaires pour ne pas ternir l’image de notre pays —, sont minimisés par ces parents inconscients des dégâts psychologiques qu’ils provoquent. Juste parce qu’ils prétendent protéger leurs enfants dits « fragiles », alors que ce sont des monstres en puissance.

 

Mais bon, je suppose que je ne vous apprends rien sur tout ça. Vous lisez les journaux, consultez internet : chaque jour un scandale illustrant ces propos finit par être largement médiatisé — au grand dam des établissement acceptant mal de voir leur « fief » devenir un nouveau symbole parmi d’autres de l’insécurité éducative.

 

On attribue ces débordements au manque de réactivité des forces de police régionales, incapables d’empêcher la prolifération des trafics et autres actes criminels au sein des banlieues défavorisées. Ou bien ce sont les associations qui sont accusées de favoriser certaines familles, déclenchant chez elle un sentiment de protection dont elles abusent. Car conscientes qu’elles peuvent bénéficier à outrance des failles d’un système juridique et éducatif à leur propre avantage. Pas à ceux de leurs enfants, qui sont « lâchés » dans les rues, devant se débrouiller par eux-mêmes pour s’occuper.

 

Des gosses plus ou moins abandonnés, devenant la proie des gangs et cartels voyant en eux des cibles idéales pour faire fructifier leurs commerces lucratifs. Ceci en tant que « mules » pour les transports de drogues ou autres transactions. Des « intouchables », car ne pouvant pas être emprisonnés. Les chefs de gangs savent que leurs poulains reviendront fatalement très vite dans le quartier, afin d’y reprendre leur travail sous leurs ordres.

 

Quand certains parents prennent conscience du danger de voir leur progéniture mal tourner, il est trop tard. Le retour en arrière est rarement possible, car endoctriné par les esprits retors que sont les chefs de cartels de ces quartiers. Ce n’est pas une généralité, mais c’est souvent le cas dans diverses villes, dont maires et conseils municipaux se tirent dans les pieds l’un et l’autre pour éviter de traiter ce problème devenu insoluble à leurs yeux, accusant l’opposition à leur parti de tous les maux.

 

Chacun se renvoie la balle, pour ne pas se prendre de plein fouet une vindicte populaire. Ceci au cas où leurs solutions se montreraient inopérantes après avoir été appliquées dans la douleur. Il vaut mieux que ce soit leur voisin de table qui soit désigné responsable que soi-même : c’est la pensée de chacun lors des réunions de ces dirigeants. Un dysfonctionnement dont les délinquants de tous bords profitent sans peine.

 

Mais tout ça, c’est du flan, et je suis bien placé pour le savoir. Puisque j’ai été la victime d’une petite bande de conards n’ayant rien à voir avec les petites frappes venant des banlieues dont je viens de vous parler. C’est même tout le contraire. Aussi bien au niveau des origines que du social. Parce que oui, on a souvent tendance à pointer du doigt les immigrés, les « non-blancs ». Montrant ainsi les tendances suprémacistes de plus en plus visibles de notre pays, ne valant pas mieux que d’autres nations que l’on a longtemps accusés de laisser agir ce fléau, à cause de gouvernements jugés trop tolérants sur divers agissements semblant provenir d’une autre époque.

 

J’ai vécu l’enfer à cause d’un groupe de jeunes de mon âge étant à mille lieues des conditions sociales de base décrites plus tôt. Je ne saurais dire s’ils ont été influencés par leurs parents en ce sens. Ou bien si leur besoin presque naturel de vouloir détruire tout ce qui ne correspond pas à une « norme » — selon des dogmes entérinés dans leurs esprits sadiques et dénués de toute forme d’empathie et d’acceptation de l’autre —, leur a été éduqué par d’autres sources de leur entourage. Voire des lectures leur ayant profondément retourné le cerveau, car très malléables. A moins que ce ne soit — selon leur point de vue —, qu’une simple distraction comme une autre.

 

Leur origine sociale, les habitudes du monde dans lequel ils vivent une fois rentrés chez eux, le sentiment de supériorité grâce à l’argent et les fonctions de leurs parents… Tout ceci les a peut-être habitués à se sentir supérieur à différents niveaux du commun des mortels. Ils sont des fils d’industriels, d’artistes renommés, de représentants politiques. La seule fille du groupe constituant mes harceleurs est encore plus perverse que ses comparses.

 

La plupart du temps, c’est elle qui donne les directives. Je n’ai jamais vu un seul des 5 membres de ce « clan » discuter ses idées atteignant des sommets d’inhumanité. Et si je suis devenu leur cible, ce n’est même pas à cause de mes origines sociales : nous avions plus ou moins les mêmes. Mes parents sont spécialisés dans des domaines spécifiques. Ma mère est une personnalité émérite dans le domaine littéraire, auteure de plusieurs romans à succès aux thèmes portés sur les nouvelles technologies et ses dangers. Mon père, lui, est un scientifique travaillant avec de grandes institutions dans le domaine de la génétique et la santé. Ce qui inclut aussi des sociétés en lien étroit avec le gouvernement.

 

Je ne détaillerais pas plus leurs activités : ce n’est pas le plus important. Je voulais juste signifier qu’il n’y avait pas de différence — d’un point de vue financier j’entends —, entre mes harceleurs et moi. Idem pour notre ethnie commune : nous sommes tous de type caucasien. Le fait de m’avoir choisi pour cible — en tant qu’élément de distraction à leur ennui —, ce n’était ni lié à ma couleur de peau, ni mon orientation sexuelle ou d’autres critères parmi les « classiques » du harcèlement scolaire.

 

Toutefois, on reste dans le domaine de l’habituel de ce genre de cas, puisque si j’ai été le centre d’intérêt immédiat aux révulsions de ce groupe, c’est à cause de mon apparence. Je suis en surcharge pondérale, pour employer un mot plus « sympathique » que le traditionnel et péjoratif « gros ». Un embonpoint important dû non pas à une tendance à apprécier la bonne chère, mais à un dysfonctionnement de mon métabolisme qui s’est déclenché dès mon plus jeune âge.

 

Mon père aurait été plus en mesure de vous détailler les caractéristiques de cette irrégularité et les symptômes y étant lié. Ainsi que les causes probables l’ayant fait se manifester dès mes 7 ans — bien que sur ce dernier point, je ne sois pas sûr qu’il puisse vous donner un éclaircissement notable, comme vous le verrez ultérieurement dans mon récit —, et n’ayant fait que croître depuis. Et ce, bien que je n’aie jamais eu d’intérêt majeurs pour les sucreries ou les aliments gras. C’était même tout le contraire : j’ai une sainte horreur de ce type d’alimentation.

 

Pourtant, malgré ma répulsion à la cuisine trop riche, mon corps a augmenté de volume progressivement, dès lors que je m’emploie à lui fournir la moindre nourriture. J’ai même essayé une alimentation végétarienne — que je continue toujours aujourd’hui —, pensant que le problème venait des protéines trop riches de la viande. Ça n’a rien changé : mon corps grossit dès que je mange quoi que ce soit, lors de certaines périodes.

 

En fait, cela fonctionne par cycle. Un qui peut s’étendre sur 3 à 4 mois, où toute forme d’alimentation — aussi légère soit-elle —, fait grimper mon « enveloppe » (cela aussi, je reviendrais plus tard sur l’emploi de ce terme). Suivi d’une autre période où une partie de cette surcharge faiblit. Mais dans des proportions tellement faibles que ça ne se remarque pas vraiment.

 

Durant ce cycle, je peux perdre jusqu’à une dizaine de kilos. Que je reprends systématiquement, petit à petit, même si je ne mange que des salades sans sauce à chaque repas — j’ai vraiment essayé cette méthode, qui a abouti à un échec cuisant en termes de résultats —, durant le cycle suivant « d’augmentation de masse ».

 

Le plus étonnant, c’est que ma grosseur n’est pas dû à une augmentation de mon taux de graisse. C’est comme si ma peau enflait, sans qu’on sache pourquoi. Mon père a cherché pendant des années une solution à ce phénomène aberrant et incompréhensible. Il a fait appel aux meilleurs spécialistes dans le domaine pour l’aider dans sa tâche, et il s’emploie toujours à trouver un remède à mon mal inconnu. Personne n’a pu expliquer le pourquoi de mon état. Tout comme la raison de ces deux formes de cycles réguliers. Ce n’est pas non plus un virus ou quelque chose d’assimilé. Ce fut la première chose à laquelle mon père a pensé quand il a débuté ses recherches pour annihiler le phénomène. Je suis un cas unique, et je me serais bien passé de cette singularité : elle a été à l’origine de mon cauchemar. Celui représenté par Gérard et sa petite bande.

 

Gérard Dalfonnès. Il fut le premier que j’ai remarqué lorsque je suis arrivé au lycée de Sainte-Blandine. Ou plutôt, c’est lui qui m’a remarqué et houspillé immédiatement. Il se trouvait retranché dans un coin de la cour pendant l’appel. Il n’était pas seul. A ses côtés se trouvait une fille : Lucille, sa sœur. Âme damnée de son frère point de départ de tous les coups les plus tordus qu’on puisse imaginer. Car oui, j’apprendrais plus tard que je n’étais pas un coup d’essai. Si les parents de Gérard et Lucille ont décidé d’inscrire leurs enfants dans ce lycée, c’est essentiellement dans le but d’apaiser les esprits.

 

Disons qu’ils y ont été contraint et forcé pour éviter des conséquences judiciaires fâcheuses. La mère des deux trublions exerçant une forte influence auprès de la police de Lyon — la ville où s’est déroulé mon histoire —, elle a donc pu jouer de ses contacts pour que ses enfants ne découvrent jamais les joies de l’enfermement dans une cellule.

 

Soit Gérard et Lucille continuaient leur cursus scolaire au sein d’un lycée privé et supposément encadré ; soit ils devraient assumer les conséquences de leurs actes. Pour faire simple — avant moi —, les deux avaient eu à leur actif 4 victimes au sein d’établissements différents. Tous de classes sociales différentes de la leur. Et donc de la mienne, si vous avez bien suivi.

 

3 garçons et une fille qui avaient eu le malheur d’être issus de milieux plus modestes. Voire même très modestes. Gérard et sa sœur acceptaient plus ou moins de côtoyer des « inférieurs » — le terme dont ils usaient régulièrement pour désigner des « non-riches » —, tant que ceux-ci montraient un certain standing vestimentaire et culturel. Un critère indispensable pour eux pour que d’autres élèves aient le droit de leur adresser la parole.

 

Les victimes comptaient aussi un élève d’origine indienne. C’est lui qui fut le premier à subir leurs exactions et qui a surtout le plus morflé des punitions de Gérard et Lucille. A leurs yeux, il était intolérable qu’un représentant d’un peuple ayant été aux ordres de leurs ancêtres — en tant qu’esclaves —, puisse vaquer dans le même établissement scolaire qu’eux. Cela vous donne une idée de l’importance hiérarchique que le duo infernal désirait affirmer à quiconque.

 

 Chester, l’arrière-grand-père des faux jumeaux — un détail que j’ai oublié de mentionner jusque-là, et qui a peut-être une importance génétique à leur capacité à anticiper les réactions de l’un et l’autre, tel que vous le découvrirez plus tard —, avait officié en Inde, sous les ordres de la reine d’Angleterre : Victoria. Car — autre détail —, la famille de Gérard et Lucille est issue d’une longue lignée britannique, dont certains membres se sont installés en France par le passé.

 

Chester se trouvait être une personne très estimée par la famille royale. Au point que celle-ci le considérait presque comme un membre à part entière des Windsor. Vous aurez bien sûr compris que Chester avait été anobli, et ses privilèges ne s’arrêtaient pas là. Je ne connais pas le détail de tous les liens raccordant ce haut dignitaire à la famille royale britannique, mais ce qui est certain en revanche, c’est qu’il bénéficiait d’un passe-droit total sur ses actes en Inde. Cela avec l’appui de la Compagnie Britannique des Indes Orientales.

 

Il pouvait punir qui bon lui semble, dès lors que ce n’était pas un ressortissant britannique et surtout pas un officier. Ce qui fait que les simples indiens dépendant de son secteur  ayant commis une erreur de taille — car pouvant entacher le prestige britannique —, recevaient des sanctions publiques extrêmes. Pour l’exemple.

 

Ses descendants semblent n’avoir pas hérité du caractère sanglant et autoritaire de Chester. Jusqu’à Gérard et Lucille. Il paraissait incontestable que ces deux-là possédaient le même dégoût des « inférieurs », selon le terme favori dont usait le duo. Vihaan — le pauvre élève ayant eu le tort de choisir de faire ses études dans le même lycée que les Dalfonnès —, a vécu humiliations en pagaille, menaces et autres joyeusetés. Son caractère réservé lui empêchant de se rebeller, il devint un souffre-douleur idéal pour Gérard, suivant les indications de sa sœur et appliquant celles-ci sans le moindre remords.

 

Les deux agissaient discrètement et se virent bientôt rejoints par d’autres élèves issus du même milieu que les Dalfonnès. Des disciples soumis et fidèles, ne voyant aucun mal à montrer à un « basané » que celui-ci n’avait pas sa place auprès d’eux. C’est-à-dire au sein d’un établissement fréquenté exclusivement par des étudiants rentrant dans les normes définies par Gérard et sa sœur. Quand leurs agissements furent finalement dénoncés, pour avoir été trop loin dans leurs actes — allant jusqu’à taillader la peau de Vihaan par endroits, le frappant allègrement à intervalles réguliers et ayant même appliqués des produits corrosifs sur ses parties intimes —, le directeur du lycée n’eut d’autre choix que de les renvoyer pour éviter un trop grand scandale et calmer les tensions.

