30 sept. 2020

SNUFF WEB

 


 

Il existe plusieurs sortes de ténèbres. Celles que l’on voit s’approcher petit à petit. Celles que l’on connait depuis longtemps. Et il y a les autres… Les plus insidieuses. Les plus dangereuses aussi. Capables de détruire tout ce qui fait de vous un être humain. Dévorant votre âme, vos convictions comme un acide vous brûlant de l’intérieur. Et une fois pris dans ces ténèbres-là, il vous est impossible d’en sortir. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’issue. Ou plutôt si, il y en a bien une. Mais quand on la prend, c’est un voyage sans retour.

 

Matt a découvert ces ténèbres à la suite d’une rencontre qu’il aurait préféré ne jamais avoir croisée. Une jeune fille au regard pénétrant qui lui avait clairement tapé dans l’œil. S’il avait su à ce moment-là ce que cette relation allait engendrer, il aurait sûrement rebroussé chemin sans demander son reste. Seulement voilà : Matt était un homme à femmes, et il n’en avait jamais assez. Mais ce qui l’intéressait avant tout, c’est le jeu de la séduction. Une fois sa victime prise dans ses filets, le jeu ne valait plus la peine, et il jetait sans vergogne sa nouvelle proie. Cette fille-là ne ferait pas exception à sa règle.

 

Ce qu’il ne savait pas, c’est que le destin allait lui jouer un sale tour, comme lui seul est capable de l’orchestrer, et qui allait lui expliquer en profondeur ce qu’était la blessure des sentiments, l’écorchure du soi, telle une lame acérée s’enfonçant avec sang et fracas dans son échine. Un destin qui allait se dessiner sous la forme d’un jeune stagiaire, nouvellement embauché au sein de l’entreprise où il travaillait. Un peu maladroit et inexpérimenté, il lui rappelait sa propre arrivée. Du coup, il s’était pris de pitié pour lui, et il l’avait pris sous son aile. Lui montrant ses trucs et astuces pour se faire bien voir des collègues, et surtout de la masse de chair que tout le monde s’obligeait à appeler « patron ». Une vraie amitié, simple et sincère, s’était installée entre les deux hommes. Mais parfois la sincérité est plus roublarde qu’elle ne le laisse paraître.

 

Enfin, bref, Matt et Ryan étaient devenus de vrais potes : sorties en boîte, restos, tournée des bars,… Toutes ces choses banales qu’on fait entre amis mâles. Malgré tout, Matt avait toujours senti un truc bizarre qui émanait de son collègue de virées. Il n’avait pas su le déceler à ce moment-là, et c’est ce qui a entraîné sa perte.

 

Un jour, Ryan donna à Matt une adresse URL particulière. C’était la première fois qu’il en voyait une comme ça. Le http était remplacé par les signes grecs, comme on en voit souvent pour désigner les fraternités des campus universitaires. Ryan lui indiqua qu’il devrait surfer à cette adresse, que ça lui ouvrirait les portes d’un univers tabou et inconnu, et qu’il n’oublierait jamais cette expérience. Matt avait souri à ces mots. Il n’aurait pas dû. Car c’était sans doute la seule fois où Ryan avait vraiment été sincère avec lui.

 

Quoi qu’il en soit, le soir venu, après que lui et Ryan étaient chacun parti de son côté, Matt rentra chez lui, dans son appartement de luxe, et, pris par la curiosité, il s’installa sur son ordinateur, et tapa la fameuse adresse curieuse. A peine avait-il tapé et validé cette dernière que l’écran de son PC se para d’un écran noir luminescent, où apparaissait peu à peu des lignes de codes, avant de disparaître l’instant d’après. Puis, un formulaire s’afficha sur l’écran. Assez classique de prime abord, demandant Nom, Prénom, Adresse, et tout le reste. Curieux jusqu’au bout, Matt remplit le formulaire et valida. Une image d’un rouge éclatant s’afficha, et un titre tout en haut : Snuff Web, avant de laisser place à des miniatures de vidéos faisant apparaître des images de corps ensanglantés, des instruments de tortures semblant tout droit sortir d’un film sur l’inquisition, et autres horreurs. Sans trop savoir pourquoi, il cliqua sur l’une des miniatures, et ce qu’il vit lui glaça le sang : un gamin qui ne devait pas avoir plus de 12 ans se faisait écorcher littéralement la peau par un homme cagoulé, avec un simple canif. Le gosse hurlait, pendant qu’on devinait un rictus de plaisir sous la capuche. Epouvanté, Matt cliqua sur la croix de fermeture de la vidéo. Sans réfléchir, il cliqua sur une autre miniature. Sur celle-ci, on voyait une femme se faire arracher les ongles à l’aide d’une tenaille rouillée, pendant qu’un autre type, non cagoulé celui-ci, lui enfonçait des tiges de métal dans les bras et les jambes, laissant couler du sang en abondance. Matt ferma la vidéo à son tour. Sur une troisième, il vit un vieil homme se faire écarteler sur une table identique à celle des bourreaux du Moyen-âge, les membres arrachés, laissant apparaître  ses os dépourvus de sa chair, noyés dans des flaques de sang, pendant qu’un autre type l’émasculait avec des ciseaux. Cette fois, c’en était trop. Matt, débrancha la prise de son ordi, afin de ne plus être tenté de voir encore d’autres horreurs du même type. Matt se demandait pourquoi Ryan lui avait donné cette adresse ? Il était clair que ce n’était pas du cinéma au vu des cris de douleur atroces des victimes présentes sur les vidéos. Il avait bien entendu de cette légende urbaine parlant de Snuff Movies, ces films où les acteurs subissaient de vrais sévices, mais il avait toujours cru que c’était des blagues.

