30 sept. 2020

UNE AMITIE PARTICULIERE

 


 

L’amitié. Vous connaissez tous ce sentiment permettant d’accorder deux êtres que tout semble opposer. Partage de goûts, de pensées, de sourires. Et la sensation que rien ne peut vous arriver tant que son ami est à ses côtés. Oubliant toute prudence. Jusqu’à l’extrème.

C’est cette même impression de sécurité qui a amené Steve jusqu’à cette plage qui allait sceller son destin. Un choix qui lui semblait judicieux, et surtout salvateur, car il allait lui permettre d’échapper à ses poursuivants. Mais Steve n’est pas ce que vous pourriez croire. Il n’est pas une obscure crapule cherchant à fuir les forces de l’ordre, à cause de ses actes défiant la loi. Non. Steve n’est qu’un jeune garçon de 15 ans. Maltraité, humilié par une petite bande de caïds de cour d’école. Par simple plaisir. Parce qu’il ne correspond pas à la norme que leurs parents imbéciles leur ont inculqués. Steve est obèse. Environ 30 kilos de trop pour un enfant de son âge. La cible parfaite pour les railleries les plus immondes. « Comme dans nombre d’écoles » me direz-vous. Sauf que le harcèlement est censé être puni. Mais là, à cause d’un directeur qui préfère fermer les yeux, la loi ne s’applique pas. Tout ça parce que dans cette bande de bourreaux en culottes courtes, se trouve le fils d’un riche parent d’élève. Un homme important qui joue les mécènes auprès du Directeur de l’école, pour que son fils bénéficie des meilleurs locaux. Alors, pour ne pas perdre cette manne financière, les hautes instances de l’école laisse faire. Pour le plus grand malheur de Steve, devenu leur tête de turc privilégiée.

 

Mais cette fois, ils avaient voulu aller plus loin. Ils ont attendu Steve à la sortie, l’entraînant avec eux vers le terrain vague jouxtant l’établissement. Là, ils l’ont obligé à manger des vers de terre. Plusieurs dizaines. Tout en ricanant de leur méfait. Puis, Steve a voulu se rebeller. Ils n’ont pas apprécié. Le fils du mécène a sorti un canif. Il a tailladé Steve. Sur les bras, les jambes. Pour lui apprendre à obéir. Et, pendant que la bande ricanait, Steve est parvenu à s’enfuir. Il a couru, couru, comme si le diable était à ses trousses. Ce qui était presque le cas. Sans regarder derrière lui, pour ne pas voir leurs yeux plein de haine. En maudissant d’être ce qu’il est. Un petit gros qui ne sait que fuir. Mais cette fois, sa fuite allait lui être utile.

 

Au bout de la plage où il fuyait toujours la bande, Steve trouva une grotte en bord de mer. Immense. Avec une mauvaise réputation. Il se rappelait d’étranges rumeurs la concernant, racontés par d’autres élèves. Des histoires disant que tout ceux qui étaient entrés dans cette grotte n’étaient jamais revenu. A cause de la bête y vivant. Mais il n’avait pas le choix. La grotte était sa seule chance de salut pour semer ses harceleurs. Alors, il ferma les yeux. Et il entra dans la pénombre de celle-ci.

 

A peine entré, il sentit une présence malfaisante tout autour de lui. Et une odeur de sang. De pourriture. Comme de la viande avariée. Une senteur pestilentielle. Malgré tout, il continua d’avancer. C’est là qu’il la vit, la bête. Juste devant lui. Une araignée géante de plusieurs mètres de hauteur. Qui le fixait. Etrangement, elle ne semblait pas chercher à l’attaquer. Elle l’observait plutôt. Steve était tétanisé. Mais sa peur redoubla quand il entendit ses ennemis pénétrer à leur tour dans la grotte, dans sa direction, criant son nom.