 

 Les parents du jeune garçon — qui avait caché pendant des mois les blessures infligées à ses parents, avant de craquer et leur avouer ce qui se passait, suite à une tentative de suicide ayant heureusement échouée —, ont été grassement payés pour leur silence de la part des Dalfonnès.

 

Les victimes suivantes des deux démons — un surnom qui leur colleraient à la peau au gré des établissements où ils atterriraient par la suite —, bénéficièrent de plus de tolérance à ce titre. Ce qui n’a pas empêché qu’elles subissent — elles aussi —, des humiliations suffisamment traumatisantes pour que cela défraie la chronique. Et ce, malgré les précautions des parents de Gérard et Lucille pour éviter qu’on parle des actions terribles causées par leurs enfants.

 

Les 3 proies qui suivirent Vihaan ne reçurent pas de lacérations de la part du duo infernal. Gérard — sur les conseils de sa sœur, jamais à court d’idées toutes plus détestables les unes que les autres —, employa alors des méthodes moins détectables qu’auparavant. Des techniques inspirées de moyens de torture plus ou moins connus, ayant servis dans diverses civilisations au cours de l’histoire — ce qui montrait bien les préférences de lecture de Lucille —, déclenchant des seuils de douleur tout aussi effroyables et aigus auprès des garçons devant les supporter.

 

La seule fille ayant fait partie de leurs cibles a eu un traitement différent : Gérard l’a forcée à lui faire don d’une fellation. À lui et les deux nouveaux disciples à ses côtés ce jour-là. Ceux embrigadés dans la folie qu’il avait engendré avec sa sœur. Cette dernière a d’ailleurs passé un nouveau cap dans l’horreur cette fois-là, en s’appliquant à filmer la scène avec délectation, le sourire aux lèvres.

 

Mélanie — leur dernière victime, avant que je devienne leur nouveau jouet —, devait sa punition à quelque chose différant nettement des « fautes » de ceux l’ayant précédé. Lucille avait des vues sur un garçon à son goût, et s’était enorgueillie auprès de son cercle qu’il deviendrait bientôt sa petite douceur. Quand elle s’est aperçue — en dehors du lycée —, que son coup de cœur entretenait une relation secrète avec une autre fille de l’établissement, elle a explosé de rage.

 

Cette petite mijaurée — selon ses propres termes —, devait recevoir une sanction exemplaire. Il était impératif qu’elle apprenne à ne surtout pas s’approcher des garçons qu’elle convoitait. Mélanie ignorait totalement les vues de Lucille sur son petit ami. Mais ça, le cerveau du duo infernal n’en eut que faire. Aux yeux de cette véritable harpie humaine — qui aurait pu rivaliser avec les pires personnages de l’antiquité, par sa cruauté sans égal —, sa rivale n’avait pas droit à la parole.

 

Ce nouveau scandale fut la goutte d’eau de trop pour les instances policières qui, jusque-là — ceci à grands coups de pots-de-vin offert par les parents des « jumeaux diaboliques », autre nom rattaché au duo —, s’étaient employés à faire en sorte que les affaires impliquant Gérard et Lucille ne soient pas trop médiatisées. Cela en s’arrangeant pour que le nom des Dalfonnès ne soit jamais précisé dans les articles des journaux. Ceux étant parvenus à obtenir et diffuser des infos grâce à leurs contacts, car toujours à l’affût d’infos croustillantes pouvant leur assurer des ventes conséquentes.

 

L’impunité n’était plus de mise aux yeux du préfet Lajoaille, en charge des affaires judiciaires de la région : il ne pouvait plus protéger les enfants de son ami d’enfance que représentait Lucie Dalfonnès. La mère de Gérard et Lucille. C’était principalement cette dernière qui était à l’origine des nombreuses opérations vouées à masquer le plus possible les frasques de ses « trésors ». Un amour immodéré et ravageur pour cette femme connue pour détruire la réputation de quiconque aurait l’outrecuidance de proférer des ignominies sur la chair de sa chair.

 

Dans le déni total, Lucie était persuadée que ses enfants avaient agi après avoir été provoqué par leurs victimes. Ils ne pouvaient être considérés comme les monstres qu’on lui avait décrit. Elle s’y refusait. Pour elle, les associations de victimes — qui avaient tenté plusieurs fois de faire condamner à des sanctions plus lourdes les Dalfonnès, en mettant tout en œuvre pour exposer le nom de la famille en gros titres dans les médias —, étaient responsables des horreurs dites sur ses enfants. Eux qu’elle désignait comme de petits anges sensibles, n’ayant fait que se défendre contre les évidents mensonges et provocations multiples qu’on leur proférait.

 

Le père, lui, était plus enclin à considérer ses enfants comme un problème plus important que ce que sa femme se refusait d’accepter. Même s’il n’adhérait — malgré tout —, pas entièrement à toutes les accusations impliquant ses enfants, il reconnaissait le caractère hautain et egocentrique de ceux-ci. Ainsi que la propension de Lucille à faire ce qu’elle voulait de son frère, dans le but de commettre des incivilités prononcées contre des jeunes de son âge aux classes sociales défavorisées.

 

Il eut cependant du mal à concevoir que Lucille ait pu suggérer à Gérard de forcer la pauvre Mélanie à un acte sexuel odieux sur sa personne et ses amis. Mais la vidéo retrouvée sur le portable de l’instigatrice de ce plan digne d’une proxénète ne fit aucun doute sur la culpabilité du groupe tout entier. C’est là que le préfet a donné le choix aux Dalfonnès, tentant malgré tout de conserver un semblant d’amitié avec Lucie. Plus de lycée public. Il faudrait impérativement inscrire les jumeaux dans un établissement privé, choisi par lui-même. Un endroit plus à même d’être supporté par les « préférences sociétales » de Gérard et Lucille.

 

Ce lycée était composé d’enfants de nantis comme l’étaient les Dalfonnès. Aucune classe sociale basse n’y était admise. C’était une sorte de club fermé réservé aux enfants de célébrités, de rois de la finance et de personnalités politiques. Le corps professoral y officiant — tout comme la direction —, mettait un point d’honneur au respect des autres : il considérait tout acte de violence au sein du lycée comme se devant d’être sanctionné efficacement. Sans exception envers qui que ce soit. Et ce, quel que soit le statut des parents de l’élève et leur degré de popularité.

 

S’il venait à l’idée de l’un de ces derniers d’offrir des sommes importantes — servant à « oublier » les fautes commises par les étudiants incriminés d’éventuels manquement aux règles de l’établissement —, cela se traduirait par un renvoi immédiat des étudiants fautifs. Ainsi qu’une place privilégiée au sein du « couloir de la honte ». Là où siègent toutes celles et ceux ayant tenté par le passé de soudoyer le personnel du lycée. Ce couloir, c’est la « griffe » de l’établissement. Le lieu indélébile montrant ce qui arrive aux familles s’étant cru à même de transgresser le bon droit de l’éducation, et marquées par le sceau de l’infâmie par leur présence dans cet antre singulier.

 

C’est aussi un instrument de confiance pour tout parents voulant s’assurer que leurs enfants seraient en de bonnes mains, sans risque de subir des désagréments dommageables de la part de rebelles à ce système qui avait fait ses preuves de nombreuses fois. Tous les portraits des familles figurant dans le couloir de la honte ont vu leurs empires détruits, à force de voir leurs partenaires historiques et leurs alliés commerciaux qu’ils pensaient fidèles et indissociables de leur noms se retourner contre eux. Juste parce qu’ils avaient tenté de souiller l’intégrité d’un lieu devenu le chantre du savoir, du respect et de la tolérance. La sélection pour y pénétrer est sévère, et les Dalfonnès pouvaient considérer qu’il s’agissait là de la dernière chance pour leurs enfants de s’assagir.

 

Le fait qu’ils aient été acceptés s’accompagnait d’un devoir de se conformer au règlement strict et implacable des lieux. Si Gérard et Lucille commettaient l’erreur de minimiser le contrôle constant des équipes de surveillance, c’était leur famille qui en paierait le prix en se retrouvant en place d’honneur du couloir de la honte. On avait accordé aux Dalfonnès une exception pour l’intégration d’élèves qui, en temps normal, n’auraient jamais été acceptés par la direction. Exception du à la décision de justice et sa condition mise en place par le Préfet régional, afin de faire comprendre à Lucie Dalfonnès qu’elle ne devait cesser de fermer les yeux sur les actes de ses « anges », et la mettre au pied du mur pour accepter le fait qu’ils se comportaient comme des graines de délinquants, ne valant pas mieux que ceux qu’ils décriaient tant. Ceux qu’ils considéraient comme des « inférieurs », reprenant les mots de leur arrière-grand-père en parlant des indiens dont il avait la charge.

 

Ce n’était pas un privilège pour les Dalfonnès : c’était une mise en garde. Le risque pour eux étant de voir leur nom et leur honneur bafoué à jamais au cas où leurs enfants n’en feraient qu’à leur tête. Et l’assurance de voir leurs affaires péricliter, comme les familles avant eux s’étant cru inattaquables et en ayant payé le prix fort.

 

C’était un lycée où les tendances violentes de Lucille et son complice Gérard seraient désarçonnés : pour Robert Dalfonnès — père des jumeaux diaboliques —, c’était le plan parfait. Bien que pouvant se révéler à double tranchant. Non sans mal, il parvint à faire accepter la proposition à son épouse. Bien que celle-ci considérait comme anormal que ses chéris soient punis de la sorte, en étant envoyés dans ce qu’elle voyait comme une prison aux atours luxueux. Ce qu’elle avait du mal à supporter.

 

Finalement, elle reconnut qu’au moins, au sein de cet endroit, ils ne subiraient plus de provocations de la part de petits voyous. Ceux ayant causé de nombreux « tracas » à ses trésors. Le mot était complètement déconnecté de la réalité. L’entendre de la bouche de Lucie Dalfonnès était une insulte à toutes les victimes de Gérard et Lucille aux yeux du préfet et de Robert. Mais ils firent mine de ne pas avoir entendu ces propos. Après tout, l’important c’était d’avoir pu décider Lucie à laisser ses enfants chéris se rendre dans un lieu où ils auraient moins de liberté pour agir inconsidérablement.

 

Une erreur de taille qui serait fatale aux Dalfonnès, et surtout à Gérard et son âme damnée : Lucille. Sans oublier les nouveaux disciples de ce duo comme nul autre, qui s’ajouteraient — au fil des mois passés au sein du lycée —, à leur petit cercle d’adorateurs pouvant bénéficier de certains privilèges de leur part. Comme des accès à des lieux huppés et normalement réservés aux adultes, ou des réductions sur des articles dans des commerces faisant partie du cercle d’affaires des Dalfonnès.

 

Comme je vous l’ai dit, dès mon arrivée à Sainte-Blandine — une figure historique de Lyon, martyr sous le règne de l’empereur romain Marc Aurèle —, Gérard me remarqua immédiatement. Mon allure semblait trancher avec ses critères d’acceptation. Comme les lieux ne possédaient pas « d’inférieurs » pouvant l’offusquer — lui et sa sœur —, il a dû se sentir frustré. A force de terroriser d’autres élèves qu’il considérait comme n’ayant pas le droit de côtoyer des personnes aussi importantes que lui — sentiment partagé par sa sœur —, disons qu’il en a pris l’habitude et y a surtout pris goût. Se retrouver piégé au sein d’un lieu où il ne pourrait pas s’adonner à ce type de « sport », à cette friandise appréciée pour un esprit aussi sadique que lui, il avait dû le ressentir comme quelque chose de hautement déprimant.

 

Alors, quand il m’a vu, quand il a compris qu’il y avait finalement quelqu’un sur qui il pourrait défouler sa haine et son besoin de faire mal — presque une addiction —, il m’a souri. Je n’ai pas compris tout de suite la raison de cet engouement pour moi. Encore plus quand il s’est approché et m’a adressé cette phrase qui s’avèrerait lourde de sens par la suite.

 

— Finalement, cet endroit devrait me plaire. Tu es l’élément qui manquait pour me satisfaire… fatty. On va bien s’amuser toi et moi. Prépare-toi… J’ai juste besoin d’un peu de temps pour étudier la nature des jeux que je te réserve.

 

Après ça, il s’est mis à s’esclaffer comme un dératé, avant de rejoindre sa sœur resté en retrait. Là où il se trouvait auparavant. Je l’ai vu parler à cette dernière. À son tour, elle s’est mise à sourire en m’observant. Je n’y ai plus prêté attention par la suite. Je me disais qu’ils étaient juste des originaux, ne connaissant pas encore leur statut particulier, leur nom, et encore moins les horreurs qu’ils avaient commises. Ce n’étaient pas les premiers que je croisais avant eux, s’amusant de ma morphologie et de mon allure. Elle qui faisait « tache » dans un lieu aussi huppé et pourvu d’un prestige aux portes de l’autarcie. A cause de ses règles et son histoire.

 

De mon côté, si je me trouvais au sein de ce lycée, c’était aussi lié à ma condition à part. à savoir le mal étrange ayant fait de mon corps un objet de curiosité pour tout un pan de la communauté scientifique. Et pas seulement elle. J’ai déjà subi des quolibets récurrents dans les établissements scolaires précédents où je suivais mon cursus scolaire. Rien à voir avec ce que me ferait subir Gérard et son groupe cependant. Néanmoins, d’un point de vue psychologique, ce fut suffisamment lourd et inquiétant — pour un regard extérieur j’entends —, pour que mon père, le premier, remarque mon mal-être.