 

Mais à peine commençait-il à se remettre de la vision horrible des vidéos, qu’il sentit une piqûre s’enfoncer dans son cou, avant de s’effondrer comme une masse sur le sol. Avant de fermer les yeux, il parvint à reconnaître le visage de Ryan.

 

Quelques minutes plus tard, ou était-ce des heures, Matt se réveilla dans un endroit sordide qui empestait la mort. Le sol était rouge et poisseux, et la lumière était filtrée par des rideaux noirs aux fenêtres. Lui-même était attaché sur un mur, bras et jambes écartées. Il reconnut l’endroit. C’était là où il avait vu ces personnes torturées sur les vidéos. Puis, Ryan apparut, souriant, et semblant être au comble du bonheur. Avant qu’il ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Ryan prit une hache donné par un des autres hommes dans la pièce, la leva et l’abattit avec force sur le bras droit de Matt, qui hurla comme jamais il n’aurait cru en être capable. A peine remis de ce choc, Ryan lui trancha ensuite sa jambe gauche, dans un maelström de sang, de morceaux d’os brisés et de chair lacérée. Puis, ce fut le tour de son bras gauche. A chaque fois, Matt crut voir sa vie partir en voyant ses membres au sol, tel des trophées de chasse. Une chasse sanglante, dont Ryan était le maître de cérémonie. Voyant que Matt s’interrogeait sur la raison de ce massacre en règle, Ryan lui apprit qu’il était le frère de la dernière « conquête » de Matt. Celle-ci, qui était instable psychologiquement, après avoir été abandonnée par Matt, s’était suicidée en se jetant par la fenêtre de l’hôtel, où s’était déroulée leur nuit « d’amour ». Ryan avait trouvé la photo de Matt dans le portable de sa sœur, prise vraisemblablement pendant le processus de séduction. Ça avait pris du temps, et plusieurs coups de fil à ses nombreuses relations, mais il avait fini par retrouver la trace de Matt, et avait joué au gentil copain, pour mieux l’amadouer, et l’amener ici, sur le lieu de son commerce. Oui, Ryan était au moins aussi atteint que sa sœur visiblement. Il produisait, filmait et revendait très cher à des clients eux aussi défoncé du bulbe les vidéos des sévices qu’il faisait pratiquer à des pauvres victimes récupérées dans la rue : ados mis à la porte, vieillards séniles et SDF, prostituées, faisaient partie de la longue liste de ce meurtrier en puissance. Et Matt allait devenir son chef d’œuvre. Résistant du mieux qu’il pouvait, en essayant de ne pas tourner de l’œil, il vit l’un des hommes de main de Ryan ouvrir une grande trappe près du mur où il avait été attaché. Bien que le mot « attaché », vu ce qu’il restait de son corps dépecé, n’avait plus vraiment de signification valable. Une odeur épouvantable sortait de la trappe, un mélange de viande faisandée et d’eau usée, qui s’expliquait par la méthode de Ryan pour se débarrasser des corps « usagés » : les corps étaient entassés dans ce trou avant d’être aspergés d’acide chlorhydrique et autres substances propres à faire fondre les corps. Mais ceux-ci ne se liquéfiaient pas tous à la même vitesse, et il fallait parfois renouveler le processus, selon les propos de Ryan, qui lui expliquait ça comme un prof d’histoire à ses élèves.

 

Matt savait très  bien que si Ryan lui expliquait tout ça, c’était pour encore plus accentuer la terreur qui se lisait dans le regard de Matt. Tout ça parce qu’il avait été incapable de réfréner ses pulsions de dragueur salaud et impuni. Mais il était trop tard pour se racheter, Matt savait qu’il allait finir avec les autres corps de la trappe dans quelques minutes. Et au même moment où il eut cette pensée, Ryan, avec un sourire de fou sanguinaire, abattit une dernière fois sa hache, et décapita net la tête de Matt qui vola dans les airs avant de rouler au sol sur quelques centimètres, s’arrêtant au bord de la trappe. Ryan fit quelques pas et, comme un joueur de golf voulant finir son parcours, tapa du pied dans la tête qui glissa dans le trou pour se rajouter à la montagne de chair putride et de sang séché qui y séjournait déjà. Puis, ce fut le tour du reste du corps de Matt d’être stocké dans le trou. Et, alors que la trappe allait être refermée, Ryan lança un dernier regard sur Matt, visiblement satisfait d’avoir pu venger sa petite sœur. Ca ne la ramènerait pas, bien sûr, mais au moins, il avait la satisfaction que Matt ne nuirait plus jamais au cœur d’autres filles. Et en plus de ça, la mort filmée de Matt allait lui rapporter un sacré pactole. Finalement, Matt aura fini par avoir une vraie utilité une fois dans sa vie, même si ce n’était sûrement pas le destin qu’il s’était imaginé. Un destin marqué par la lame d’une hache, tenue par bien pire que le plus cruel des démons. Rien n’est plus fort que les liens du sang, dit-on. Cette histoire en est la preuve irréfutable.

 

Publié par Fabs

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