 

L’araignée ne bougeait toujours pas. Puis, ses poursuivants le rattrapèrent dans les ténèbres. Ils n’avaient pas encore vu l’araignée. Mais, alors qu’ils commençaient à mettre Steve à terre pour lui faire subir leurs coups, l’araignée avança. Son avancée, en plus du bruit amplifiée par l’écho de la grotte, rendit blême le groupe de garçons. Mais avant qu’ils aient eu le temps de faire quoi que ce soit, ils furent transpercés un à un par les pattes de l’énorme araignée. Puis dévorés par la créature dans un bruit de mastication épouvantable. Un mélange d’os qui se broient et d’entrailles sanguinolentes tombant sur le sol. Cela ne dura que quelques secondes, avant que l’araignée se tourne vers Steve. Celui-ci pensait subir le même sort. Celle-ci attrapa son t-shirt avec sa monstrueuse gueule, et l’emmena plus loin dans la grotte. Puis, elle le déposa près d’un amas de rocher où s’étaient accumulés des algues, formant une couche plus qu’acceptable. Il devenait clair que l’araignée ne lui voulait aucun mal. Du moins en apparence.

 

Au fil des jours, entre l’araignée et Steve, que ce dernier avait nommé Gilda, s’instaurait une amitié inédite. Gilda apportait chaque jour de la nourriture au jeune garçon. Poissons, crustacés, coquillages. Un vrai festin à chaque fois. Ces scènes régulières durèrent pendant plusieurs semaines. Steve ne pensait même plus à rentrer chez lui. Avec Gilda, il lui semblait avoir trouvé ce qui lui manquait. Une vraie amie.

 

Puis, un soir, alors que Steve commençait à s’endormir, il sentait Gilda se poser sur lui. Chose qu’elle n’avait encore jamais faite. Ce n’était pas désagréable. Bien au contraire. Son corps chaud lui donna même une sensation de bien-être. Puis, il s’endormit profondément.

 

Le lendemain, Gilda avait disparu. Steve pensa qu’elle était parti chercher de la nourriture. Mais quelque chose n’allait pas. Il ne pouvait plus bouger. Il était comme paralysé au sol, et il sentait comme un poids sur son dos. Il avait beau faire des efforts, rien n’y faisait. 2 jours durant, il resta ainsi plaqué au sol, sans que Gilda daigne se remontrer. Il ne comprenait plus rien. L’avait-elle abandonnée ? Soudain, il sentit une grande douleur qui venait de son dos. Ou plutôt des centaines de douleurs. Comme des morsures. Comme si quelque chose lui dévorait sa peau et sa chair. Au fil des heures, la douleur devenait de plus en plus insoutenable. Il se sentait défaillir, voyait sa vie s’enfuir de lui petit à petit, sans même comprendre ce qui lui arrivait. C’est alors qu’il vit des dizaines de petites araignées lui parcourir le visage. Avant de planter leurs crocs sur ses joues, son nez, ses yeux. Arrachant la chair sans vergogne, faisant couler son sang par litres.

 

C’est là qu’il comprit. Gilda ne l’avait pas épargnée pour faire de lui son ami. Elle avait besoin d’un corps pour faire naître ses petits, et leur donner de quoi manger dès qu’ils seraient éclos de leur cocon. C’était cela qu’il avait senti sur son dos. Et Gilda avait du lui injecter une sorte de venin paralysant dans son sommeil, pour être sûr que ses petits auraient ce qu’il faut à leur réveil. Gilda, comme la plupart des araignées, était vraisemblablement morte maintenant, en apposant ce cocon et ses petits à naître. Et lui, il était leur garde-manger. Pire encore, ces araignées allaient sûrement sortir de la grotte et chercher d’autres formes de nourriture, une fois qu’il aurait été entièrement dévoré. Elles allaient grandir, et devenir une véritable menace pour les habitants proches. Peut-être même l’humanité toute entière. Mais Steve n’y pouvait plus rien, car il venait de succomber. Et déjà, plusieurs araignées scrutaient l’extérieur de la grotte, et se préparaient à faire subir aux hommes l’un des plus grands fléau que la Terre ait jamais eu.

 

Publié par Fabs

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