 

Durant des années, j’avais réussi à cacher à peu près mes ressentiments face aux regard des autres. Mais ma facilité à masquer mes émotions paraissaient avoir ses limites : mes parents s’en aperçurent très vite, l’un après l’autre. Au cours d’une soirée difficile à décrire — lors de laquelle j’ai fondu en larmes —, voulant percer l’abcès pour répondre aux questions qu’ils me posaient sur mon changement apparent d’humeur, j’ai fini par leur avouer ce qui me tourmentait. Ce que je n’avais jamais osé leur dire, de peur qu’ils me prennent en pitié, ou que ça perturbe leur quotidien. Ce qui m’aurait été intolérable. J’adore mes parents plus que tout. Malgré leurs activités très prenantes, ils m’ont toujours entouré d’un amour sans faille. Je ne désirais pas qu’ils souffrent autant que moi. Raison pour laquelle j’ai tant tardé avant de leur parler de ce que j’endurais quotidiennement à l’école.

 

Mais leurs visages remplis de tristesse en me regardant, l’anxiété qui se lisait dans leurs yeux, cela a fini par me résoudre à tout leur dire. Je leur ai alors expliqué que je ne supportais plus les railleries d’élèves s’amusant à imiter le cri du cochon en me désignant. Je ne supportais plus l’indifférence des professeurs, pourtant témoins de ces actes d’incivilité irrespectueux. Je ne supportais plus les parodies d’airs célèbres réarrangés où on incluait mon prénom et mon surnom : fatty. Le même dont userait Gérard plus tard. Alors que ma mère m’a directement pris dans ses bras, s’excusant de ne pas avoir vu ma détresse et s’en voulant d’avoir été si aveugle, mon père a pris la décision de m’envoyer à Sainte-Blandine.

 

 Il connaissait l’un des professeurs là-bas, inculquant des cours d’histoire. S’il lui demandait, il était certain que Barnabé — le prénom de ce professeur —, saurait s’appliquer à ce que je ne souffre pas des mêmes moqueries subies dans mes établissements scolaires précédents. Et puis surtout, il n’ignorait pas la réputation de Sainte-Blandine. Ses règles, son ordre, sa sélection des élèves y étant admis, ultra stricte. Cela m’a rassuré, et j’ai dit oui. Sans imaginer un seul instant — à l’instar de mes parents qui pensaient m’envoyer dans un havre de paix, à même de leur rendre le garçon joyeux qu’ils voulaient retrouver —, le calvaire qui allait m’y attendre.

 

Un cauchemar orchestré par deux esprits aussi machiavéliques que consciencieux dans leurs actes de malveillance envers moi. Un duo qui se partageait la passion de la méchanceté gratuite, du dénigrement de tous ceux ne faisant pas partie de leurs dogmes malsains. Ce qui incluait des handicaps supportés par un être par trop sensible à bien des égards, tel que je l’étais. Je pense que ça aussi, Gérard l’a senti dès le moment où il m’a adressé la parole. Il a dû le lire dans mon regard ou quelque chose comme ça. Tout comme il a senti qu’il pourrait me dominer et faire de moi sa marionnette de sévices.

Lui et sa sœur n’ont pas agi dans les semaines qui suivirent. Ils ont attendu méthodiquement de trouver les failles du système de surveillance mis en place dans le lycée. Ils se sont aussi rendu compte de ma connexion avec Mr. Trendard. L’ami de mon père. Du coup, ils ont également agi en tenant compte de cet obstacle supplémentaire à leurs futurs actions me concernant. De vrais stratèges, qui méritaient bien leur titre de jumeaux diaboliques. Quand ils ont commencé à frapper, silencieusement, en utilisant tout d’abord des intermédiaires sacrifiables et dévoués à leur « cause », ils avaient déjà tout planifié.

 

La toile était tendue, et je n’aurais aucun moyen d’y échapper…

 

A suivre…


Publié par Fabs

2 juil. 2026

HOMBRECITOS-Partie 2 : En Territoire Hostile


J’ai lu et relu le rapport envoyé par mon ami Louis Pauwels, de la Commission Ouranos. C’est lui qui s’est chargé personnellement de me constituer un dossier complet sur les Hombrecitos vénézuéliens. Il contenait des dessins des visiteurs spatiaux, ainsi que leurs vaisseaux et divers détails morphologiques et techniques. En plus de cela, y étaient joints les traductions des déclarations des témoins des différentes apparitions de ce que Denis nommait les « Nains Velus ». Terme qui me semblait plus juste — selon moi —, pour désigner ces êtres, en comparaison de leur désignation issue du pays d’origine de leur seconde vague d’exploration. Toutefois, je devais bien avouer que le nom vénézuélien sonnait mieux à l’oreille. Il me semblait moins enclin à toute appellation péjorative, en cas de citation dans de futurs articles de ma part. Je préférais éviter de me faire taxer de dénigreur dans un proche avenir, pour avoir usé du petit nom que Denis leur avait attribué. Une simple précaution que je jugeais sage, en regard des critiques dont j’avais déjà été la cible lors de la sortie de mon premier livre.

Quoi qu’il en soit, je me montrais étonnamment surpris du soin pris par Louis pour avoir rassemblé toute cette documentation précieuse. Elle me serait d’une grande aide pour mieux comprendre le changement d’attitude des Hombrecitos, lors de leur dernière vague d’apparition en France. Suivant en cela celle dont Denis avait fait les frais, tel qu’il m’en avait rapporté les détails. Ce qui m’avait donc valu de me rendre auprès de lui afin qu’il m’en offre la teneur, en affrontant — au préalable —, les regards suspicieux de la population locale. Une lettre accompagnait le dossier — riche en informations —, écrite des mains de Louis : 


”Cher Aimé,

J’avoue avoir été quelque peu surpris en ayant été informé de ta demande. C’est le préposé aux appels téléphoniques qui m’a informé — en premier lieu —, de ton aventure à Rougiers-Les-Bois. Ainsi que ton contact pas très reluisant avec ses autochtones, du fait de leur animosité virulente avec ton ancien camarade de résistance. 

D’autant qu’il se trouve que les Hombrecitos figurent sur les sujets à traiter de la Commission depuis déjà un mois. Je n’avais pas eu l’occasion d’en discuter avec toi, car j’attendais de regrouper les informations et décider s’il s’agissait — oui ou non —, d’un canular. Auquel cas, cela m’aurait évité de perdre du temps à t’en parler, vu que cette affaire aurait été relayée aux oubliettes de notre salle des rebuts, dont tu ne connais que trop bien la teneur. Ce n’est pas à toi que je vais apprendre le nombre de témoignages bidons que nous recevons régulièrement, provenant de la part d’individus voulant profiter de la « mode » des extraterrestres. Juste pour obtenir leur quart d’heure de gloire auprès des médias et des spécialistes, tel que les membres de notre petit comité, qui grandit sans cesse en notoriété ces dernières années.

Pour revenir au cœur de l’affaire qui nous intéresse — toi et moi —, j’ai donc relayé plusieurs infos. Je me suis servi de mes contacts en Amérique du Sud pour démêler le vrai du faux dans cette histoire de bonhommes avec une tête ronde comme une boule de billard ayant sévi en France, puis au Vénézuéla. Ce qui m’a été d’une aide plus que précieuse pour constater la véracité des faits. 

En tout cas, en ce qui concerne l’implication des Nortek dans le phénomène. Ce qui leur a valu bien des accusations de tromperie et autres vilénies, à cause de la propagation ostentatoire de leurs déclarations de la part de leurs détracteurs. Idem pour ce qui fut désigné par les autorités vénézuéliennes d’allégations provenant de témoins voulant juste attirer l’attention des médias. Cela dans le but de mettre en avant leurs activités. Pedro, dont je t’ai déjà parlé lors de nos discussions passionnantes — aux envolées presque lyriques, attisant l’attention d'autres membres de la Commission de manière récurrente —, m’a assuré de l’exact déroulement des faits ayant eu lieu au Vénézuéla.

 Il a personnellement interrogé Gustavo Gonzales et son commis — à l’origine de la découverte de cette seconde vague d’apparitions de ces êtres —, et est persuadé de leur bonne foi. Il ne s’est d’ailleurs pas limité à eux, ayant étendu son terrain d’enquête aux proches de Gonzales. Ainsi que la quasi-totalité des autres témoins ayant été pris à partie par les Hombrecitos par la suite. La faute — justement —, à la méthode tactile (et peu diplomatique) employée par le sieur Gonzales pour engager sa prise de contact avec une race extraterrestre, il faut en convenir. Tu trouveras toutes ces explications et leurs conséquences dans les documents joints. 

Ce à quoi je voulais en venir, c’est que toutes les informations présentes dans le dossier envoyé ont fait l’objet de vérifications rigoureuses au cours de ces dernières semaines. Que ce soit les Nortek, Gonzales et le reste. Seul n’y figure pas le cas de ton ami Denis. La raison en est que mes enquêteurs, dépêchés sur place avant que tu t’y rendes toi-même — sans que je puisse soupçonner la vraie raison de ton déplacement, ce que je comprends maintenant —, m’ont fait part de leurs doutes sur l’histoire de ton ami. Ne m’en veux pas : à ce moment-là, je n’avais pas fait le rapport entre son nom — bien qu’il me parlât, sans parvenir à me souvenir où j’avais entendu son patronyme, à ma grande honte —, et le lien avec toi.

 De ce fait, il n’était qu’un inconnu de plus parmi d’autres affirmant avoir vu un peuple venu des étoiles. Mes enquêteurs m’ont fait part de ses difficultés financières et ses démêlés avec les habitants de Rougiers-Les-Bois. Ce qui pouvait s’avérer être un mobile suffisant pour mettre en place une sorte de petite vengeance de la part de ton ami. Une revanche envers ceux qui avaient protégé les deux hommes à l’origine de son malheur — et l’ayant escroqué sans vergogne. À partir de là, son témoignage se révélait plus que probable de n’être qu’un mensonge éhonté, pour profiter du cas de ce que l’on a désigné comme la “Ferme des Etoiles”.

Toutefois — au vu de ce qui m’a été rapporté —, je fais totalement confiance à ton jugement envers ton ami. Je sais combien tu as l’art et la manière de détecter les tromperies de tout bord. Même si elles sont proférées par des amis de longue date. Je ne remuerais pas le couteau dans la plaie, mais toi et moi savons que notre statut de recherche de la vérité nous a valu — au fil des années —, bien des rétrécissements de notre cercle d’amis communs. À cause de la mise en lumière de mensonges venant de personnes que nous pensions fiables.

Nous avons évolué : nous sommes désormais capables de séparer la lie du bon vin — selon l’expression populaire —, quand nous y sommes confrontés. C’est pourquoi je me fie à tes conclusions quand tu affirmes que Denis n’est pas un affabulateur. À ce titre, j’attendrais que tu me fasses ton rapport personnel sur la situation à Rougiers-Les-Bois. Auquel cas, je rajouterais les éléments récoltés sur Denis au dossier. Nous verrons ensuite ensemble pour la suite des opérations à adopter, concernant le retranscription des informations à disposition dans notre revue. Ainsi qu’à d’autres magazines intéressés par ce que nous possédons. C’est-à-dire l’ensemble de la documentation se trouvant au sein de notre stock de témoignages et preuves viables de l’existence des Hombrecitos.

Par ailleurs, tu as mon feu vert total pour faire tout ce dont tu juges nécessaire pour avancer dans l’enquête. Celle que je devine que tu ne manqueras pas d’effectuer, afin d’aider ton ami. Dis-lui bien que je m’excuse sincèrement de ne pas avoir prêté foi aux déclarations faites auprès de la gendarmerie et mes enquêteurs. Leur intervention a peut-être accentué la grogne des habitants de la commune envers Denis, et je m’en montre désolé. Je compte bien rattraper mon erreur en me tenant à votre disposition tous les deux, si jamais vous avez besoin de la moindre aide — de quelque ordre que ce soit —, pour démontrer l’honnêteté de Denis. Tout comme celle des Nortek. Cette dernière ayant tout autant été mise à mal par une population échaudée par toute forme de publicité concernant les peuples des étoiles. De ce que j’ai cru comprendre de la situation, en tout cas.

Bref. Ce courrier me semblait primordial pour faire mon mea culpa sur deux points : d’une part, ta mise à l’écart du sujet Hombrecitos ; d’autre part, mon attitude de rejet quant à ce que j’ai pris pour un canular mal orchestré par ton ami Denis. Encore une fois, je m’excuse platement pour mon manque de discernement et mon jugement hâtif sur lui. J’espère qu’il saura me pardonner. Tout comme toi. 

Je te souhaite une bonne lecture du dossier envoyé. Tiens-moi au courant si tu prends connaissance de nouveaux éléments pouvant apporter une pierre à l’édifice. Ce qui consoliderait la teneur de nos informations. Je sais que tu n’as pas d’égal pour déterrer des évidences pouvant avoir échappé au plus aguerri des limiers en la matière.

J’oubliais : bien évidemment — étant donné la situation —, tu es libre de rester sur place autant de temps que tu le jugeras nécessaire, si cela peut te permettre d’être plus serein pour t’affairer à ton enquête. Je suis persuadé qu’elle se montrera des plus minutieuses et complète. Les autres membres d’Ouranos et moi saurons nous adapter à ton absence pour les affaires courantes. Ne t’inquiète pas à ce sujet.

À très bientôt.

Ton ami Louis.”

 

Ce brave Louis. Toujours prompt à se culpabiliser pour pas grand-chose. Je m’avouais surpris de ses cachoteries concernant ce qu’il savait sur les nains velus, dont l’existence m’avait été révélé par Denis en premier lieu. Dans le même temps, je connaissais suffisamment Louis pour comprendre ce qui l’avait incité à garder le secret. De mon côté, j’avais également en moi ce respect de ne pas faire perdre mon temps inutilement à mes collègues d’Ouranos. Ceci en les faisant enquêter sur des pistes qui s’avèreraient être ce que l’on a coutume de nommer des pétards mouillés. 

Ce qui ne ferait qu’user de dépenses d’énergies futiles pour un dossier qui finirait invariablement à la poubelle, et aurait empêché de se concentrer sur des cas autrement plus valables. Ceux-là mêmes capables de mettre en lumière l’existence d’intelligences supérieures ou égales à l’homme dans notre galaxie, via des visites aux buts assez proches l’un de l’autre.

Dans la plupart de ces rencontres et témoignages de quidams à propos d’extraterrestres, il y a une volonté des voyageurs intersidéraux de découvrir nos habitudes, notre mode de vie, les objets de notre quotidien. Plus couramment, mes collègues et moi nous sommes aperçus que c’était surtout l’environnement où nous habitions qui semblait intriguer ces visiteurs d’autres cieux. Les plantes, les fleurs, les arbres… Sans oublier tout ce que comptait la production agricole que l’être humain a appris à maitriser et développer pour sa subsistance.

Cela paraissait être le facteur commun le plus observé. Peut-être que les mondes d’où provenaient ces extraterrestres — aux technologies pourtant bien plus élaborées que les nôtres, si l’on comparait leurs vaisseaux à nos moyens de locomotions assez primaires —, se trouvaient être en proie à des famines ? Lesquelles pouvant être dues à des incidents climatiques ou provoqués par des conflits ayant ravagés leurs cultures de base. Il y avait aussi la possibilité que les matières premières propres à leur alimentation ne suffisaient plus à leur assurer de nourrir une population en expansion. Il y avait tant de scénarios possibles pour expliquer la venue de ces voyageurs sur notre planète. 

Ces explorations au sein de notre monde pouvaient leur permettre de comprendre comment notre espèce en était parvenu à subsister, malgré les guerres — celles dont nous étions les initiateurs, avec cette propension maladive de s’affronter pour tout et rien entre peuples. Et ce, depuis la nuit des temps. Ou encore notre capacité à surmonter les catastrophes naturelles telles que des éruptions volcaniques, des raz-de-marée, des tremblements de terre ou des glissements de terrains. Des catastrophes à même de provoquer des dégâts considérables et des pertes humaines par milliers. Sans compter que ces évènements nous obligeaient à des sacrifices conséquents pour nous en relever, afin de continuer notre existence en retravaillant la terre des cultures. Condition indispensable à notre survie.

Tous ces éléments pouvaient être au centre des discussions de ces êtres sur les astres d’où ils venaient. Ils en étaient venus à la conclusion qu’étudier nos techniques de cultures et d’adaptation à des périodes de disette et de conflits se révélaient être « LA » solution à leurs propres désagréments. Pour autant, ces explorations ne représentent peut-être pas le seul motif de visite de leur part sur notre planète. Certains autres aspects semblent les attirer : nos capacités de défense. 

J’en veux pour preuve des cas où la présence d’apparitions de leurs vaisseaux ont été signalées près de bases militaires. Plus rarement — mais eux aussi sont à prendre en considération —, des centres de recherches. Preuve que les armes et la technologie dont nous avons la maîtrise représentent un intérêt tout aussi viable que nos facultés à survivre à des fléaux provoqués par la nature ou les affrontements guerriers. D’un autre côté, j’y vois un certain lien : les deux se rejoignent dans leur potentiel de résistance à des menaces. Que ce soit la faim ou des armées ennemies. 

Peut-être que notre planète intrigue pour autre chose : l’atmosphère. On peut supposer que ces êtres voient leurs mondes se retrouver à l’agonie, menaçant leurs civilisations de disparaître corps et biens dans un proche avenir. Leurs dirigeants, leurs scientifiques, ont donc programmé ces expéditions dans le but de découvrir un monde susceptible d’accueillir leur espèce. Avant ça, ils se sont concertés et ont dû établir qu’il leur fallait d’abord étudier la possibilité d’une cohabitation avec une race inconnue. La nôtre. Ce qui implique pour eux de s'informer de notre potentiel de défense. En plus de l’alimentation à disposition sur notre planète, pouvant s’accorder avec la morphologie et le fonctionnement anatomique de leurs corps.

Il restait une dernière explication : celle d’un désir plus basique de conquête d’un territoire de la part de peuples belliqueux. Des civilisations avancées voulant en savoir plus sur le moyen de contrer nos moyens de défense, afin de mieux nous envahir. Cela fait partie des thèmes récurrents que l’on voyait sur les écrans de cinéma à cette époque. L’invasion extraterrestre était au centre de bien des intrigues de ces métrages, inspirés par ces vagues de plus en plus croissantes d’apparitions d’OVNIS dans le ciel. Auquel s’ajoutaient ces rencontres physiques sur notre sol terrestre. Du pain béni pour des scénaristes en mal d’imagination pour des thèmes classiques, afin d’attirer un nouveau genre de public voulant voir autre chose que des sempiternelles comédies musicales mielleuses, des épopées aventureuses aux quatre coins du globe ou de multiples récits policiers, traitant de meurtriers bien trop humains et communs.

Ces vagues d’apparitions d’OVNI étaient tout aussi bien le centre d’intérêt des producteurs cinématographiques que les communautés scientifiques. Celles tentant de comprendre les technologies utilisées par les visiteurs, ainsi que la part de vrai et de faux à accorder aux nombreux témoignages, dont il n’existait que trop peu de documentation crédible. Mis à part des clichés aux qualités discutables, parfois trop flous pour être exploités et pris au sérieux. Ce qui n’était pas vraiment pour arranger la cause que nous défendions chez Ouranos, avec pour objectif principal de prouver l’existence de visiteurs extraterrestres au sein de notre planète. 

Par conséquent, nous devions nous montrer prudent sur ce qui convenait ou non de révéler au public crédule — avec moult vérifications —, pour ne pas décrédibiliser la mission de notre groupe et anéantir nos espoirs. À ce titre, avoir des confirmations de la véracité de l’existence des Hombrecitos prenait tout son sens. Je comprenais parfaitement les réserves dont avait fait part mon ami pour m’en parler, avant que je mette à jour la révélation de ces êtres. Grâce au témoignage de Denis. J’ai donc étudié attentivement toute la documentation expédiée par Louis — dont une grande partie avait été rédigée par le fameux Pedro —, afin de mieux comprendre la nature et les particularités des observations liées aux Hombrecitos.

Je n’ai fait que survoler les rapports de la commission concernant les Nortek, dont Denis m’avait déjà fait part, avec le même souci du détail que ce qui était inscrit noir sur blanc dans l’envoi de Louis. Je me penchais plus scrupuleusement sur tout ce qui détaillait les évènements étant survenus au Vénézuéla. Le pays constituant la base de ce qui pouvait expliquer le soudain changement d’attitude des Hombrecitos envers les êtres humains qu’ils croiseraient par la suite. Particulièrement lors de leurs exactions en France. Et pas seulement la rencontre houleuse qu’avait subie Denis. Je reviendrai plus tard sur les autres faits qui se sont déroulés à Rougiers-Les-Bois, durant le début de l’année 1955. Événements dont je serais le témoin privilégié, subjugué et terrifié par la même occasion.

Pour revenir au point de départ de l’attitude des Hombrecitos, il faut s’attarder sur les circonstances du contact entre eux et les autochtones locaux. Là où l’un des équipages avait fait le choix d’atterrir. Si j’emploie le pluriel, c’est parce que rien ne laissait penser qu’il ne puisse pas exister plusieurs vaisseaux. Des vaisseaux se relayant les informations entre eux concernant leurs diverses explorations. Je lisais donc le rapport minutieux détaillant l’implication des sieurs Gustavo Gonzales et son commis dans le caractère belliciste des Hombrecitos lors de leur retour en France. Cependant, le rôle des deux hommes s’est révélé loin d’être isolé dans l’attitude future des Hombrecitos. Ils ne furent que les premiers d’une longue lignée d’erreurs humaines, motivées par une gloire éphémère.


« Rapport d’analyse de Pedro Torres, membre de la Commission Ouranos, en charge du relevé d’informations au Vénézuéla, concernant le cas des « Hombrecitos », ayant débuté le soir du 29 novembre 1954.

Le présent rapport a été établi le 16 décembre 1954, avec l’aide d’Ernesto Duarez, inspecteur de police à Caracas. Ainsi que les trésoriers Manuel Moreno et Emilio Dominguez, officiant dans la petite ville de Pétaré. Sans oublier Paco Doriaz, représentant des affaires internes du gouvernement du Vénézuéla. Le témoignage de ce dernier a été notifié avec l’accord des autorités compétentes locales, en un lieu sécurisé où l’entretien a été enregistré. Cela dans l’objectif de parer à d’éventuelles incohérences de propos de ma part lors de la retranscription ultérieure de notre conversation. Auquel cas le gouvernement vénézuélien se réserve le droit d’interdire la diffusion du présent rapport, pour préserver ses intérêts et sa dignité dans cette affaire. 


Dans la matinée du 29 novembre 1954, dans une fourchette d’heures située entre 2 heures et 2 heures 30 — selon les déclarations des deux hommes qui seront recueillies par la suite au commissariat principal de Caracas —, Gustavo Gonzales, un commerçant de 25 ans originaire de La Havane (Cuba), vivant dans le quartier de Catia, à Caracas, accompagné de son commis José Ponce, vivant pour sa part dans le quartier de Totumos au sein de la même ville, se rendait en direction du secteur des entrepôts de Pétaré, à 15 miles de son lieu de résidence. Vers le grossiste Schepper, plus exactement. Gustavo conduisait une camionnette D.F.4-11382 de l’année 1954. L’objectif de la virée nocturne était de récupérer des denrées de charcuterie, afin de les revendre au cœur du marché ouvert de Caracas plus tard au lever du jour. Comme à son habitude. 

Le véhicule et ses deux occupants se sont engagés dans la rue Bella Vista, à hauteur de la fabrique de marquèterie I.N.M. Un passage obligé pour rejoindre le secteur des entrepôts, but de la destination initiale. À cette heure, les alentours sont habituellement vides de toute activité de la part des habitants. Ce qui est somme toute normal à cette période de la journée. Pourtant, un fait inhabituel a attiré l’attention des deux hommes sur le trajet. En une partie de la rue, ils ont aperçu une lumière vive éclairant les parages. De telle sorte qu’ils se seraient crus en plein jour.

Passé le coup de la surprise, Gustavo et José ont pu découvrir la source de cette lumière presque aveuglante : un objet de grande envergure — de forme sphérique —, se trouvant stationné au-dessus de la rue, à plusieurs centimètres de hauteur du sol. Sans qu’ils puissent discerner le moindre support rattachant l’objet au terrain qu’il survolait. Ni piliers ou pieds servant de points d’attaches. Ou bien encore des fils quelconques, pouvant expliquer la stabilité prononcée de l’étrange engin. Étonné autant que fasciné par la présence incongrue d’un tel objet, Gustavo a soudainement freiné. Puis, il a arrêté le moteur de sa camionnette, afin de mieux observer ce qui se trouvait devant lui, à quelques mètres de sa camionnette seulement. Il décrira ensuite un engin aussi rond qu’une boule de bowling — à la blancheur étincelante —, et pourvue de deux simulacres de fenêtres sur les côtés. Chacune ayant une circonférence de moins d’un mètre environ. Il notera aussi la présence d’une sorte de coupole sur la partie supérieure de l’appareil. 

José, lui, ne se montra guère rassuré à la vue de ce spectacle inhabituel. Gustavo s’employa alors à dissiper la peur évidente de son employé, pendant qu’il continuait de scruter l’appareil devant eux, analysant méthodiquement ses caractéristiques. De ce qu’en a déduit l’homme, l’engin devait faire dans les deux à quatre mètres de diamètre. Comme il lui avait semblé l’apercevoir quelques secondes plus tôt — de même que son commis —, l’objet n’était retenu d’aucune sorte au sol par quoi que ce soit. Pas même un train d’atterrissage munie de roues à son extrémité, comme tout véhicule aérien auquel paraissait appartenir l’étrange apparition.

Pensant avoir affaire à une manœuvre militaire, dans le but de tester un modèle inédit d’avion de guerre — ou du moins quelque chose destiné à une utilisation similaire —, Gustavo a d’abord hésité à toute forme d’action trop hardie. D’autant que José lui demandait de rebrousser chemin, peu enclin à avoir des problèmes avec l’armée, du fait de leur présence imprévue sur un essai militaire secret. Bien qu’il n’eût jamais entendu parler de ce genre d’opérations au cœur d’une ville, car lui semblant par trop peu discret. Même en pleine nuit.

Piqué par une curiosité qu’il ne parvenait pas à maîtriser — malgré le potentiel danger encouru —, Gustavo est sorti en premier de la camionnette. Il désirait en savoir plus sur ce qui se trouvait au cœur de Bella Vista, espérant découvrir des réponses sur la raison exacte et précise d’une telle présence militaire. Voyant croître la peur de son acolyte, Gustavo a demandé à José de rester à l’intérieur de leur véhicule. Ce dernier refusa de rester seul : il a préféré accompagner son patron, bien que son corps tremblât de partout. 

Arrivés à plus ou moins 8 mètres de l’appareil lumineux, les deux hommes se sont soudain figés sur place. Un être d’à peu près un peu plus d’un mètre de haut se tenait devant eux. Il se trouvait posté devant ce qui se révélait clairement être un vaisseau spatial. En tout cas, c’est à cette conclusion que sont parvenus Gustavo et José, à la vision de la créature devant eux. Ce n’était pas un militaire : c’était une évidence. Encore moins un être humain.

 La créature se révélait avoir le corps velu, tapissé de poils à l’allure raide et sombre. Du moins, de ce que l’on pouvait en discerner. Les mains — ou plutôt, en l’occurrence, les pattes —, étaient dotées de quatre longues griffes. Des griffes semblables à des lames de rasoir aux dimensions disproportionnées. On aurait dit des armes de combat, mais il apparaissait clair — au fur et à mesure que le duo se rapprochait de l’être —, qu’il s’agissait bel et bien d’extensions du corps.  Pas de quelque chose tenu par des doigts, qui auraient été dissimulés dans la toison noirâtre de la créature. 

Pendant que José — terrorisé —, restait en retrait, Gustavo continuait de réduire la distance le séparant de l’étrange visiteur. Il ne pouvait pas le considérer autrement dorénavant, tant son appartenance à une race ne vivant pas sur Terre était devenue limpide dans son esprit. Gustavo put alors mieux voir les traits spécifiques de l’objet de son attention. L’être possédait une tête complètement ronde. Aussi ronde que l’était le vaisseau devant lequel il se trouvait et qu’il paraissait surveiller. Cela aussi, Gustavo en avait la certitude. Deux grands yeux, de forme ovoïde, étaient positionnés au sein du « visage » de la créature. Ils luisaient, reflétant la lumière des phares de la camionnette se trouvant garée derrière le commerçant. José le suppliait de revenir. Il lui criait presque que s’approcher plus pouvait se révéler dangereux, que ce n'étaient pas leurs affaires et qu’il vaudrait mieux reprendre leur route, en faisant comme s'ils n’avaient rien vu. Cependant, Gustavo resta sourd aux suppliques de son employé. Il s’avança encore.

L’étrange être semblait n’avoir comme vêtement — en tout et pour tout —, qu’une espèce de pagne au niveau de l’entrejambe. Ses pieds étaient nus, ressemblant aux pattes d’un primate. Un gorille plus précisément. Il n’y avait aucune trace d’une forme quelconque de nez, de bouche ou d’oreilles. Juste cette tête ronde et ces yeux luisants qui virèrent au rouge l’instant d’après, car montrant avoir finalement repéré la présence de Gustavo. À ce moment-là, l’homme ressentit comme un semblant de paralysie dans les jambes, bloquant ses mouvements. Peut-être une technique de défense télépathique — ou quelque chose d’analogue —, émanant de la créature pour l’empêcher de se rapprocher plus. Bien que cette dernière ne montrât aucun signe d’agressivité à l’encontre du commerçant trop intrépide.

Gustavo parvint à se défaire de la paralysie naissante de ses membres. Celle-ci n’ayant probablement pas été renforcée efficacement par l’être, car pensant sans doute que la peur née de ce blocage serait suffisante pour dissuader l’intrus — que devait représenter l’humain à ses yeux —, de persévérer dans son approche. Gustavo se rua alors sur l’être, mué par un instinct qu’il définirait plus tard comme stupide et incontrôlé. Comme celui d’un enfant avide du jouet tant attendu lui étant apporté à son anniversaire par un grand-père ou un oncle sensiblement apprécié.

Gustavo a alors saisi l’être entre ses bras et entreprit d’effectuer une prise semblable aux lutteurs mexicains qu’il admirait depuis son plus jeune âge. Pensant avoir sa proie bien en mains, il se mit ensuite à traîner le corps prisonnier vers sa camionnette. En cet instant, il caressait l’espoir de ramener une preuve de ce que lui et José avaient été témoin. Gustavo fut étonné de la singulière légèreté de sa capture. Il parlerait plus tard d’un poids n’excédant pas 50 livres. Toutefois, je resterais prudent sur l’exactitude de cette évaluation sommaire. En effet, je constaterais certaines divergences par la suite sur cette information, lors de mes entretiens avec l’inspecteur Duarez, ainsi que Paco Diaz.

Ces derniers évoqueraient — pour leur part —, une masse plus proche de 35 livres ou n’excédant pas 20 kilos. Il est plus que vraisemblable que le stress généré par son aventure — en plus de celui occasionné par le récit longuement répété à plusieurs instances policière et gouvernementales —, ait pu altérer le jugement de M. Gonzales en la matière. D’où cette confusion dans ses propos, différant légèrement suivant son interlocuteur. Ce qui est hautement compréhensible.

Quoi qu'il en soit, la suite de la soirée allait se montrer au désavantage de l’opération risquée de Gustavo. Contrairement à ce que sa stature avait pu laisser penser au commerçant trop sûr de lui, l’être parvint à se défaire aisément de l’emprise de son agresseur : il démontra une dextérité et une force bien plus élevée que ne l’avait analysé Gustavo. Ce dernier — en conséquence de son acte irréfléchi —, se vit porter un coup violent à son encontre. Ce qui le fit repousser en arrière, avant de rouler sur le sol. Refusant d’accepter cet échec, Gustavo se releva l’instant d’après. Non sans avoir relevé une impression de vibration parcourant tout son corps, à la suite du contact brutal effectué par l’être pour le mettre à terre. Ainsi que des vertiges qui le placèrent dans une sorte de transe.

 Pendant ce temps, la créature effectuait des bonds ressemblant à s’y méprendre à ceux d’un félin, cherchant manifestement à se rapprocher de l’homme. Toutefois, si je m’en tiens aux dires de José — qui a assisté, de loin, à toute la scène —, l’être ne manifestait pas, à priori, une réelle intention de vouloir faire du mal à Gustavo. Le commis a plutôt évoqué une impression de curiosité émanant de l’adversaire fantastique de son patron.

Malgré cela — sans doute vexé d’avoir été si facilement repoussé par son adversaire —, le commerçant ne renonça pas : il sortit alors de sa poche de pantalon le couteau qu’il portait toujours sur lui pendant ses déplacements. Il en déploya la lame d’un geste rapide et maîtrisé. Les rues de Caracas, là où il résidait — tout comme celles de Pétaré — étaient peu sûres la nuit. Lui et José avaient déjà eu à se défendre contre des poivrots vindicatifs ou de jeunes désœuvrés cherchant à se faire de l’argent facilement. Ceci en volant les imprudents se trouvant sur leur « territoire ». Voulant jouer sur la surprise, Gustavo a accompli un geste en direction de l’épaule de l’être avec son arme. Mais, là encore, ça ne s’est pas passé comme il l’escomptait.

La lame du couteau a paru « glisser » sur la surface de la zone visée. Comme s’il s’agissait d’une « peau de rhinocéros ». Dixit les déclarations ultérieures de Gustavo, lors de sa déposition au commissariat le plus proche. Au cours de cet instant, l’homme a également remarqué un détail supplémentaire concernant les pattes griffues de l’Hombrecitos. Un terme qu’il emploierait pour désigner la créature venue des étoiles, et qui — concrètement —, signifie « petits bonhommes » en langue hispanique. Les pattes étaient palmées. Une bizarrerie de plus, échappant à toute logique animale connue sur Terre. Dans le sens où il parait invraisemblable qu’un être aux caractéristiques proches d’un primate — si l’on fait exception de sa « tête » et ses griffes —, puisse également posséder des attributs appartenant à l’ordre des palmipèdes. Un détail, certes, mais déconcertant en tout point.

L’extraterrestre a soudain essayé de se saisir de Gustavo, mais sans succès. Toutefois, l’affrontement ne s’est pas arrêté à cette petite victoire de l’homme, qui était parvenu à échapper à la tentative de capture de l’Hombrecitos. De son côté, José — voyant son patron se faire malmener —, est parvenu à maîtriser sa peur : il a accouru pour l’aider. Juste avant, il avait aperçu un autre être venant des friches avoisinantes. La créature sortait du terrain situé à droite de l’endroit où la rencontre avait eu lieu, les bras joints et remplis de mottes de terre. Ou peut-être étaient-ce des cailloux : José n’a jamais pu être absolument certain de la nature des « trophées » se trouvant entre les pattes de ce deuxième visiteur galactique présent ce soir-là. En revanche, ce dont il est catégorique, c’est d’avoir aperçu cet autre être effectuer soudainement un bond de près de deux mètres de haut, puis s’est propulsé jusqu’au vaisseau. Avant de se glisser à l’intérieur par l’une des deux fenêtres.

À peine quelques secondes plus tard, ce fut la fin de l’échauffourée inter-espèces. Gustavo tentait de reprendre vainement l’avantage sur son adversaire, mais celui-ci déjouait chacune de ses tentatives et y répondant par des essais d’attaques violentes avec ses griffes. Cependant — tel que Gustavo l’avouerait dans ses déclarations ultérieures auprès de la police et de quelques journalistes désirant l'interviewer —, l’être agissait en employant des mouvances défensives. Plus qu’avec la volonté de blesser véritablement. L’Hombrecitos donnait l’impression de s’appliquer à impressionner son adversaire, sans le toucher directement.

Alors que l’affrontement semblait ne pas trouver de conclusion, deux créatures sortirent du vaisseau et se dirigèrent vers le lieu du combat. L’un des deux êtres portait un tube à l’apparence métallique et brillante. Il a alors dirigé son extrémité vers Gustavo. Une lumière vive est sortie du tube et a aveuglé celui-ci. Profitant de sa surprise, les trois êtres se sont immédiatement après dirigés vers le vaisseau et se sont introduits à l’intérieur de la même manière observée par José quelques instants plus tôt pour l’un d’entre eux. Il ne s’est déroulé qu’un bref instant avant que l’engin spatial décolle et s’éloigne dans le ciel à très grande vitesse. Sans émettre le moindre bruit de moteur ou de quoi que ce soit qui puisse être propre au fonctionnement de tout véhicule. Si l’on se base sur la technologie terrienne, bien évidemment.

Épouvanté par tout ça, José a fui sans demander son reste. Sans prendre le temps de vérifier l’état de son patron, il a couru à vive allure en direction d’une station de police se trouvant dans le même quartier, à quelques pâtés de maison de là seulement. Il serait rejoint par Gustavo un quart d’heure plus tard, une fois ce dernier remis de ce qui s’était passé. Il s’est montré au moins aussi terrorisé et épuisé que son commis l’ayant précédé dans les locaux policiers. Après s’être désaltéré avec un verre d’eau, à sa demande — fourni par l’un des trésoriers de garde présents sur place —, Gustavo a expliqué l’aventure qu’il venait de subir avec son employé. Ce dernier a confirmé chaque mot de son patron, tout en se confondant en excuse pour avoir fui sans l’attendre. Pour m’être entretenu avec les deux trésoriers ayant recueilli le témoignage de Gustavo et José, il m’a été rapporté par messieurs Moreno et Dominguez — les deux trésoriers en question —, que les deux commerçants n’ont montré aucun signe d’ivresse manifeste ou d’aliénation lorsqu’ils sont entrés dans la station de police, à 2 heures 30 du matin. 

Gustavo et José ont tenu des propos entourés par le calme et l’assurance, seulement ponctués par une nervosité intense. Bien que surprenant, le récit des deux commerçants se montra extrêmement riche en détails, accentuant le sentiment de réel ressenti par Moreno et Dominguez à ce fourmillement d’explications. À aucun moment, ces derniers n’ont décelé de gestes ou d’attitudes pouvant trahir une volonté de mentir chez leurs interlocuteurs. Impossible qu’ils puissent avoir inventé cette histoire de toutes pièces. D’autant que les deux hommes n’avaient aucun intérêt particulier à se fourvoyer, en racontant des fables aussi inconcevables. Les trésoriers n’ont pas manqué de tenir compte de la réputation de Gustavo et José, dont les proches et collègues se sont montrés plus qu’élogieux sur le sérieux récurent des deux hommes Que ce soit au sein du marché ouvert de Caracas — là où ils exerçaient leur activité chaque jour de la semaine —, ou bien entre amis et dans leur famille.

Bien sûr, il leur arrivait de raconter des blagues. Cependant, tout le monde a assuré que jamais il ne leur serait venu à l’idée de mettre en place un tel canular. Mes entretiens ultérieurs avec plusieurs autres connaissances des deux hommes n’ont fait que me confirmer ces propos. Aux yeux de tous, Gustavo et José se révélaient être des commerçants stricts et professionnels, doublés de gens simples dans le privé.

De mon côté, j’ai effectué plusieurs enquêtes dérivées, avec l’aide de mes assistants. Je n’ai pu que constater l’authenticité des paroles à la fois de Gustavo et José, mais aussi de toutes celles et ceux qui les ont défendus contre leurs détracteurs. Je ne peux pas certifier de manière irrévocable l’existence des Hombrecitos à ce stade de mon enquête. Par contre, je suis certain que les deux hommes — ainsi que ceux qui ont eu l’occasion de s’entretenir avec eux, dont l’inspecteur Duarez —, sont persuadés de la véracité de ce qui s’est passé ce matin-là. Affirmation qui sera renforcée par d’autres témoignages ultérieurs de diverses personnes ayant été en contact avec les Hombrecitos. Ou du moins, qui ont eu l’occasion de les observer à une distance raisonnable, immortalisant les scènes à coup de dessins crayonnés sur le vif.

Quelques-uns de ces témoins sont des personnes plus que respectables, et — qui plus est —, des spécialistes en ingénierie. Ce qui leur a permis d’estimer les dimensions du vaisseau aperçu. D’autres se sont révélés être des experts en anthropologie, donnant lieu à des évaluations assez précises des spécificités anatomiques de ces êtres. En tout cas, leur aspect extérieur. À défaut de pouvoir disposer d’un spécimen vivant. Ce qui me semble difficile à obtenir, au vu des méthodes de défense exercées par les Hombrecitos l’un envers l’autre.

Vous trouverez en rapports annexes le détail de ces entretiens, des copies des dessins évoqués, ainsi que divers témoignages parmi ceux que j’ai déterminés être de nature très intéressante et viable. Dont ceux des experts susmentionnés plus avant dans ce rapport. Vous y verrez que d’autres agressions ont eu lieu, à la suite d’actes volontairement belligérants de la part d'observateurs. Une grande part de ces derniers a reconnu avoir agi par peur, désirant faire fuir les êtres des endroits où ceux-ci avaient fait atterrir leur vaisseau. Pour d’autres, il s’agissait essentiellement d’amusement : ils étaient persuadés qu’il s’agissait d’une farce exercée par des enfants du pays, se fondant en cela sur la petite taille des Hombrecitos.

Toutes ces altercations ont assurément développé une notion de méfiance extrême de la part de ces visiteurs à l’égard de la race humaine. La multiplication des actes de violence à leur encontre a entraîné une modification de leur comportement envers les témoins. Il a été démontré leur propension — de plus en plus souvent —, à anticiper les actions des humains en les attaquant frontalement. Sans la moindre forme d’hésitation.

Étant donné que les Hombrecitos — lors de leur première apparition officielle en France —, n’ont pas montré auparavant de telles dispositions belliqueuses, il apparait clair que ce changement est dû à ce qu’ils ont subi de la part des autochtones lors de leur séjour au Vénézuéla. Ce dont —, malgré la réserve qu’il a reconnu avoir sur cette affaire —, M. Doriaz, s’exprimant au nom de son gouvernement, s’est dit tout aussi convaincu. Il a également exprimé de profonds regrets sur l’image que ses concitoyens ont pu apporter à l’accueil terrien à l’encontre des visiteurs extraterrestres. Si tant est que les Hombrecitos ne soient pas le résultat d’affabulations ou d’erreurs d’interprétations — pour ne pas dire un canular orchestré par des personnes disposant de moyens financiers considérables, au point de construire un vaisseau fonctionnel étonnant —, pouvant faire douter de l’intégrité du peuple vénézuélien.

J’ai assuré à M. Diaz qu’Ouranos ferait tout en œuvre pour que ces excuses figurent en bonne place lors de la retranscription des échanges que j’ai eu le plaisir d’avoir avec lui, en rajoutant me porter garant du respect de l’honneur du peuple vénézuélien. M. Diaz m’a assuré avoir toute confiance en notre groupe sur ce point. Ce dont je l’ai remercié avec grande humilité.

En conclusion, plusieurs éléments laissent à penser que les sieurs Gustavo Gonzales et José Ponce ont relaté l’exacte réalité des faits leur étant survenus. Comme ils n’ont assurément pas les moyens monétaires d’organiser un canular d’une telle ampleur — surtout en considérant le fait qu’ils ne disposent pas non plus de contacts assez aisés pour leur apporter une aide de ce type —, je ne vois aucun obstacle à reconnaître explicitement les faits comme étant rigoureusement et potentiellement réalistes et vérifiés.

Compte tenu de tous les entretiens et témoignages relatés en points annexes de ce dossier, les Hombrecitos peuvent être acceptés comme une réalité plus que probable. Leurs agissements au Vénézuéla — à cause d’actions résolument stupides et inconsidérées de la part de civils, les ayant rendus particulièrement vindicatifs —, font craindre que leurs futures visites au sein d’autres nations se caractérisent par des contacts plus violents. Il faudra donc nous montrer attentifs et vigilants sur leurs prochaines apparitions, qui pourraient donc se montrer moins prudentes et discrètes que par le passé.

 

Pedro Torres. »


Les autres rapports mentionnés par Pedro contenaient d’autres informations reliées à Gonzales et Ponce. Comme des dépistages d’alcoolémie et des enquêtes effectuées à la demande de la police de Caracas. Ce qui a également impliqué des rencontres auprès des entreprises travaillant avec les commerçants, des amis, des membres de la famille... En bref, tout ce que Pedro s’est chargé d’établir de lui-même ou par l’intermédiaire des consultants mentionnés dans son rapport. Ainsi que l’accès à des documents confidentiels que ses nombreux contacts ont pu lui faire parvenir, en plus de réunions extraordinaires où il a pu participer. Le tout afin de corroborer l’ensemble des éléments de l’affaire. À ce sujet, j’ai pu noter que le soir-même de l’aventure de Gustavo et José, il y a eu d’autres cas s’étant déroulés un peu avant ou peu de temps après. 

Je prends pour exemple le cas de Maria Antonietta Avellaneda. Dans l’un des rapports annexes de Pedro, il est dit que cette dame a été réveillée entre 1 heure et 2 heures du matin, par un son faisant penser à une détonation. Il a été suivi d’un long sifflement, proche de ceux émis par le déplacement dans l’air d’un avion. Elle n’y a pas prêté trop d’attention à ce moment-là, car elle était occupée à préparer un remède pour l’un de ses enfants malades, au sein de la maison dans laquelle elle demeure. Ce n’est qu’après avoir entendu parler du cas de Gonzales — via différents journaux qui ont relaté les faits —, qu’elle s’est interrogée, se demandant si cela n’était pas relié.

Je citerais également d’autres exemples probants relevés dans le dossier fourni par Paul :

 

·         Deux heures avant que Gustavo et José rencontrent les Hombrecitos, Concepcion Garrachan — habitant de Pétaré —, a indiqué avoir vu un appareil lumineux étrange dans le ciel. Vers 2 heures du matin, il a entendu une détonation provenant de Bella Vista.

 

·         Aux alentours de 2 heures 30 du matin, Manuel Maria Soria, habitant l’Avenue Sucre — non loin de Bella Vista —, se rendait vers son domicile dans une voiture de location.  Soudain, il a pu observer une lumière puissante illuminant tout son véhicule. Ce qui l’a obligé à s’arrêter, tellement l’éblouissement lui bouchait la vue. Il craignait trop de percuter un trottoir, faute de pouvoir obtenir un champ de vision sécuritaire devant lui. C’est alors qu’il a entendu comme un sifflement léger mais « tonique ». Selon ses propres mots. Après cela, n’étant plus aveuglé par la luminescence soudaine dont il avait été victime quelques secondes auparavant, il s’est dépêché de se rendre chez lui. Dès l’instant où il a pénétré au sein de sa maison, il a expliqué à sa mère Juanita — qui vit chez lui —, ce qui lui était arrivé. Celle-ci lui a lors précisé avoir également entendu quelque chose de semblable au bruit que son fils avait perçu, mais s’était dit qu’il ne devait s’agir que du passage d’un avion.

 

·         Le docteur Julio Garcies, laborantin à l’hôpital Perez de Leon, à Pétaré, a déclaré avoir entendu un cri de terreur vers 2 heures du matin, alors qu’il passait en voiture tout près de la rue Bella Vista. Surpris, il s’est arrêté pour savoir d’où venaient exactement les cris. Il n’est pas parvenu à le déterminer, tandis qu'il continuait de percevoir les mêmes sons affolés. La seule chose dont il fut sûr, c’était qu’il s’agissait de cris d’hommes. Sans pouvoir toutefois se montrer capable d’en indiquer le nombre.

 

·         À Los Palos Grande, Mme Elsa Dudelstard a affirmé avoir vu, toujours vers Pétaré, une lumière en forme de disque très intense — changeant de teinte par moments —, alors qu’elle se trouvait dans son jardin. Son fils et sa nièce — présents à ses côtés, ont attesté avoir — eux aussi —, assistés au phénomène.

 

·         Les Caobos — vivant le long de l’ancienne voie ferrée, conduisant à la partie peuplée de Pétaré —, indiquent qu’au moment de la rencontre entre les deux hommes et les êtres velus, une lumière vive est passée au-dessus de leur maison. Une lumière tellement brillante qu’elle a illuminée l’intégralité de leur chambre. C’était comme si une étoile était descendue du ciel pour s’installer dans la pièce, selon leurs déclarations.

 

Il a également été notifié que plusieurs patrouilles de la police et de la Sécurité Nationale se sont rendues dans la zone autour de Bella Vista. Un déplacement occasionné par plusieurs signalements reçus par téléphone, parlant d’une lumière intense accompagnant une détonation. Au vu du nombre conséquent d’appels — traitant tous du même phénomène commun —, il a été décidé d’envoyer des troupes pour se rendre sur place. Cela afin d’enquêter et déterminer l’origine de l’explosion supposée.

 

·         Mme Avelina Del Paso, habitant dans la rue Andres Bello, a été témoin de ce déploiement de force dans les rues. 

 

·         Comme l’ensemble de ses voisins — dont le plus grand nombre étaient à l’origine des appels auprès de la police —, Francisco Leal — habitant au 7 de la même rue que Mme Del Paso —, a ressenti les vibrations de l’explosion. Plusieurs personnes sont descendues dans la rue pour en discuter entre eux. Notamment au sein des bars « Aux Armes » et « L'Escobar ». Lieux où les policiers chargés de l’enquête ont entendus les déclarations de plusieurs témoins. Chacun relatant invariablement la vision d’une lumière bleutée et intense, précédant une détonation étrange.

 

Le cas a fait grand bruit, parvenant aux oreilles de Les Lorenzen, dirigeant du groupe d’ufologies APRO, aux États-Unis. C’est un rapport de son correspondant vénézuélien, Joseph Rolas — lequel réside à Caracas —, expédié par courrier, qui lui a permis de prendre connaissance du phénomène. Ainsi que de la panique ayant suivi. L’homme a également eu connaissance de l’expérience subie par Gustavo et son commis. Par la suite, Lorenzen a été sollicité par Washington pour venir échanger avec la Sécurité Intérieure Américaine concernant les informations qu’il détenait au sujet des Hombrecitos, qui devint le nom officiel de ces êtres. 

La presse vénézuélienne a participé à l’inquiétude populaire de la présence des Hombrecitos au Vénézuéla, affichant en gros titre tout nouvel incident s’étant déroulé les jours qui ont suivis l’aventure de Gonzales et Ponce. Il est aisé de comprendre que cette diffusion à large échelle — relatant les détails de cette première rencontre sur le territoire du pays —, a contribué à rendre certains témoins plus hardis que d’autres. Ces derniers voulant en cela se montrer au moins aussi téméraires que ne l’avait été Gonzales. Sans doute leur ego et leur trop-plein de confiance leur a fait viser le rêve de devenir aussi connus que le commerçant. À condition de réussir là où il avait échoué : à savoir capturer un Hombrecitos. Ou du moins parvenir à s’emparer d’une preuve de leur existence. Comme des poils, une griffe ou un morceau de la texture de ce qui leur servait de tête. 

Tout ceci a eu pour effet la recrudescence de drames malheureux, intégrant des blessures plus graves que ce que Gonzales avait récolté comme souvenir de sa rencontre et de son geste inapproprié envers des visiteurs qui n’étaient pas agressifs au départ. J’en ai acquis la certitude après avoir lu l’ensemble du rapport de Pedro, auquel se sont bien évidemment rajouté les explications de Denis concernant la première visite des êtres chez les Nortek.

 Apparemment, la multiplication des actes violents envers eux les ont obligés à agir de manière plus virulente contre les éventuels témoins de leurs escapades. Celles-ci s’apparentant à de simples explorations scientifiques et destinées à récolter divers éléments de la nature et la faune terrestre. Exactement comme ce qui s’était passé chez les Nortek et qui se renouvèlerait au sein des terres de Denis (et d’autres après lui). Mais cela, j’en expliquerais le processus plus tard. 

Il faut savoir que l’une de ces altercations entre Hombrecitos et humains a failli se transformer en un drame bien plus terrible. Tel qu’il est décrit dans l’un des rapports connexes rédigés par Pedro, sur la base de ses consultants vénézuéliens et ses assistants enquêteurs. Un drame qui a failli coûter la vie à un jeune garçon de 15 ans. Manolo Vesperez. 

Manolo est, de l’aveu même de sa famille — qui a pu témoigner auprès de membres de l’équipe de Pedro, remplaçant ce dernier qui n’a pu se déplacer lui-même —, une « tête brûlée », doublé d’un incorrigible casse-cou. Ce qui a déjà causé bien des soucis à sa mère par le passé. Le jeune homme a fait l'objet de plusieurs visites à l’hôpital, à la suite de paris stupides lui ayant valu des côtes cassées, une entorse à la cheville droite, ou encore de multiples contusions un peu partout sur le corps. Des broutilles en comparaison de ce que lui vaudrait sa hardiesse envers les Hombrecitos. S’il n’y avait pas eu ses camarades avec lui cette nuit-là — qui sont parvenus à vaincre leur peur d’intervenir juste à temps —, Manolo aurait bien pu finir ailleurs que dans la blancheur d’un centre médical. Les blessures qu’il a subies ont échoué de peu de faire de lui un futur résident à vie du cimetière local.

Pour revenir au début de ce qui s’est passé cette nuit-là — et qui restera comme le cas le plus grave impliquant les Hombrecitos au Vénézuéla —, il faut d’abord expliquer dans quelles circonstances Manolo et ses amis se sont retrouvés à se retrouver en présence de ces extraterrestres. 

Comme dit précédemment, Manolo a l’habitude d’expéditions — souvent nocturnes —, dont il ressort rarement indemne. Disons qu’il fait partie de ceux qui n’apprennent jamais véritablement de leurs erreurs, les répétant sans cesse. Comme si c’était dans ses gènes, et qu’il ne parvenait pas à faire autrement. Ce soir-là, Manolo avait profité — une fois de plus —, du défaut de vigilance de sa famille. Habituellement, Jashiel — sa grande sœur, qui n’était pas la dernière à devenir à moitié folle d’inquiétude à cause des cascades dangereuses à répétition de son petit frère qu’elle adorait malgré tout —, sacrifiait une partie de son sommeil pour se rendre régulièrement dans la chambre de Manolo. Une manière pour elle de pallier la fatigue de sa mère, qui se chargeait autrefois de cette « tâche », afin de veiller à ce que le « petit diable » — le surnom que toutes les deux attribuaient affectueusement à Manolo — ne joue pas les déserteurs pour aller commettre une nouvelle bêtise dangereuse à l’extérieur de leur maison.

Malheureusement pour Jashiel — qui n’aurait de cesse de s’en mordre les doigts par la suite —, ce soir-là, elle s’était endormie comme une masse. La faute à une succession de nuits occupées à faire les allers-retours entre sa chambre et celle de son petit frère. Manolo avait plus ou moins anticipé cet état de fait, car il n’ignorait pas que sa sœur ne tenait pas plus de 5 nuits d’affilée à surveiller sa présence au fond de son lit. C’était comme une sorte de cycle. Le soir du drame, Manolo était certain que sa sœur faillirait. C’était pourquoi il avait prévenu à l’avance ses « lieutenants », la veille, afin qu’ils se préparent à l’attendre près de chez lui pour l’une de ses évasions récurrentes. 

Manolo a attendu que sa mère et sa sœur dorment profondément dans leur chambre respective, s’assurant que Jashiel ne viendrait pas effectuer sa ronde habituelle. Passé minuit — en l’absence de sa venue —, il était désormais certain que sa « divination » s’était avérée exacte. Il s’est donc affairé à escalader sa fenêtre de chambre, puis descendre vers le jardin en s’aidant des aspérités du mur. Une fois rendu dehors, il a vite rejoint Rafael et Jorge qui l’attendaient un peu plus loin dans la rue. Comme prévu.

À l’origine, le but de l’expédition n’était pas la chasse aux Hombrecitos, comme vous pouvez vous en douter. La logique des choix de lieu d’atterrissage de ces derniers n’a jamais pu être établie de manière certaine. Tout juste avait-on élaboré une théorie sur d’éventuelles lignes reliant chaque apparition. Mais cette piste s’est vite révélée erronée. Non : Manolo et ses amis ne partaient pas dans l’espoir de tomber sur ce qui était devenu une forme de fantasme ou de légende urbaine, dont chaque témoin des activités des Hombrecitos permettait d’obtenir un statut de célébrité locale. Le trio n’avait pas la même ferveur que nombre de leurs camarades d’école qui — bien au contraire des trois garçons presque inséparables —, rêvaient d’assister aux pérégrinations nocturnes des « petits bonhommes » ayant choisi leur pays comme terrain d’exploration. Ce qui — paradoxalement — faisait ressentir une certaine fierté à quelques personnes, offrant une forme de célébrité à leur nation.

Rien de tout ça ne motivait Manolo, Rafael et Jorge. C’était tout autre chose qui les avait décidés à élaborer cette fuite, dans le seul but de se rendre en un lieu bien précis. Un lieu à l’aura au moins aussi importante que les Hombrecitos. En tout cas, en ce qui concernait les alentours de Maracaibo. La ville où ils résidaient tous les trois, dans le Nord-Ouest du pays. Leur cible, c’était une vieille maison délabrée, au sud de Puerto Cara. Un petit village situé à une distance de 2 miles de là. Une bicoque abandonnée depuis des décennies faisant partie du paysage régional, comme l’on dit familièrement. Avec une petite légende s’y rattachant, ayant la fâcheuse tendance à attirer les plus intrépides.

La maison était autrefois la propriété d’un riche céréalier, avant qu’il ne fasse faillite dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées de manière précise. Tout juste prêtait-on quelques allusions d’éventuels investissements malheureux de la part de Ramon Defestria — l’ancien propriétaire des lieux —, et sa notoire naïveté dans le domaine des affaires. On disait aussi de lui qu’il avait une forte tendance à porter crédit à toutes sortes de croyances pour conjurer ce qu’il désignait comme une malédiction. Ce qui seul pouvait expliquer — tel qu’il le criait sur tous les toits —, son incompréhensible malchance l’ayant poursuivi depuis bien trop longtemps.

Pour la petite histoire, il était dit qu’il avait fait appel à des Santeros — des membres de la Santeria, une religion controversée, à laquelle sont rattachés plusieurs scandales impliquant sorcellerie et rites peu orthodoxes —, pour purifier ses terres et sa demeure. Une opération qui n’a fait qu’empirer les choses. En effet, le rituel utilisé a déclenché — selon la légende rattachée aux lieux —, la colère de la déesse Maria Lionza, qu’on disait être celle qui aurait provoqué la malchance du pauvre Ramon. La raison : le mépris du propriétaire terrien de la nature, n’ayant pas hésité à raser des forêts entières pour exploiter des terres rachetées à bas prix auprès de fermiers désirant quitter la région. 

Sans qu’on sache avec certitude ce qui s’est réellement passé, Ramon est passé à travers la fenêtre du premier étage de sa maison, finissant empalé sur un morceau de grille — destinée à être fondue et devant servir à un autre usage que sa fonction première —, se trouvant en contrebas. La mort fut immédiate. Les Santeros furent accusés d’avoir sciemment jeté Ramon du haut de la maison, afin de bénéficier d’un contrat d’assurance-vie, qui aurait dû faire d’eux les heureux bénéficiaires d’une hypothétique mine d’argent située au Brésil. Ce qui n’a jamais pu être prouvé. Il est plus que probable que Ramon a menti, étant parvenu à appâter les Santeros par ce subterfuge. Une manière pour lui éviter de payer leur intervention avec de la monnaie vénézuélienne sonnante et trébuchante. Ce qu’il ne possédait plus, ses comptes bancaires étant proches du néant absolu.

Sauf que le mensonge s’est retourné contre lui : les Santeros ayant sans doute jugé plus profitable pour eux de faire en sorte que leur généreux donateur meure le plus vite possible. Sans qu’ils aient à attendre sa fin naturelle, au bout de plusieurs années. Car il était de notoriété publique que Ramon jouissait d’une santé de fer : les médecins lui garantissaient une longue vie. Un paradoxe, quand on connaissait la malchance dont il se disait entouré et ayant forgé sa future légende, une fois sa mort annoncée. Les Santeros n’ont pas pu être confondus de manière officielle pour leur crime. Mais on dit que d’autres membres de la Santeria — n’ayant que peu apprécié ne pas avoir été tenu au courant de la transaction entre deux de leurs fidèles et Ramon —, se seraient chargés de leur faire comprendre le sens du mot « fraternité ». Dans le sang. Que cette version officieuse soit vraie ou pas, on n’a jamais revu les deux Santeros en tout cas. 

Bref, le genre d’histoire dont on ne parvient jamais trop à déterminer la part du vrai et du faux. Ce qui fait tout le charme des légendes de l’Amérique du Sud. Depuis, on dit que sauter du haut de la fenêtre de la maison — et, bien évidemment, atterrir indemne en bas —, procure l’assurance de bénéficier de la protection de Maria Lionza. Celle-ci se montrerait reconnaissante auprès de l’intrépide vainqueur de ce rituel — aussi risqué que stupide —, en tant que valeureux défenseur de la nature qu’elle représente. Ceci pour avoir triomphé du choc de la terre à sa chute.

Oui, c’est très tiré par les cheveux comme prétexte. Comme bien souvent. Surtout, le rituel a provoqué nombre d’imprudences faisant finir à l’hôpital tous les téméraires des environs — avec une jambe ou un bras cassé pour les plus chanceux, ce qui ne représente que 45 % du total des candidats. Plusieurs familles ont bien demandé qu'on détruise la maison. Ne serait-ce que pour éviter d’autres accidents à l’avenir. Ce qui leur fut refusé par les instances politiques régionales. Comme la demeure est aussi censée être classée pour sa nature historique, apportant un intérêt touristique non négligeable — en partie due aux imbéciles se jetant du haut de la baraque —, les successives demandes des familles — parfois endeuillées, car faisant partie des 55 % de malchanceux ayant vu l’un de leur membre échouer au rituel —, n’ont même pas pu obtenir de leurs revendications le moindre crédit de considération. Le plus frustrant pour elles étant qu’il n’existe aucun document officiel pour étayer la soi-disant classification historique de la « demeure aux sacrifiés ». L’autre nom qu’on prête parfois à cette maison détentrice d’une réputation des plus macabre.

Dans les faits, disons que c’est plutôt le coût que représenterait la démolition qui sert de prétexte pour évincer toute nouvelle demande suivant un nouvel incident. Malgré tout ça, cette maison était devenue le nouveau défi que s’était lancé Manolo pour répondre à sa nature innée de casse-cou notoire. Rafael et Jorge, eux, devaient être présents pour attester de la réussite du rituel. Mais, en lieu et place de ce dernier, c’est une tout autre aventure qui attendit le trio. 

Quand ils sont arrivés sur place, ils ont d’abord été surpris par une lumière étincelante semblant émerger de l’arrière de la demeure au sinistre passé. Curieux de savoir quelle pouvait bien être la source de cette luminescence aussi intrigante que mystérieuse, les trois amis ont donc lâché leurs vélos — Jorge ayant apporté le vélo de sa sœur à Manolo, afin d’éviter à celui-ci de faire trop de bruit en ouvrant le garage de sa maison —, les ont posés contre un arbre se trouvant près du champ jouxtant la propriété à l’aura mystique, et se sont dirigés vers l’endroit d’où provenait la lumière.

Une fois arrivés à l’arrière de la bâtisse, le spectacle s’affichant devant eux fut un émerveillement. Une immense boule blanche éblouissante se révéla être l’origine de la lumière qu’ils avaient aperçue à leur arrivée, de l’autre côté de la maison. Rien ne semblait relier le sol à l’étrange vaisseau. Car il fut vite évident pour les trois jeunes adolescents qu’il ne pouvait s’agir que de cela, se souvenant des informations entendues un peu partout traitant des Hombrecitos. Ces êtres velus venus d’un autre monde...

Confirmation fut faite en voyant deux de ces êtres dans l’un des champs proches. Ils étaient — de ce qu’en voyaient les garçons —, affairés à ramasser toutes sortes de plantes.  C’était assez surprenant que quelqu’un puisse trouver un intérêt à ces terres abandonnées par la main de l’homme depuis très longtemps, et jamais reprises à son compte par un agriculteur local impétueux. Cela étant dû à l’histoire horrible que je vous ai détaillée tout à l’heure. Tout le monde dans la région s’accordant à penser que tout ce qui avoisinait la maison de Ramon Defestria devait se montrer au moins aussi maudit que la demeure elle-même.

De là où ils étaient, les trois garçons n’étaient pas en mesure de distinguer quelles plantes avaient bien pu représenter une attention aussi majeure à ces visiteurs galactiques. Au point de choisir d’atterrir avec leur vaisseau ici, au cœur même d’un terrain envahi par une végétation non-cultivable. Mais peut-être que c’était justement ce qui avait attiré les Hombrecitos en cet endroit particulier. Tout comme le relatif éloignement des lieux vis-à-vis des populations les plus proches.

 Le trio ne parvint uniquement qu’à apercevoir les silhouettes de longs brins émergeant sur les côtés des corps des êtres, à la hauteur de leur bassin. Mais l’attention du chef de groupe, Manolo, se porta très vite sur un troisième être. Celui-ci se trouvait assis tout près du vaisseau et leur tournait le dos. Dans l’esprit du garçon, cela représentait une chance unique lui étant offerte de capturer un des fameux Hombrecitos défrayant les chroniques journalistiques de tout le pays. Une aubaine qu’il devait saisir, devant lui assurer de faire mieux que tous ceux l’ayant précédé dans cette entreprise hasardeuse.

 Il se voyait déjà en héros dont le visage s’étalerait partout. Il serait celui qui a permis à la communauté scientifique de son pays d’étudier un Hombrecitos, avec la perspective d’en obtenir une récompense substantielle dont il ferait profiter sa famille. Une manière pour le jeune garçon de se faire pardonner toutes les heures d’angoisse qu’il avait provoqué à sa mère et sa sœur, en faisant de leurs vies futures un tourbillon de luxe, en cas de réussite de son plan. 

Manolo, envahi par une confiance excessive — mettant en retrait toute forme de prudence de sa part —, chuchota à ses compères de ne désormais plus faire le moindre bruit. Au moins pendant qu’il s’emploierait à se rapprocher de cette cible autrement plus passionnante que le rituel les ayant fait venir tous les trois en ces lieux. Rafael et Jorge hochèrent de la tête en guise d’accord à leur petit chef de bande. Manolo déploya un effort intense de concentration lors de son avancée, veillant à surveiller chacun de ses pas sur le sol. Il devait absolument prendre garde à ne pas marcher sur la moindre brindille. Ce qui pourrait alerter l’Hombrecitos de sa venue derrière lui.

L’opération semblait fonctionner à merveille et Manolo parvint à se placer juste derrière l’être velu, sans que celui-ci ne montre avoir détecté sa présence. L’adolescent téméraire prit alors une grande inspiration. Cela représentait pour lui l’ultime étape pour se donner le courage nécessaire à la conclusion de sa quête. Reprenant tout de suite son souffle l’instant suivant, il entoura le cou de sa proie, en espérant parvenir au même résultat que dans les films d’action ou les matchs de catch dont il était friand. Un autre trait le rapprochant d’une autre personnalité intrépide : celle de Gustavo Gonzales. Avec les mêmes conséquences désastreuses. Mais sur ce dernier point, Manolo allait seulement le découvrir.

Loin d’être décontenancé par l’attaque surprise de son jeune agresseur, l’Hombrecitos ne montra aucune panique à la prise exercée sur son cou. Il se contenta de pencher son corps en avant, de manière vive, rapide et parfaitement contrôlée. Ce qui eut pour effet de faire basculer le corps du pauvre Manolo. Ne s’attendant pas à une telle manœuvre, le jeune garçon fut très vite projeté dans les airs, n’ayant pas eu le temps nécessaire pour appliquer une accroche suffisante sur le cou de sa cible. En résulta un vol plané spectaculaire qui renversa complètement la situation.

En conséquence, Manolo se retrouva en position de danger face à un ennemi qui s’avançait sans la moindre crainte vers le garçon. Pire : la créature commençait à se placer en position d’attaque. Elle leva son bras droit au-dessus de sa tête, avant d’abattre prestement sa patte griffue sur Manolo, qui eut tout juste le temps de se protéger le visage avec son bras gauche. Celui-ci fut lacéré de manière très brutale, générant un cri de douleur instinctif de la part de son jeune propriétaire. Un son qui fit réagir les deux autres êtres situés plus loin, qui se ruèrent alors immédiatement sur les lieux de l’affrontement en bondissant.

Une manière de se déplacer qui serait décrite par Rafael et Jorge comme identique aux mouvements dont avait été témoin José Ponce. Ils le savaient, parce qu’ils avaient lu les détails de cette manière de procéder dans les journaux ayant relaté l’affaire. Des déplacements presque félins et parfaitement synchronisés entre eux. Les deux Hombrecitos se dirigèrent avec vivacité vers l'endroit où se trouvait leur « frère ». Ce dernier — de son côté —, continuait à déferler une avalanche de coups tranchants sur son jeune adversaire. Lequel hurlait de terreur et de souffrance à chaque impact de griffe reçu. Un temps paralysé par ce qui se déroulait devant leurs yeux — et ne sachant comment réagir face à la situation —, Rafael et Jorge s’emparèrent de pierres et de bâtons traînant par terre. Des armes dérisoires en comparaison de ce dont disposaient les Hombrecitos s’acharnant sur leur proie. Ces véritables épées naturelles, capables de faire plus de dégâts qu’une trancheuse de viande dans une boucherie.

Manolo criait de plus belle, alors que les lames constituant les griffes des êtres velus — étant désormais trois à se déchaîner sur lui —, déchiraient et labouraient de plus en plus de surface de son corps, transformant ses habits en lambeaux et creusant sa chair. Les trois êtres ne semblaient pas s’être rendu compte de la présence des deux autres jeunes garçons. Ou peut-être les considéraient-ils comme une menace moins prompte à devoir envisager des gestes de défense de leur part, du fait de la distance éloignée les séparant d’eux.

 Toujours est-il que le trio de créatures a fini par considérer un peu plus la venue des compagnons de Manolo, quand ceux-ci ont commencé à leur adresser des cris de guerre tonitruants. En même temps qu’ils leur lançaient de nombreuses pierres, parmi les plus aiguisées et coupantes qu’ils aient pu trouver. Plusieurs jets firent mouche. Ce qui eut pour effet d’obliger les Hombrecitos à tourner leurs têtes vers l’origine des projectiles.

On ignore si c’est la perspective de se retrouver face à un combat plus aléatoire ou la peur de la fureur dans les yeux de Rafael et Jorge —, en plus des armes rudimentaires qu’ils tenaient en main —, qui a fait fuir les Hombrecitos à ce moment précis. Il faut dire que les extraterrestres — cette fois—, ne disposaient pas du bâton de lumière ayant servi à mettre fin à leur affrontement avec Gustavo Gonzales, lors de leur premier contact avec des terriens au Vénézuéla. Peut-être qu’il y avait un peu de ces deux explications dans ce qui avait pu les motiver à quitter les lieux. En tout état de cause, les trois êtres se sont empressés de rejoindre leur vaisseau à cet instant. Ils ont abandonné Manolo à son triste sort, laissant un garçon ne parvenant même plus à réagir et se retrouvant ensanglanté de partout.

 Ils ont alors usé du même mode de déplacement qui les caractérisaient, se faufilant à l’intérieur de leur appareil par une des fines ouvertures sur les côtés. Dans les secondes qui suivirent, l’engin spatial s’éleva dans les airs avec une telle rapidité que les sauveurs de Manolo eurent à peine le temps de voir la trace blanchâtre qu’il laissait derrière lui, pendant qu’il se fondait dans l’espace infini proche. Le tout en émettant un léger bruit de sifflement, suivant une forte détonation sonore.

Quand le duo de choc parvint à rejoindre la partie du champ où leur ami gisait dans son sang, ils eurent une expression d’effroi en voyant l’état dans lequel Manolo se trouvait. Il était parsemé de traces de griffures sur le visage, les bras et les jambes. Dont certaines se révélaient très profondes. Juste avant que les Hombrecitos fuient, Rafael et Jorge ont eu le temps de voir que leur petit chef avait eu le réflexe d’éviter une dernière attaque de l’un de ses adversaires. Un geste sans doute incontrôlé, consistant en un basculement vers l’arrière de sa tête, au moment même où l’un des êtres projetait l’une de ses pattes griffues vers son cou sans défense.

Manolo n’avait même pas dû se rendre compte de ce qu’il faisait, car ayant probablement agi par pur instinct. Son corps a dû réagir avant même que son cerveau ne transmette les ordres à exécuter à ses muscles. Un mouvement qui l’avait sauvé d’une mort certaine. La dernière griffure n’ayant fait qu’effleurer la surface du cou, à quelques millimètres seulement de sa carotide. C’est la conclusion à laquelle parviendraient les médecins qui soigneraient Manolo plus tard à l’hôpital, lors d’une intervention d’urgence qui plongerait la mère et la sœur du jeune intrépide dans la pire soirée d’angoisse de leur vie.

Comme lui et son comparse n’osaient pas le transporter — de peur d’aggraver ses blessures —, Rafael a presque ordonné à Jorge d’aller chercher du secours. Il s’est appliqué à lui préciser de bien fournir tous les détails possibles aux personnes qu’il parviendrait à trouver afin de venir les secourir. Rafael a déchiré ses propres vêtements pour faire des garrots de fortune, se souvenant des cours dispensés par M. Rimenez, le prof de sport de son collège. Quelques conseils supplémentaires — hors programme scolaire — que l’enseignant a jugé bon d’indiquer à ses élèves. Juste au cas où l’un d’eux se retrouverait dans une situation de cet ordre. Jamais le garçon n'aurait pensé qu’il en viendrait un jour à se servir des méthodes apprises de son professeur.

L’attente fut interminable. Environ à peine une demi-heure plus tard, Rafael — parlant presque sans discontinuer à Manolo pour lui éviter de tomber dans l’inconscience —, entendit les sirènes des secours que Jorge avait fini par contacter et faire venir. 

Les longues heures passées à l’hôpital furent parmi les moments les plus stressants vécus par Rafael et Jorge. Pas seulement parce qu’ils scrutaient le retour des médecins — espérant de leur part qu’ils annoncent la mise hors de danger de leur ami. En fait, c’est surtout qu’ils devaient aussi résister aux regards accusateurs — quasiment meurtriers — de Jashiel, la sœur de Manolo. Elle ne quitterait pas les deux garçons des yeux, pendant tout le temps où elle et sa mère angoissaient en attendant de connaître le sort de son frère. Finalement, au bout de près de trois heures d’inquiétude profonde — qui sonnèrent comme une éternité pour toutes les personnes présentes dans les couloirs de l’hôpital —, l’équipe médicale revint pour rassurer les familles. Celle de Manolo bien sûr. Mais également celles des deux amis du jeune garçon, qui culpabilisaient pour ce qui était arrivé à l’ami de leurs fils respectifs. Ils jugeaient leurs propres enfants responsables de ce qui était arrivé.

Après tout, ils avaient fourni le vélo ayant permis à Manolo de réaliser son équipée folle, et n’ont pas cherché à le dissuader de tenter de s’emparer d’un Hombrecitos. Malgré tous les risques que cela supposait pour de simples adolescents. L’annonce indiquant que Manolo était sauvé fut un énorme soulagement. C’est ce qui est ressorti de cette épreuve terrible. Tellement la crainte d’apprendre que le corps de Manolo n’avait pas supporté les attaques massives perpétrées sur son corps par les Hombrecitos envahissait les esprits de chaque personne présente ce soir-là.

Cette nouvelle affaire impliquant les Hombrecitos — la plus violente dont il ait pu être pris connaissance, avant l’escalade suivante qui se déroulerait en France, à Rougiers-les-Bois —, a fait transformer la relative anxiété de la population vénézuélienne concernant ces créatures en psychose massive. Il y avait déjà eu des conséquences belliqueuses aux tentatives de plusieurs idiots s’étant cru capables de capturer un Hombrecitos auparavant. Des démarches trop téméraires s’étant presque toutes soldées par des blessures. De moindre gravité cependant. En tout cas, au début.

Il est un fait avéré que plus les tentatives de capture ou d’agressions caractérisées pratiquées à l’encontre des Hombrecitos s’intensifiaient — à coups de jets de projectiles contondants —, plus les réactions de ces derniers montraient des signes à chaque fois plus poussés dans l’escalade de la violence. Les Hombrecitos affirmaient par ce fait leur volonté de ne plus se laisser intimider par les humains cherchant à leur nuire. Un changement d’attitude tranchant avec ce que l’on avait deviné être la raison de leur venue sur Terre, se trouvant être la prospection de plantes, de minéraux, et — plus rarement —, d’animaux domestiques ou fermiers.

Ce dernier acte dans la pièce de théâtre ayant pour vedettes les Hombrecitos au Vénézuéla s’acheva le 14 décembre 1954. Par la suite, les êtres de l’espace ne donnèrent plus signe de vie dans le pays. Sans doute ont-ils considéré que ce dernier ne représentait plus d’intérêt majeur à leurs missions de prospection. Ou bien en avaient-ils assez de devoir se protéger sans cesse des attaques des humains, avec les répercussions médiatiques que cela causait ? Impossible de le savoir, à moins d’être dans leurs têtes.

On ignorait si ces êtres étaient en mesure de comprendre notre langage, notre écriture. Si c’était le cas, prenaient-ils connaissance de nos journaux ? De notre radio ? Ou bien encore d’autres supports d’informations ? Peut-être que oui. Peut-être que non. Toujours est-il que la vague de terreur des Hombrecitos du Vénézuéla s’était tarie. Même si certains parmi la population continuaient de scruter le ciel — à la recherche d’une trace de l’arrivée d’un nouveau vaisseau des « petits hommes » —, la plupart espérait sincèrement ne plus jamais entendre parler de leur présence. L’affaire de Manolo avait laissé des souvenirs douloureux à toute la nation vénézuélienne. Et pour cause.

Cependant, si les Hombrecitos avaient manifestement abandonné l’idée d’explorer davantage le Vénézuéla, ce n’est pas pour autant qu’ils eurent définitivement renoncés à leurs visites sur notre planète. Bien au contraire. Comme je l’ai déjà évoqué, je serais personnellement témoin de la dernière vague d’apparitions des « nains velus », dont l’existence m’avait été apportée par mon ami Denis à la toute fin du mois de décembre 1954. Oui, les Hombrecitos allaient refaire parler d’eux. Et pas de la meilleure des façons, marquant une étape supplémentaire dans leur volonté de faire régner la terreur — ou je ne sais quelle intention de leur part —, par leurs actes. Et ce, dès le 14 janvier 1955, au sein d’une ferme située à environ 2 km de celle de Denis.

 Une famille allait subir le pire des drames, lors d’une nuit mémorable. Dans le plus horrible des sens. Une famille faisant partie des rares amis de mon ami Denis à Rougiers-Les-Bois. Au même titre que les Nortek. Ceux-là même que je finirais par rencontrer et qui m’apprendraient de nouveaux détails qu’ils avaient décidé de garder pour eux, plutôt que de le préciser aux gendarmes venus à la “Ferme des Etoiles” ou à la presse. Même Denis montrerait son ignorance de ces éléments. Certes, ce n’est pas que ces nouveaux éléments se sont montrés véritablement primordiaux. Dans le sens d’une meilleure compréhension attendue sur le mécanisme de fonctionnement sociétal et scientifique des Hombrecitos. Ainsi que le pourquoi du choix de notre planète de leur part, dans le cadre des missions de prélèvement de plantes et produits de cultures ou d’élevage. Néanmoins, ces suppléments d’informations fournis par les Nortek auraient leur importance pour avancer dans mon enquête. 

Je dois préciser que le drame humain que je vous ai mentionné un peu plus tôt dans mon récit, serait suivi d’autres rencontres entre fermiers et Hombrecitos à Rougiers-Les-Bois. Des rencontres moins radicales qu’à la ferme des Rougon —, dont les occupants seraient les victimes des agissements sanglants des Hombrecitos, comme jamais ceux-ci ne l’avaient fait encore auparavant —, mais suffisantes pour plonger le village et les alentours dans une terreur non dissimulée et palpable. Ce qui eut pour même pour effet quelque chose d’inattendu : une modification des comportements de la part des habitants à l’encontre de Denis.

Ces derniers finiraient par comprendre que leur souffre-douleur préféré n’avait pas menti. Tout comme les Nortek. Un revirement salutaire en un sens, mais qui arriverait un peu tard. Il aura fallu une mort pour que s’achève un nouveau cycle de présence des Hombrecitos sur la Terre. Un cycle qui se terminerait le 24 février 1955.

Après cette date, les “nains velus” décideraient de laisser notre planète derrière eux, en se rendant probablement vers d’autres mondes. Des mondes qui se montreraient sans doute plus accueillants que nous ne l’avions été. 


À suivre dans la 3ème et dernière partie de cette histoire…


Publié par Fabs